‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 80 sur 219 · REDDITION DE SAINT-MIHIEL · texte numérisé non relu

REDDITION DE SAINT-MIHIEL

La dcnii-mansiu'tu«lc du Roi avait ses raisons : la marche de (iallas, qui approchait de Metz; aux environs de cette ville s'était retiré le cardinal de La Valette, que Louis XUl voulait renforcer de six mille hommes et do douze cents chevaux; on avait le désir de conserver les blés et les chariots accuiimlés dans Saint-Miliiel, et qui, si la ville était prise d'assaut, disj>araitraient au milieu du pillage et de l'incendie; de plus, la moitié de l'artillerie amenée de Verdun à grand peine, venait d'éclater : « Des quatre c<inons que nous avions, mande Ix>uis XIII à Richelieu, il s'en est éventré deux dès les premiers quarante coups, ce qui a été cause que je n'ai osé m'opiniàtrer à avoir tous les habitants à discrétion (i). »

Mais Ség-uier, g-arde des sceaux, et les deux Bouthillier songeaient avec angoisse aux ordres du cardinal; ils crurent devoir insinuer à Louis XIII que la capitulation ne serait point >'iolée si l'on envoyait aux galères tous ces misérables.

Déjà l'on expédiait l'ordonnance, lorsque M. de La Villeaux-Clers entra dans lo cabinet du Roi : « À Dieu ne plaise que je sois de votre a\is, déclara-t-il, car c'est là une injustice qui crie vengeance devant Dieu et devant les hommes. » A l'autre bout de la chambre, Louis XIII a entendu ces paroles, il proteste avec colère : « Vous blâmez volontiers ce que les autres font et cela me paroît surprenant en ce que j'ai suivi l'avis de tous ceux de mon Conseil. — Sire, répond La Ville-aux-Clercs, ce sont là les avis de ceux qui portent la robe et qui savent bien qu'ils ne peuvent être exposés à une pareille disgrâce; mais s'il plaisoit à Votre Majesté de me permettre d'aller prendre les voix de ceux de son Conseil qui sont d'épée, je suis assuré qu'ils condamneroient tout ce qui a été arrêté, et tous feroient de très humbles supplications pour la révocation d'un tel ordre. Les pauvres malheureux qui sont prisonniers peuvent être échangés contre d'autres et gardés tant et aussi longtemps qu'il plaira à Votre Majesté, mais ils ne doivent être soumis à aucune

(1) Bouthillier à Richelieu. Archives des Affaires étrangères, France 815, folios 300 et suivants.

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