CHAPITRE DEUXIÈME l'année de corbie
Mademoiselle de La Fayette.
« Je crois gTandement contribuer au bien public du Royaume en divertissant par mes lettres Votre Éminence tant occupée à de grandes affaires, pendant qu'elle abaisse et repose son grand esprit par la lecture des miennes (1). »
Le religieux qui avait écrit cette lettre au cardinal le 12 mars 1636 était le Père Jean-Baptiste Carré, supérieur du Noviciat des Frères Prêcheurs à Paris. Ce Noviciat, fondé par le cardinal, s'élevait dans le faubourg', à quelque distance de la poHe Saint-Germaiu et de l'abbaye de Saint-Gcrmain-des-Prés, qui méritait encore son nom champêtre. Le couvent de l'ordre de Saint-Dominique n'était aloi's qu'une simple maison « bâtie au milieu de quelques jardins et terres cultivées ». Il fallut attendre la fin du siècle pour que s'élevât l'église du Noviciat, (aujourd'hui l'éghse Saint-Thomas-d'Aquin), l'une des meilleures œuvres de l'architecte BuUet.
Les lettres du supérieur apportaient à Richelieu les mille bruits de la Cour, de la ville et même de l'Europe, car le Père Carré correspondait régulièrement avec le Père Général résidant à Rome. Elles y ajoutaient souvent les conseils et les suggestions les plus utiles. Le conseiller était d'un dévouement qui ne reculait devant rien. Il s'était « consacré » au cardinal par « un lien indispensable d'obéissance, qu'il avoit fait et signé de sa main » quelques années plus tôt.
(1) Archives des Affaires étrangères, France 820, folio 158.