GRIEFS CONTRE L'ESPAGNE
La guerre est ici-bas de noblesse la mère; Indigne de régner qui n'en fait ordinaire; La guerre est un beau jeu dont l'honneur est le prix, Qui endurcit les corps, aiguise les esprits... (1).
Le cardinal, s'adressant au Roi lui-niôine, déplorait que « les descendants de Charles le Grand » n'eussent pas réglé plus tùt leurs affaires avec l'Espagne. « S'ils l'eussent fait, l'Italie, l'Allemagne, la Pologne, la Slavonie, la Hongrie et foutes les Gaules, autrefois tributaires de votre Couronne, Sire, viendroicnt encore rendre aux pieds de Votre Majesté les hommages de leur servitude. Et cette grandeur superbe de l'Espagne, qui combat aujourd'hui pour le sceptre de toute l'Europe, combattroit seulement avec les autres provinces de votre Empire pour l'honneur de l'obéissance. »
Rien n'embarrassait l'ingénieux Ralthasard, quand il s'agissait de démonter les plus belles pièces de la maison d'Autriche- Espagne : usurpation, les royaumes de Sicile et de Naples, (( longtemps disputés entre les maisons d'Anjou et d'Aragon, auxquelles celles de France et de Castille avoient succédé » ; usurl^ation, « ce beau duché de Milan, qui valoit un grand royaume et qui auroit dû revenir aux hoirs de Valentine, femme de Louis, duc d'Orléans, fds de Charles V » ; usurpation, le comté de Flandre, composé du Brabant et de l'Artois et, durant sept cents ans, rangé sous la suzeraineté des rois de France. Et que dire du Roussillon, « engagé parle roi d'Aragon au roi Louis XI pour la somme de trois cent mille écus » et inconsidérément rendu par le roi Charles VIII, impatient de conquérir le royaume de Naples, en échange d'une promesse de neutralité, qui ne fut pas tenue! Que dire de la Navarre dont le pape Jules II avait disposé sans droit en faveur de l'Espagne! « Considérez, Sire, s'il vous plaît, disait en finissant le sieur Balthasard, quel progrès ont fait les Espagnols sur vos alliés, pendant votre bas -âge, qu'ils dévoient respecter. Y a-t-il prince en Allemagne qui ne gémisse sous leur oppression? V a-t-il aucune province où ils
(1) Jean de ScheJandre, Tyr et Didon. Acte I, Ed. Harahgdi, p. 43.