TRAVAIL DES ALLIANCES CONTRE LEMPIRE
inaccoptahlcs : la Koliêiiic et la Hongrie données à la Saxe, qui a soutenu la rébellion de Bohême, Ratisbonne ou Erfurt devenant un État dont Bernard de Saxe-Weiniar et les princes de sa ])ranche seront souverains, la Franconie restituée aux évoques de Wurtzboure' et de Banibers . Dans cette redistril)ution de l'Alleniagne, le duc de Bavière n'est pas oublié : on lui rend tout ce qu'on lui a pris. Revêtu du bonnet électoral dont l'Empereur l'avait dépouillé, il restera Électeur jusqu'à sa mort. Ses successeurs et les comtes Palatins le seront alternativement. Aux Suédois, des lies et des ports de la Baltique : Rugen, Uscdom, Stralsund, Wismar, Rostock; aux Électeurs de Brandebourg, de Cologne et de Mayence, tous les biens qu'ils ont perdus. Le Palatin aura une petite « formalité » à remplir avant d'être reconnu dans le bas Palatinat et rétabli dans le Palatinat supérieur : il lui faudra rembourser au duc de Bavière la moitié des dépenses que le prince aura faites pour recouvrer la Bohême. C'est l'Empereur qui paiera l'autre moitié. Est-il besoin d'énumérer les autres articles, qui maintiennent les privilèges des villes impériales, restaurent la vieille constitution de l'Empire, obligent les Français à évacuer Haguenau, Saverne, les villes de l'Électoral de Trêves, attribuent pour toujours à la France les Trois Évêchés, lui laissent le duché de Lorraine, jusqu'à ce que le Duc dépossédé ait réparé les fautes qui ont amené sa dépossession?
Pourquoi ne pas rappeler que Feuquièrcs est autorisé à proposer une sorte de liberté de conscience, qui remplacera le fameux Cujus regio hujus religio? Il devra essayer d'obtenir des deux branches de la maison d'Autriche un règlement avantageux des questions de la Valteline et de Pignerol. Ces propositions sont essentiellement variables; Richelieu sait que l'Empereur est fort loin de vouloir céder ': on va vers une guerre démesurément élargie, mettant aux prises la France et l'Espagne-Autriche.
Les instructions du cardinal, en ce qui concerne Oxenstiern, n'étaient pas pour déplaire à Feuquières, très désireux d'abaisser l'humeur du Suédois, « tous les jours plus altière et inso-
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lente (1) ». « Le chancelier, écrivait Feuquières au Père Joseph, le 20 mars, était déjà entré dans une telle alarme de l'union des Électeurs de Saxe et de Brandebourg- avec Friedland joint à Sa Majesté, que, quelque bonne mine qu'il ait faite, il y a longtemps qu'il n'a reçu une nouvelle qui lui ait plu davantage que celle de sa mort (2). » Oxenstiern redoutait la bonne intelligence de l'Électeur de Hesse-Cassel avec Feuquières. Celui-ci continuait à penser qu'il valait mieux s'adresser à la bourse des princes allemands qu'à leur raison. Il écrivait au Père Joseph « qu'un peu d'argent comptant serviroit plus que toutes les persuasions (3). ))
Feuquières ya essayer de gagner Oxenstiern à sa politique en lui laissant espérer qu'il ne lui refusera pas son concours, lorsqu'il réclamera pour lui-même l'Électorat de Mayence. Au début de juin, le chancelier est conquis (4). Mais il ne s'exécute pas vite. Il est vrai que l'Électeur de Saxe voit d'un mauvais oeil cette cession d'une ville de l'Empire. L'assemblée de Francfort, influencée par lui, a prié le Roi de ne pas demander ce qu'elle ne veut pas consentir. Le 17 août il n'y a rien de fait et M. de Villeblavin, gentiDiomme de la maison de M. de Feuquières, écrit de Paris à M. du Fresne, secrétaire de son maître : (( Je m'étonne grandement de ce que le chancelier Oxenstiern ne se hâte davantage de remettre Philippsbourg entre les mains du Roi. La prise de La Mothe et la perte de Ratisbonne (5) pourront faire donner quelque bonne résolution à leurs pesantes délibérations (6) ». M. de Villeblavin a raison. Mais tout va changer. Déjà inquiets, le chancelier et les députés prennent le mors aux dents, lorsqu'ils apprennent que dix mille Impériaux ont envahi la haute Souabe et que Donauwerth vient de capituler le IG août. Le 26, la convention qui livre Philippsbourg à la France est signée : « Le duc de Wurtemberg, explique Richelieu à
(1) Lettres et négociations du Marquis de Feuquières, t. II, p. 268.
(2) Ibidem, p. 259.
(3) Lettres et négociations du Marquis de Feuquières, t. I, p. cxLiii.
(4) Fagniez, Le Père Joseph cl Richelieu, t. II, p. 177-178.
(5) Qui avait ouvert ses portes le 24 juillet au roi de Hongrie.
(6) F. Gallois, Lettres inédites des Feuquières, t. I, p. 36.
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Louis XUI, sera reconnu pour gouverneur général et fera serment au Roi et à l'Union. Celui qui demeurera dans la place, avec titre de gouverneur particulier, sera français, et de mille hommes qu'on y mettra en garnison, il y en aura sept cents Français et trois cents Allemands choisis par Sa Majesté (1) ».
Oxenstiern, craignant de ne pouvoir conserver les postes que les troupes suédoises occupent entre le Rhin et l'Elbe, propose, dans le plus grand secret, à Feuquières de les livrer au Roi. Les troupes suédoises franchiront l'Elbe, dont elles défendront la rive droite. Assisté des Hollandais et du landgrave de Hesse, le Roi occupera tout ce qu'elles auront abandonné. Il versera à la Suède un subside annuel d'un million de livres ; il lui permettra de se dédommager aux dépens de la Saxe et lui procurera quelque bon acconmiodement avec la Pologne. Proposition avantageuse pour la France, plus encore pour la Suède, qui opérera dans une région moins lointaine, où les conquêtes seront plus vite à sa convenance que dans la vallée du Rhin.
Richelieu ne se hâte point d'accepter. Le Suédois trop empressé le rend exigeant. D'ailleurs le cardinal ne veut pas rompre avec la maison d'Autriche avant le terme qu'il s'est fixé ; il ne veut pas que son maître perde, aux yeux des princes allemands, son prestige de protecteur désintéressé des libertés germaniques. Feuquières est chargé de faire connaître au chancelier les vues de Son Éminence : la Suède ne s'opposera point aux agrandissements de certains princes de l'Empire; ni le landgrave de Hesse. ni le margrave de Bade, ni le Palatin, ni d'autres clients de la France ne devront être empêchés de s'arrondir. Les Electeui*s de Saxe et de Brandebourg seront ménagés; la rehgion catholique sera maintenue à Cologne et à Neubourg, dont on respectera la neutralité. Les Provinces-Unies entreront dans l'alliance. Brisach sera assiégée, prise et confiée au Roi. Aucun des alliés enfin n'aura le droit de conclure une paix séparée.
Si ces conditions ne sont pas remplies, nul espoir que le Roi consente à attaquer les Pays-Bas espagnols au mois de mai de
(1) Avene], Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 597.
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l'année prochaine. La sécurité du Royaume est à ce prix. Elle semble menacée, de fort loin il est vrai, jmr la victoire que les troupes impériales viennent de remporter à Nordlingen, le 6 septembre 1634. Par où va passer l'un des vainqueurs, don Fernand d'Espagne, ce cardinal infant qui s'aclieminc vers Bruxelles? Marchera-t-il conjointement avec le roi de Hongrie? Franchira-t-il le Rhin à Colog-ne, à la tête de son armée? Sous les murs de Saverne, le maréchal de La Force l'attend de pied ferme, à la tête de la sienne. Il ne peut être question de s'éloigner de l'Alsace, « où l'on fait courre le bruit que l'infant cardinal veut prendre son passage et qu'il s'en vient à Brisach » : « Je m'assure que, s'il l'entreprend, écrit le maréchal à Feuquières, le 19, je lui donnerai bien de la peine (1). »
Les Suédois et les principicules d'Allemagne, qui formaient comme autant d'avant-postes, n'avaient pas cette assurance. Épouvantés, ils réclamèrent à grands cris l'intervention du Roi (2).
ce La façon de traiter de M. le Chancelier Oxenstiern est un peu gothique et beaucoup finnoise » (pour ne pas dire finaude) , mandait Richelieu à Chavigny le 30 avril 1635. « Cependant il en faut sortir, s'il se veut mettre à la raison (3). »
Le cardinal se trouvait alors au château de Mouchy, Louis XllI à Compiègne, à quelques lieues de son ministre. Le 27, le Roi puis la Reine avaient donné audience au chancelier de Suède. Le cardinal avait reçu Oxenstiern à son tour. Trois heures durant, les deux interlocuteurs étaient demeurés ensemble, échangeant en latin, devant les assistants ébahis, des « propos joyeux » et de chaleureux compliments, des non chibitat, credo, Eminentia vestra quin hoc milii sit in prœcipuis votis ut detur tandem aliquando optata vestra prœsentia vestroque alloquio frui ; Rex gratissimajn semper habehit per curiam suatn profeclionem vestrani (4-). Mais, le 29, toujours dans la langue de Cicéron, les
{1) Archives de La Force.
(2) Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu, t, II, p. 199.
(3) Avene], Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 735.
(4) Ce sont les propres phrases que Richelieu avait écrites le 29 mars, au chance-