LES LORRAINS \K SONT PLUS RIEN GO
Gaston signa, M. de Gonlas contresigna ce papier démenti d'avance. Le prince avait, depuis longtemps, supplié le Pape de considérer comme nul et non avenu tout document de ce genre qui serait revêtu de sa signature. Le cardinal, d'ailleurs, était renseigné sur la sincérité de Monsieur.
Cependant, des Pays-Bas espagnols, Marguerite de Lorraine, épouse discutée, écrivait à son beau-frère le duc de Savoie : « Je sais que vous êtes si généreux et si bon parent, que vous me ferez le bien de m'assister en la plainte que je fais au Saint-Père pour les entreprises qu'on fait en France contre l'honneur de mon mariage. Le voyage que mon frère a fait à Rome a apporté une si bonne disposition dans l'esprit du Saint-Père, qu'il me fit espérer la protection du Saint-Siège. Votre assistance me sera très avantageuse pour maintenir Sa Sainteté dans cette bonne résolution (1) ». Richelieu, de son côté, dépêchait auprès du Pape l'évêque de Montpellier, pour justifier ces <( entreprises » de France qui mettaient la princesse au désespoir.
En attendant, il se félicite d'avoir dénoué la tragi-comédie de Lorraine, qui s'achève sur un « démariage » en perspective. Les États du duc Charles, occupés parles armées du Roi, ne serviront plus de poste avancé contre la France; l'héritier présomptif de la Couronne n'est plus entre les mains de l'Espagne. La maison de Lorraine est dispersée. Sans appui. Monsieur n'envahira point le Royaume, à la tête d'une armée étrangère. Le cardinal est d'autant plus satisfait d'un tel succès que la guerre contre la maison d'Autriche est commencée depuis le mois d'avril 1635. Avant de raconter les épisodes hautement historiques de cette lutte, il nous faut remonter de quelques mois en arrière et suivre Son Éminence dans les ingénieux détours de son cheminement diplomatique.
(1) Archives de Turin.