L.\ DECLARATION SOLENNELLE
Le prince fut de l'avis des conseillers prudents et, à sept heures du soir, Jean Gratiolet, à qui Ion avait envoyé deux autres hérauts d'armes, Hainaut et Gueldres, se morfondait au logis de la place du Sablon. Mais ayant vu soudain le serg-ent-major, enfin revenu du palais, s'enfuir aussitôt qu'il avait tiré sa déclaration de sa pochette pour lui en donner lecture, il monte à cheval, ainsi que les deux autres hérauts. Devant le logis du sergent-major, sur cette place du Sablon où la foule s'amasse, il prend la parole : « Le papier que je tiens en mes mains, dit-il, est la déclaration que je de vois faire de la part du Roi, mon maitre, au cardinal infant d'Espagne. » Et il la jette aux pieds des trois hérauts : « Que personne ne touche à ce papier », commandent au peuple les hérauts Toison d'Or, Hainaut et Gueldre.
Si le peuple l'avait ramassé voici ce qu'il aurait pu Ure : « Le héraut d'armes de France uu titre d'Alençon, soussigné, certifie à tous qu'il appartiendra, être venu au Pays-Bas pour trouver le cardinal infant d'Espagne de la part du Roi son maître, son unicjue et souverain seigneur, pour lui dire que, puisqu'il n'a pas voulu rendre la liberté à Monsieur l'Archevêque de Trêves, Électeur de l'Empire, qui s'étoit mis sous sa protection, lorsqu'il ne la pouvoit recevoir de l'Empereur ni d'aucun prince, que contre la dignité de l'Empire et le droit des gens, vous retenez prisonnier un prince souverain qui n'avoit point de guerre contre vous, Sa ^Majesté vous déclare qu'elle est résolue de tirer raison par les armes de cette offense, qui intéresse tous les princes de la chrétienté (1). »
Mais déjà, éperonnant son cheval, Gratiolet a fendu la foule. Il va quitter la place du Sablon et s'engager dans la Grande Rue, lorsque, se retournant, il aperçoit un carrosse plein de dames qui débouche sur la place. Portant sur son costume, par devant et par derrière, les armes de France et de Navarre, tenant d'une main ses rênes et de l'autre le I>âton fleurdelysé surmonté de la couronne formée, il salue do la tête le carrosse, d'où partent de
(1) Mercure français, t. XX, 2° partie, n. 931.