POURPARLERS AVEC LE CARDINAL DE LORRALXE
Chamond, qui coininandait les troupes françaises cantonnées outre-Rhin, avait-il reçu du Roi l'ordre de les conduire eu Lorraine et de se porter à Saint-Nicolas-du-Port, à vingt-deux lieues de Saverne, à trois heures de Nancy. Saint-Chaniond neut pas la peine de se battre avec les Lorrains. Selon l'expression du cardinal, ceùt été « défaire des sens défaits » ; taillés en pièces à Pfati'enhofen le 11 août : catastrophe qui « donna une si grande épouvante à toute la Lorraine que tout fuyait (1) », écrit Richelieu. Le Duc était à Lunéville. Dès la première nouvelle du désastre, il était entré dans la chambre de sa femme en disant : « Tout est perdu, sauvez-vous vilement à Nancy. » Parti aussitôt avec la duchesse, il y était arrivé à dix heures du soir pour y trouver un gouverneur dont il était fort mécontent, le prince de Salm, et des mutins qui ne cachaient pas qu'ils voudraient être au Roi (2).
Le 18, le cardinal de Lorraine avait vu Louis XIII à Château- Thierry et s'était longuement entretenu avec Richelieu. Cette Éminence de vingt-deux ans, homme calme, ferme et doux, avait entendu, de la bouche du ministre, « la longue énumération des contraventions » reprochées à son frère. Le Lorrain avait offert diverses réparations. Richelieu les avait jugées insuffisantes : il voulait avoir Nancy, du moins en dépôt.
Vainement Louis XIII avançait toujours. A Saint-Dizier, le 22, le cardinal de Lorraine avait avoué le mariage de la princesse Marguerite avec Gaston. Cardinal laïc, il avait proposé de remettre Nancy entre les mains du Roi, si Richelieu lui accordait la main de M*"^ de Combalet, et il s'était attiré cette réponse : « J"ai toujours eu pour principal but les affaires de mon maître séparées de tous intérêts particuliers. » A Pont-à-Mousson, le 23, c'étaient les places de La Mothe, Saverne, Dachsteinque le cardinal de Lorraine parlait de confier à Sa Majesté Très Chrétienne et il laissait entendre qu'il pourrait en être de même de la princesse. Richelieu n'avait accepté que la princesse, mais il avait exigé qu on lui
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VII, p. 391.
(2) Comte d'HaussonvilJe, Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, t. I, p. 515-516 M. de Saint-Charaond au cardinal de Richelieu, 14 août 1633.