‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 82 sur 219 · ENFIN. ON REJOINT LE CARDINAL · texte numérisé non relu

ENFIN. ON REJOINT LE CARDINAL

les iiiipatiencos qui succèdent (rordinaire aux niélaiieolies (1). » Le plus prudent de tous les hommes ne voulut pas s'y exposer même de loin; il donna sur-le-champ l'exeat : « Si Dieu, écrivit-il le 17 octobre, m'avoit donné autant de force comme j'ai d«' volonté de servir Votre Majesté, je m'offrirois à aller la servir en Champagne en son absence. Mais expérimentant tous les joui-s qu'un chemin de quatre lieues, quoique en litière , et un travail de quatre heures de suite me changent en un instant en quelque bonne disposition que je sois, je ne saurois lui offrir que ma bonne volonté (2). »

Le 22 octobre 1G35, vers une heure de laprès-midi, le cardinal, dans sa maison de Rueil, attendait le Roi. Louis XIII, qui avait séjourné h Chàlons le 18 (pour prendre médecine), couché à Baye chez M. de Lornie (3) le 19, à La Ferté-sous-Jouarre le 20, à Livry le 21, achevait alors de dîner au pont de iVeuilly. Richelieu savait qu'il allait arriver dans quelques moments, s'arrêter à Rueil, avant de rentrer à Saint-Germain. Dans quelques moments, le Roi et le ministre allaient agiter les questions les plus graves, causer de la jonction du duc Charles de Lorraine et de Gallas, qui était un fait accompli. Il y avait aussi l'afTaire de Craniail (4), l'un de ces éternels intrigants qui, le pied dans les deux camps^ donnaient tant de mal au cardinal. Pour celui-ci comme pour Bassompierre, un séjour salutaire serait la Bastille. Voici Sa Majesté. On juge si Cramail fut épargné dans l'entretien qui suivit et dans ceux du lendemain et du surlendemain : «Si, déclarait Richelieu, le prince dans l'État duquel il se trouve des esprits assez hardis pour médire de sa conduite, murmurer de son gouvernement, déchirer ceux qu'il emploie dans l'administration de ses affaires, ralentir ses desseins par telles procédures, ne les châtie sévèrement, il fait mal selon Dieu et, ùtant le moyen à ceux qui le servent fidèlement de le faire utilement, il s'expose à se perdre soi-même. Il faut, en telles occasions, pratiquer

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 325, note 2.

(2) Ibidem, p. 323-326.

(3) Père de Marion de Lorme.

(4) Voir Duc de La Force, Histoire et Portraits, deuxième série, p. 107-11;

OPERATIONS DES DEIX AI^MKES l'HKS DE METZ 141

verteiiiont ce que les préceptes de la politique font connaitre être du tout nécessaire et ce que les maximes de la théologie enseignent être permis. »

Au Conseil, le 24 octobre, le cardinal avait si bien endoctriné tout le monde, que Monsieur lui-même, assis non loin de Sa Majesté, criait haro sur le baudet : « Il y a, explicjuait Fincorrigible rebelle, ce bavard et léger Gaston, beaucoup de gens qui pensent avoir tout fait quand ils exposent leur vie pour Leurs Majestés et qui, servant de leur épée comme on le peut désirer, usent de leur langue à leur mode en pestant et décriant les ali'aires qu'ils soutiennent au péril de leur vie (1). »

Richelieu approuvait Monsieur.

Gramail était à la Bastille depuis quelque vingt-quatre heures. Gomme Bassompierre, il allait y rester jusqu'à la mort de Richelieu. On gagnait ainsi la paix, bonne pour le ministre, bonne pour le Roi.

Cependant le cardinal de La Valette, le duc de Saxe-Weimar, le duc d'Angoulême et le maréchal de La Force, tenant conseil à Nancy, avaient résolu de joindre leurs armes pour s'opposer à celles de Gallas et du duc Charles de Lorraine. Ces deux armées ennemies étaient campées non loin do Metz, « entre le grand étang de Lindres et celui de La Garde, en un lieu éminent, fort avantageux, où elles avoient fait de grands retranchements, ayant leurs quartiers derrière au bourg de Maizières, fort proche de là {'l) ». Impossible de les forcer dans leurs lignes bastionnées, que défendaient de distance en distance des forts garnis de canons. Trois jours durant, les généraux du Roi offrirent la bataille; ils allèrent même jusqu'à les contraindre de quitter l'un de leurs logements, qui fut incendié. Inférieurs en nombre. Impériaux et Lorrains n'osèrent sortir de leurs lignes et se mesurer avec les quarante mille hommes qui les bravaient. Ceux-ci durent bientôt se rapprocher de Vie et Moycnvic pour trouver du pain.

Le 12 novembre, le duc d'Angoulême fut rappelé par le Roi.

(1) Avenel, Lettres du. Cardinal de Richelieu, t. V, p. 330-336.

(2) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 159.

142 LES BKTES D'ATTELAGE

Trois jours plus tard, le cardinal de La Valette avertit La Force que Gallas, alFamé dans ses retranchements, avait décampé. Les eimcmis épuisés s'emparèrent cependant des villes de Deux- Ponts et de Saverne et ils passèrent le Rhin sans qu'il fût possible de les poursuivre. Le duc Charles, de son côté, « se retira au long- des montagnes pour s'en aller vers la Franche-Comté ».

Le maréchal de La Force passa la Moselle « pour couper chemin au Duc, s il prenoit sa marche vers Remiremont, comme le bruit en étoit ». Aidé de Jean de Gassion, alors colonel, qui s'empara de Charmes et fît capituler Neufchâteau, il contraiernit de se rendre Vézelize et, à la frontière du comté de liourgogne, Vaudemont qui, « sur sa montagne de rocher », se croyait imprenable. « Après ce coup-là, disent les Mémoires du vieux guerrier, tout le pays se trouva délivré jusqu'aux montagnes de l'Alsace, n'y restant plus de places ni troupes ennemies (1). »

Seules y demeurèrent dans les limites de la Franche-Comté, à foui et sur la Moselle, les troupes du maréchal de La Force, du cardinal de La Valette et du duc de W'eimar, installées dans leurs quartiers d'hiver.

A Rueil, Richelieu, bien qu'on eût libéré la Lorraine, restait déçu tout comme Louis XIII à Saint-Germain. Ses Mémoires le disent : « Ces deux grandes armées du Roi qui étoient capables de ruiner les Impériaux et les chasser honteusement au delà du Rhin ne firent autre chose que se tenir sur la défensive et les empêcher d'entrer dans la France; la jalousie des chefs, fatale à la France, en fut une des principales causes. Le maréchal de La Force, vieilli dans les armées, croyoit mériter qu'on dût confier à lui seul le commandement de l'armée, ne considérant pas que la religion qu'il professoit, qui est en mauvaise odeur, en ôtoit au Roi le moyen, afin que les Lorrains ne crussent pas qu'on voulût établir l'hérésie parmi eux. Il n'avoit pas moins de jalousie du cardinal de la Valette, qui commandoit une autre armée qu'il estimoit être traitée plus favorablement que la sienne. Il n'y avoit pas plus d'intelligence entre les maréchaux

(1) Mémoires du Duc de la Force, Maréchal de France, t. II, p. 162-166.

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