RICHELIEU VEILLE. L\ REINE MERE CONSTERNÉE
en avaient trouvé, dans le numéro du 26, un bref récit envoyé par le Père Joseph. « De mémoire d'homme, disait le gazetier, l'épouvante ne s'est point vue si grande par toutes les contrées du Pays-Bas de la domination d'Espagne (i). »
Il y avait de quoi, la jonction de l'armée royale et de l'armée du prince d'Orange était désormais possible, elle eut lieu le 30 mai, entre Maestricht et Vanloo. Le cardinal infant avait rassemblé quelques troupes inférieures en nombre à celles des ennemis et il attendait, incertain, derrière la Nethe. « Jamais le Roi et M. le Cardinal ne l'auront plus belle », mandait Riolan, médecin de la Reine mère ; et il brossait un petit tableau des angoisses de l'infortunée princesse, qui ne manqua point de divertir Son Éminence. Il la montrait dînant en particulier le vendredi 25 mai, avant-veille de la Pentecôte, servie par ses filles d'honneur, dont l'une. M"" de Maintenon, crut devoir représenter à sa maltresse, qui se lamentait : « Ceux de Bruxelles ont grand-peur que Votre Majesté sorte hors la ville pour aller ailleurs : sa présence pourroit conserver la ville. — Ils ne la respecteront », répondit la Reine. Le médecin prit alors la parole : « — Ils en useront, dit-il, comme à la défense des Ponts-de-Cé. — On me prendra prisonnière, s'écria avec colère la Florentine, pour me mener en triomphe en France et m'enfermer dans un château (2) ».
Ce n'était point à quoi songeait le cardinal. Il écrivait à Charnacé, son porte-parole auprès de Châtillou et de Brézé : « Je vous prie de recouimander à MM. les Maréchaux d'avoir tant de soin, que l'on ne puisse pas dire que l'on se gouverne à la française, c'est-à-dire dans une entière négligence. » La bonne harmonie entre les maréchaux, — dont le plus jeune avait traité le plus vieux avec quelque désinvolture le jour de la bataille d'Avein, — lui tenait à cœur : « Je crains un peu, avouait-il, que cette affaire soit le commencement de quelque division
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, Notes, et Gazette de 1635, p. 289 et suivantes.
(2) Archives des Affaires étrangères, France 814, f" 101 et suivants. Quelques phrases publiées par Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 32, notes.
RICHELIEU. — T. V. g