TERGIVERSATIONS DU DUC
qu'il voudroit bien n'être point venu trouver le Uoi, et (jue s'il étoit sur les montagnes proches Nancy, on ne le tiendroit pas (1) ».
Le lendemain matin, mardi -22 septembre, Nancy n'avait pas ouvert ses portes et M. de Lorraine était toujours au camp du Roi, dans la chambre, où, suivant le désir du cardinal, Louis XIII avait fait tendre une de ses tapisseries et disposer un de ses lits de voyage. Il se sent comme pris au piège. Ah! l'insistance du Roi pour le retenir hier soir : « Mon Cousin, vous êtes bientôt las de nous voir, il n'est pas tard, il n'y a qu'une petite lieue d'ici à Nancy et il ne vous faut pas une heure pour y aller! » Et la précaution de faire apporter des flambeaux dès quatre heures de l'après-midi, sous prétexte que la salle est obscure qu'il ne peut lire des lettres qu'il vient de recevoir, en réalité pour qu'il ne remarque point le moment où la nuit va tomber. Et lorsque, vers sept heures, le Duc a voulu partir, ce refus de lui donner congé : a Mon Cousin, il est trop tard et, la garde étant posée, il faudrait tout tioubler. Il vaut mieux que vous couchiez ici et vous jmrtirez demain de grand matin (2) ».
Mais voici le Père Joseph et Bouthillier. Ils viennent pour régler un point de détail : que Son Altesse veuille bien fixer l'heure où les troupes du Roi pourront entrer dans Nancy. Le Duc ne parait pas du tout résolu à livrer sa capitale. Deux heures durant, il discute avec V É7ninence grise et le secrétaire d'État, puis il demande à parler à Jeannin, secrétaire d'État de Lorraine, qui est à Nancy. Jeannin met trois heures à venir et reste trois nouvelles heures enfermé avec son maître. La journée entière s'est passée et le Duc ne se décide pas. Et cependant il a longuement causé avec le Roi, tandis qu'on allait chercher le secrétaire d'État de Lorraine.
Craignant fort que le Duc ne s'évade, Richeheu prend des précautions. La nuit, M. de Lorraine commande à Lenoncourt, l'un de ses gentilshommes, d'ouvrir la fenêtre; il se penche pour voir si une évasion est possible, mais des gardes accourent,
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VII, p. 442-443.
(2) Mémoires du Sieur de Pontis, t. II, p. 106-108.