AMOURS ROYALES
Cette année même, le 1" janvier 1G36, il avait renouvelé sa promesse, « non point pour aucune raison humaine, espérance ou crainte teiuporelle, mais seulement pour obéir au sentiment supérieur qui ly portoit ».
Le cardinal duc, de son côté, écrivait à Rome le 2 avril 1636 : « Le Père Carré est un des meilleurs religieux du monde, que j'aime et alicctionnc, et dont la vie est très exemplaire (1). »
En cette lin de lliivcr 1635-1636, ce Dominicain, « dévoué » à Richelieu « jusquà la mort », s'appliquait à traverser, pour la plus grande gloire de Dieu et du cardinal, les anioufs du Roi. Celle que Louis Xlil aimait, le religieux, dans ses lettres, la nommait mystérieusement » la petite » : c'était une enfant de seize ans. L'amour qu'elle ressentait pour le Roi, le désir qu'elle avait toujours eu de prendre le voile « cond>attaient en elle à qui en demeurerait le maître ». Elle s'appelait Louise de La Fayette, l'une des fdles d'honneur de la Reine; ses parents, Jean de La Fayette, seigneur de Ilautefeuille, et Marguerite de Bourbon- Busset, vivaient dans leurs terres d'Auvergne ou de Morvan (2).
Richelieu, à vrai dire, avait commencé par favoriser cet amour innocent. Avec un Roi comme Louis XIII, la vertu de la jeune fiUe semblait ne devoir courir nul danger et le crédit du ministre en courrait certainement beaucoup moins sous le règne de M"" de La Fayette que sous celui de M"'' de Hautefort : celle-ci avait repoussé toutes les offres de service et restait attachée à la reine Anne d'Autriche, dont elle était, elle aussi, lune des filles d'honneur. Le cardinal avait cru d'abord que Louis XIII, amoureux de M'^* de Hautefort, ne retond^erait plus dans ses mélancohes : il était détrompé. Le Roi mourait d'émotion et de jalousie devant cette splendide créature blonde, moqueuse et spirituelle.
Il paraissait maintenant un peu las d'aimer sans être payé de retour.
(1) Avenel, Lettre» du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 439.
(2) Le frère aîné de la jeune fille, François, comte de La Fayette, devait épouser, en 1655, l'auteur de La Princesse de Clèves, et l'un de ses arrière-neveux, le marquis de La Fayette, devait être, sous Louis XVI, le héros de la guerre d'Amérique.