C'EST LA GUERRE
les théâtres de guerre dispersés aux quatre coins de l'Europe î
On était obligé de se mettre sur le pied de guerre.
Le 19 mai 1635, don Fernand d'Autriche, archevêque de Tolède, était dans son palais de Bruxelles. Cardinal laïque, le vaincpieur de Nordlingen avait endossé le sévère costume de cour de son pays et il avait imposé cette même tenue à son entourage (1). Maître dans les Belgiques au nom de son frère Philippe IV, il étalait une fierté sans bornes.
Mais voilà que soudain, une vive perplexité se lit sur le visage du Habsbourg, dans ces grands yeux à fleur do tète que sépare un nez long et gros. Le jeune cardinal vient d'apprendre l'arrivée d'un Français, en costume du moyen Age : Jean Gratiolet, héraut d'armes de France sous le titre d'Alençon, a paru devant la porte de Hal, vers neuf heures du matin. Revêtu de sa cotte violette aux armes de France et de Navarre, coiffé d'une toque, tenant à la main son bAton de héraut et précédé de Jean Elissavide, trompette ordinaire du Roi, il demande audience. Les douze coups de midi sonnent aux horloges de la ville et don. Fernand vient seulement d'envoyer la réponse. Elle est portée par le sergent-major de Bruxelles, accompagné de Toison d'or, roi des hérauts des Pays-Bas : Jean Gratiolet est invité à se rendre chez le sergent-major, qui loge place du Sablon et à quitter son costume de héraut avant de franchir la porte de Bruxelles.
Le cardinal infant réunit en hâte son conseil : que faire? Doit-il accorder l'audience? S'il ne veut point écouter la déclaration de guerre qu'il prévoit, il paraîtra pusillanime. François T"", un siècle plus tôt, n'a pas manqué de recevoir le héraut que lui envoyait Charles-Quint. Refuser un cartel, n'est-ce pas s'avouer vaincu d'avance ? Ainsi parlaient une partie des conseillers. Les autres objectaient que l'audience avait plus d'inconvénients que d'avantages : la déclaration pouvait être semée de termes offensants auxquels il serait malaisé, sans doute, d'improviser une noble réponse ('2).
(1) Gossart, V Auberge des Princes, p. 50 et suivantes.
(2) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. II, p. 575.