‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 47 sur 219 · VVALDSTEIN ENTRAINE SON ARMEE · texte numérisé non relu

VVALDSTEIN ENTRAINE SON ARMEE

avec l'Électeur de Saxe et campé à six lieues de Dresde ; en vain le jeune lîls de l'Électeur de Brandebourg-, qui ne semblait plus en 'sùi'eté à Gustrin, avait été conduit hâtivement à Stettin; Richelieu continuait à, jouer de loin son rôle de tentateur. Il savait bien que le généralissime ne pouvait exécuter sa volte-face avant d'avoir inquiété peu à peu ses troupes, qui lui devaient tout ce qu'elles possédaient et tout ce qu'elles rêvaient de posséder. Il voulait lui laisser le temps de leur montrer, après de longues alarmes, sa démission tonte prête, comme un abîme soudain dévoilé où sombrerait leur fortune. Catastrophe rendue inévitable par la haine du parti espagnol prépondérant à la Cour impériale et le désir qui peignait l'Empereur de mettre son fils Ferdinand, roi de Hongrie, à la tête de l'armée. « An expédiât, se demandaient en beau latin les conseillers de Vienne, Domimtm Generalissimum Ducein Friedlandige; ab officio revocure?... Convient-il de révoquer M. le Générsûissime Duc de Fricdland et de préposer à la conduite des opérations de guerre le Roi Ferdinand III? Et les conseillers se répondaient à eux-mêmes, en un latin qui n'était ni moins beau ni moins clair : ils affirmaient que si l'Empereur voulait conserver l'Empire, rétablir la paix, voir FÉg-lise florissante pour la plus grande gloire de Dieu, il fallait dépouiller de tous ses biens lé duc de Friedlaud et le remplacer par ce roi si passionnément désiré : « Si Imperator velit Impenimi conservatum , pacem restitutatn, Ecclesiam florentem ad Dei fjloriam, avocel ducem Friedlandiœ exosum omnibus bonis et prseficiat belli^ suis exoptatissimurn filium Ferdinandum Regem (1) ».

Le 12 janvier lG3i, le duc de Fricdland avait si bien endoctriné ses lieutenants, que, dans la maison d'Ilov, un de ses plus dévoués jmrtisans, au cours d'un banquet, quarante-deux colonels italiens mirent leurs quarante-deux noms au bas d'un serment fort significatif, celui de ne point quitter Son Altesse et de ne point permettre qu'on s'en séparât en aucune manière (2) ». Serments

(1) Schebeck, Wallenstein, Frage, p. 578.

(2) Mercure françois, 1" partie, p. 489-490. VittorioSirL Memorie recondite, t. III,

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(l'ivi'Oi;iics, car les convives avaient vidé l>caucoup de pots. Cependant quelques officiers, moins gris que les autres, observaient que les droits de l'Empereur n'étaient pas réservés dans cette déclaration comme dans celle dont ils avaient eu connaissance peu de temps auparavant. Leurs observations furent couvertes par les plaintes qu'ilov répandit contre l'Empereur, les fureurs de Terzka menacjant, l'épée à la main, de dépêcher tous les ennemis du généralissime, l'enthousiasme que manifestèrent les autres convives en brisant chaises, tables et fenêtres (1).

Tous les souscri^îteurs n'étaient pas sûrs, car l'un d'eux, Picco- Jomini, courut à Pilsen avertir les princes François et Mathias de Médicis, neveux de l'Empereur, qui prévinreht leur oncle. Le Conseil impérial fut aussitôt réuni (2).

Cependant Waldstein, de plus en plus suspect à la cour de Vienne, de plus en j)lus tenté par les offres de Richelieu, était à la veille de franchir le Rubicou. Le cardinal connaissait, par une lettre que Kinski avait écrite à Feuquières le l""" janvier, « les bonnes disj30sitions du duc de Friedland ». De nouvelles instructions, datées du 1*'' février, confirmaient à peu près celles du IG juillet 1633 et elles promettaient toujours une subvention d'un million de livres, si le duc se déclarait contre la maison d'Autriche et entretenait une armée de quinze mille hommes .'Au cas où il croirait ne pouvoir se déclarer, on se contenterait de lui verser trois cent miUe livres, dès qu'il se serait eng-agépar écrit à procurer la paix de l'Allemagne par la médiation du Roi Très Chrétien.

Savait-il exactement ce qu'il voulait faire? Les historiens modernes n'ont pu le dire encore. Feuquières envoya bientôt vers lui M. de La Roderie avec une lettre de créance du Roi et peut-être un traité (3). Rientôt les officiers de l'Empereur se retirèrent en em])ortant la couronne de Rohême : « Ils ne peuvent faire le semblable du Royaume, dit en riant le généralissime, et j'ai assez d'or et de pierreries pour pouvoir en faire une pareille [k). »

(1) E. Denis, La Bohême depuis la Montagne blanche, V^ partie, p. 166.

(2) Lettres et négociations du Marquis de Feuquières t. I, p. 80.

(3) Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu, t. II, p. 163.

(4) Lettres et négociations du Marquis de Feuquières, t. II, p. 215.

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