ECHEC A VALENZA IC
« Tout cela ne m'étonne point, grâce à Dieu, écrivait le cardinal à Gliavigny, le 24- septembre, pourvu que le Roi se porte bien et qu'il soit en bonne humeur (1). » Mais il veillait, il mandait à Servien, le 30 novembre, à trois heures du matin : « Ayant vu les avis qui portent que les dix-huit galions d'Espagne viennent aux lies Sainte-Marguerite et Saint-Honorat et qu'ils ont, outre leur infanterie, quatre ou cinq cents chevaux, il est certain que ce n'est qu'avec dessein de descendre en la grande terre (2). »
En Valteline, l'ancien rebelle, le duc de Rohan, avait chassé les Impériaux et les Espagnols (3); en Italie, le duc de Créqui s'était emparé du fort milanais de Vdate, de Candia et de Sartiana, mais il avait échoué près d'Alexandrie, devant Valenza. Le duc de Savoie, qui ne voulait ni déplaire à Louis JCIII ni mécontenter par trop Philippe IV, avait rejoint à contre-cœur le maréchal sous les murs delà ville. Le 14 octobre 1635, il avait déclaré à M. d'PIémery, l'envoyé du cardinal : « Si dans dix jours je n'ai des nouvelles de France, comme vous me le promettez, qui me feront voir quel soin on prend de ces affaires et quelles troupes on y destine, je sais le chemin par lequel je suis venu. » Sur les obsej-vations à lui présentées par M. d'IIémery, le Duc avait renoncé à partir. La mésintelligence n'en régnait pas moins entre lui et le maréchal : impossibilité de s'entendre sur le jour où l'on attaquerait Talenza, impossibité de savoir si le maréchal avait l'intention de prendre la place. Et cependant un parti de quatre cents Espagnols s'y était introduit... avec la connivence du duc de Savoie, insinuait Créqui, — à cause de la négligence de Créqui, répliquait le Savoyard [k). Le 28 octobre, le maréchal levait le sif'ge. Échec dû à son humeur altiôre, que Victor-Amédée ne pouvait souffrir, et à la suite duquel le cardinal se souvenait d'avoir écrit à « l'incompatible » Picard : « Je vous prie de deux choses, l'une de conserver le zèle et l'ardeur que je sais que vous avez de faire quelque chose de bon et avantageux au service de Sa Majesté,
(1) Avene!, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 259.
(2) Ibidem, p. 363.
(3) Ibidem, p. 383.
(4) Gabriel de Mun, Richelieu ctla Maison de Savoie, p. 81-88.
146 MESINTELLIGENCES
l'autro (le peidie un peu du feu que la Picardie met dans la tête de ceux qui naissent en son climat (1). >
La frontière du nord réservait au cardinal, pour l'ann^'C suivante, bien d'autres tourments.
(1) Avenol, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 350, j Picra cardia » = l'icardia.