‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 69 sur 219 · UNE JUSTE GUERRE · texte numérisé non relu

UNE JUSTE GUERRE

et jalousie entre les personnes que je désire grandement qui demeurent unies. Il faut prendre garde à éviter ce mal, qui en causerait beaucoup d'autres. Il faut aussi é\'iter, ajoutait-il, que nos gens ne se gouvernent un peu moins modestement, après cette victoire, qu'il n'est à désirer avec l'armée de MM. les Etats (1). »

Une semaiine était à peine écoulée et Richelieu apprenait, par des lettres interceptées, que la mésintelligence de Châtillon et de Brézé réjouissait fort les ennemis qui « n'en n'espéraient pas peu d'avantage (2) ». Il n'en demeurait pas moins optimiste et ne cachoit pas ses sentiments à Gharnacé : « Je prie Dieu tous les jours, déclarait-il, que vos prédictions, qui portoient que les progrès de la Flandre iroient plus vite que je ne pou vois penser, soient plus véritables que les miemies, qui vont un peu plus lentement (3). »

Il lui fallait, avant la fin de l'été, un succès décisif, assurant les communications avec la Hollande, rendant aisé le ravitaillement des troupes et la conquête de la Flandre, qui terminerait la guerre.

« Une juste guerre », disait la déclaration que, sur l'ordre du Roi le Parlement avait enregistrée le 18 juin. Avant de se plaindre que « l'Espagne eût destiné de tout temps la Flandrcpour sa place d'armes », afin de tenir la France « en perpétuelle jalousie » et d'être « avec des troupes aguerries », toujours à même de la surprendre si elle se reposait sur la sûreté publique, ou de la consommer pendant la paix « en des dépenses égales à celles de la guerre », le Roi développait la longue suite de ses griefs. Il rappelait « tous les efforts inutiles que les Espagnols avoient faits pour démembrer sa Couronne », « les desseins qu'ils avoient formés pour l'attaquer à force ouverte ». Il « ne pouToit sans défaillir à son État et à lui-même différer davantage de les prévenir chez eux plutôt que de les attendre dans son Royaume ». iNi l'alliance de sa sœur Elisabeth arec le roi Philippe IV, ni les bons offices maintes fois prodigués n'avaient

(1) Avenei, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 35-36.

(S) Ibidem, T>. 73.

DÉCLAHATIO.N DU ROI llô

pu apaiser l'Espagiie, « arrêter le cours de sou ambition démesurée, les effets de sa mauvaise volonté » : la Valteline envahie, les Grisons, clients de la France, attaqués en pleine paix; le traité de Monçon demeuré lettre morte; le duc de Savoie victime des entreprises espagnoles tandis quil était Fallié du Roi; le duc de Mantoue « opjjrimé parce qu'il était né Français » et que son État convenait miraculeusement pour « agrandir celui de Milan » ; le duc de Lorraine « cinq fois armé contre la France » à l'instigation de l'Espagne. Le Roi n'ou])liait ni les traités conclus « avec les religionnaires de son Royaume pour y former un corps perpétuel de rébellion, ni les continuelles pratiques pour semer des divisions jusque dans la famille royale », ni le dessein d'armer la France contre ellemême par un traité « dont l'original, signé des ambassadeurs espagnols, était heureusement tombé entre ses mains » ,

Aussi, concluait Louis XIII : « Nous croirions être en quelque façon complices des maux que nos peuples en pourroient souffrir, si, par une juste prévoyance, nous n'employions de bonne heure les plus puissants remèdes qui soient en notre pouvoir pour les en garantir et si même nous n'exposions (comme nous avons déjà fait tant de fois et sommes encore résolu de faire de bon cœur) notre pro^îre personne pour les défendre (1). »

A cette déclaration, au manifeste qui suivit et qui était de la façon de Servien, les Espagnols ne manquèrent pas de répondre par un Manifeste pour la Maison d'Autriche. Ils proclamaient notamment avec une mordante ironie : « Vous verrez que nous aurons rendu le cardinal de Richelieu insolent, ingrat et violent envers la Reine, sa bienfaitrice. Ces trois crimes lui ont fait perdre les bonnes grâces de cette grande princesse, qu'il devoit préférer à sa propre vie, s'il eût été vertueux et s'il estimoit moins la fortune que l'honneur... Si le Roi Catholique a reçu la Reine sa belle-mère, qui cherchoit la liberté qu'on lui avoit ôtée, s'il lui rendit l'honneur et l'assistance dus à son rang et à leur alliance, si Monsieur le Duc d'Orléans, ne pouvant plus être

(1) Mercure français, t. XX, 2' partie, p. 933-939,

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