D ABORD, SOURIRES DE LA FORTUNE
Cette guerre était la suite des griefs accumulés depuis le lointain des âges. Le cardinal les avait fait relever et publier par le sieur Balthasard et, depuis 1626, chacun pouvait se procurer chez Claude Morel, imprimeur ordinaire du Roi, rue Saint-Jacques, — à la Fontaine, — le Traité des Usurpations des Rois d'Espagne sur la Courojine de France depuis Charles VIII. Ce vade-mecum de cent trois pages commençait par un éloge lyrique de la paix, « bien incomparable, lien de la société humaine », ce délices de la nature », « nourrice des lois, de l'ordre et de la police ». Mais, dès la sixième ligne, le porte-parole de Richelieu se tournait vers la guerre qui, « avec toutes ses calamités, est beaucoup plus désirable aux âmes généreuses qu'une paix mendiée avec désavantage » .
Ce sont les idées qu'un homme d'épée, le poète tragique Schelandre, avait exprimées en ces vers où, dans la harangue du vieux Ticlbaze, l'on sent déjà quelque chose du génie de Corneille :
Moi qui suis né guerrier, nourri le fer au poing, Toujours la gloire au cœur et en l'esprit le soin Qui or me fait chômer, faut-il qu'une vieillesse En une oisive paix languissante m'oppresse!