FKUQIIKHES .NÈr.OClATKl H EN ALLEMAGNE
(l«)it trouver », « il iia de place considérable en ses États que le chî\teau de IIoinl)Ouri:- ».
Voici le comte Palatin, duc de Deux-Ponts, un « calviniste d'esprit excellent, très bien intentionné, agissant néanmoins timidement, parce que ses États sont petits et sans aucune place forte ». Son cadet le comte Louis, prince de Simmeren, « esprit médiocre, gouverné par les domestiques », est « engagé aux intérêts de l'Électeur de Brandebourg, qui a épousé sa .sœur ». Le Rhingrave, gouverneur de Mayence pour la couronne de Suède, n'est pas non plus une lumière. Ivrogne et glorieux» il est « assez estimé des gens de guerre, pour sa valeur et la grande dépense qu'il fait, quoique peu riche, ce qui l'oblige à prendre l'argent où il peut ». C'est ainsi que, Feuquières lui ayant remis de la part du Roi deux brevets de pension de six mille livres avec le paiement d'une année, il a gardé le tout pour soi (1),
Le 27 avril 1633, Feuquières arrive à Erfurt, capitale de la ïliuringe, où réside, comme gouverneur pour la Suède, le duc Guillaume de Saxe-Weimar, généralissime des armées de cette couronne en ^Vllemagne. C'est un généralissime qui n'est pas un grand général : il n'a pas les talents de son frère, le duc Bernard; il se plaint de n'avoir qu'une bien mince autorité sur les armées suédoises. Feuquières le tro^uve « fort courtois, quoique d'humeur fort mélancolique et chagrin ». Regardant d'un œil inquiet l'union de la France et de la Suède, le prince dit à l'envoyé du cardinal : « Il vaut mieux mettre la Couronne impériale sur la tête du Roi que de songer à démembrer l'Empire (2). » Et Feuquières de remontrer que la France saura sauvegarder les intérêts de ses alliés. Elle les invite tous à entrer dans l'alliance qu'elle vient de renouveler avec la Suède; elle veut en conclure une autre avec les Électeurs de Saxe et de Brandebourg, ainsi qu'avec tous les princes qui voudront se joindre à elle. « Le Roi souhaite, avec plus de passion que pas
(1) Relation du i'oyage que le Sieur de Feuquières a fait en Allemagne. Aubery, Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. II, p. 322.
(2) Lettres et négociations du Marquis de Feuquières, t. II, p. 164.
NÉGOCIATIONS AVEC Ll'S PRINCES ALLEMANDS 73
un d'eux, la paix et le repos de l'Allemagne, mais toute proposition de paix venant des ennemis doit être tenue pour suspecte ». Quant « aux bons désirs que Son Altesse dit avoir pour le Roi de lui souhaiter la Couronne impériale » — cette couronne sur laquelle nos Rois jetaient parfois les yeux sans en parler amais, — Feuquières estime que « c'est chose à laquelle Sa Majesté n'a aucune pensée » ; il ne manquera pourtant point de « témoigner à Sa Majesté les bons intérêts que Son Altesse témoigne pour elle (1) ». Et les deux interlocuteurs se séparèrent très satisfaits l'un de l'autre.
Feuquières se présente, le 20 mai 1633, au château de Dresde, devant l'Electeur. Ébloui des « dignités et prérogatives de I Empire », M. de Saxe tenait « toute puissance étrangère pour suspecte dans les affaires d'Allemagne ». A'oisiu de la maison d'Autriche, en guerre même avec elle, il chercJiait à se rendre nécessaire à l'Empereur, car, avant tout, il détestait la maison palatine à cause de sa prééminence, la maison de Brandebourg à cause de son affectation de supériorité, la maison de Wcimar « à cause des droits qu'elle avoit sur son Électorat ».
L'envoyé du Roi fut reçu avec tout le cérémonial en usage pour les envoyés impériaux, — honneurs qui étaient refusés à lambassadeur du roi d'Angleterre, — et il se trouva en présence d'un « passionné luthérien, superbe et glorieux ». Il remet, dès ce premier jour, les propositions qu'il avait apportées de la part du Roi : l'Electeur était invité à approuver les résolutions prises ù Heilbron. On le pressait « d'entrer dans l'alliance renouvelée entre le Roi et la couronne de Suède » ou d'en faire une particulière « conjointement avec l'Électeur de Brandebourg ». L'Électeur devait s'interdire toute paix séparée avec l'Empereur et accepter la médiation du Roi.
Feuquières offrit mille écus annuels au conseiller Timaeus, une pension de trois mille livres au prédicateur de la Cour; il s'entendit demander, pour l'Électeur, par Timaeus, cent mille l'ixdales (environ sept cent mille écus de France) et il se sentit
(1) Aubery, Mémoires pour servir à l'Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. II,
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« charmé de cette ouverture ». Il n'en quitta pas moins la cour de Dresde sans avoir rien obtenu; il sut même prévoir qu'elle ne tarderait pas à s'accommoder avec celle de Vienne.
Le 30 juin, il arrivait dans la capitale de l'Électorat do Brandebourg'. Georges-GuiUaumc de Hohenzollern, marquis de Brandebourg-, qui régnait alors à Berlin, « étoit calviniste, quoique tous ses États fussent luthériens », a d'esprit médiocrement bon, extrêmement civil, libéral et magnifique », cet Électeur « se piquoit d'être homme de foi et de parole (1) ». Feuquières, après avoir passé à Dessau, petite ville où régnait la maison d'Anhalt, qui l'assura qu'elle suivrait l'exemple de Berlin, reparut à Dresde, où allait arriver un ambassadeur de Georges-Guillaume.
L'Électeur de Saxe n'ignorait pas que celui de Brandebourg avait promis d'accepter tout ce qu'il était, lui, résolu de refuseï*. Outré de colère, il se garda bien de loger Feuquières au château. L'ambassadeur ne trouva d'abri que dans les faubourgs, parce que l'Électeur lui avait fermé les portes de toutes les maisons de la ville, bien stylé par son maitre. L'on n'en trouvait, singulier hasard, que dans des « maisons pestiférées, où les morts et les malades étoient encore (2) ». Lorsque l'ambassadeur de Brandebourg, qui avait été logé au château, en sortit avec l'Électeur de Saxe, « il était, constate Feuquières, plus chargé de papier et de vin que de satisfaction ». L'ambassadeur du Roi quitta Dresde, où il n'avait eu qu'une audience des plus froides qui n'avait duré qu'un quart d'heure. Il reçut meilleur accueil, en chemin, auprès des divers principicules et arriva, le 29 août 1633, à Francfort, où se trouvait réunie l'Assendjlée des États de .l'Empire.
Deux mois auparavant, le 17 juin 1633, Louis XIII avait écrit à Richelieu : « Mon Cousin, j'ai reçu votre lettre et la dépêche de Charnacé (and)assadour du Roi auprès des États de Hollande),
(1) Aubery, Mémoires pour servir à l'Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, t. II,
(2) Lettres et négociations du Marquis de Feuquières, t. II, p. 4'i-45.
WALDSTEIN .IRBITRE DANS LEMPIRE 75
pai" laquelle je vois qu'il n'y a encore rien de certain pour la irève on pour la sruerre; ces longueurs sont bien fâcheuses. Si la nouvelle de La Gi'ang:e ans Ormes (envoyé du Roi près de certains princes allemands etdes villes libres) est vraie, cela les doit bien éclianil'er pour la guerre, car ils n'auront jamais si beau, ni nous aussi, contre la croce (la croix de Lori*aine); car, Waldstein mort, je tiens les atfaii'es de l'Empereur perdues en Allema§-ne(l). » Louis XIII était aloi*s aux eaux de Forges, entre Rouen et Dieppe (dont les sources ont gardé de son séjour les noms de la. Roi/aie, id^ Reinette, la Cardinale). Plein d'admiration pour l'excellence de ces eaux, dont toute la Cour buvait avec lui, il composait en leur honneur un article pour la Gazette {'i).
Installé non loin du logis de son maître, Richelieu venait de faire dresser un théâtre dans la cour du logis de la Reine (3). Mais tout cédait devant l'événement qui semblait devoir bouleverser T Allemagne. Louis XIII en était si occupé que, dès le 19, craignant que La Grange aux Ormes n'eût été mal informé, il ajoutait, dans une deuxième lettre au cardinal cet éloquent post-scriptum : « Je tous prie de me mander si la nouvelle du ^Yaidstein continue (4). »
Non, la nouvelle du Waldstein « ne continuait pas ». Ce n'était pas Waldstein, duc de Friedland qui était mort, mais son neveu, chambellan de la cour de Vienne.
L'illustre condottiere, qui avait refait son armée en Bohème, après la bataille de Lutzen, menaçait la Silésie et la Lusace, rêvait de pousser jusqu'aux rivages mêmes de la Baltique.
Mais on pouvait se réjouir d'apprendre qu'il était encore vivant : sa vie pouvait être plus utile que sa mort aux ennemis de la maison d'Autriche. C'est poui-quoi le cardinal, négociateur patient, s'évertuait à le détacher du service de l'Empereur. Déjà deux ans plus tôt à Ratisbonne, Waldstein « s'étoit
(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de. Richelieu, p. 119.
(2) Gazette, année 1633, p. 260.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 471, note.
(4) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, p. 119.