DEBUTS DE LA CAMPAGNE DE
suis. Saint-Simon m'a encore assuré que vous l'étiez de moi, ce qui m'a donné une extrême joie, et ne voudrois pour rien au monde n'avoir fait ce petit voyage (1). »
La campatrne de 1U36 était commencée sur tous les fronts, en Italie, en Franche-Comté, en Alsace, eu Allemagne, aux Pays-Bas, et Richelieu avait envoyé à Louis XIII de bonnes nouvelles de la comté de Bourgogne, où Monsieur le Prince assiégeait la ville de Dôlc, qu'il se flattait de prendre avant peu, si elle n'était secourue. Dans son enthousiasme, le Roi avait envoyé au cardinal « un mémoire de quelques pensées que lui avaient inspirées ces nouvelles si heureuses : « Vous en prendrez ce qu'il y aura de bon, disait-il, et rejetterez ce que vous ne trouverez pas à propos (2). »
Ce que Louis XIII trouvait à propos, c'était d'avertir Monsieur le Prince que le comte de Soissons avait ordre de « suivre les ennemis s'ils passoient la Moselle » et que l'armée de Monsieur le Comte et celle du cardinal de La Valette les empêcheraient de fondre sur ses derrières pour débloquer la place. « J'ajouterai, déclarait le Roi, qu'il faut lui donner quelque es^îérance que je me pourrois bien avancer en ce pays avec sept ou huit mille hommes de pied et mille ou douze cents chevaux pour me joindre à lui, chose à quoi je ne pense point. A uu homme de son humeur, il faut employer toute chose pour l'assurer, afin qu'il continue le siège qu'il a commencé, lui faisant connoltre que de cette place dépend la conquête du jiays, et aussi que, le bruit courant dans l'armée de ma présence, cela pourroit produire quelque bon effet (3 j. »
Cependant la gravité des événements absorbe toutes les pensées
de Louis XIII. M"* de La Fayette n'est plus au premier plan de ses
. préoccupations royales. Écrivant au cardinal, le 23 juin, il s'est
contenté de dire au sujet de ses amours : « Je vis hier La Fayette
qui m'a reconfirmé ce que La Chesnaye m'avoit dit de sa part [k). »
(1) Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII à Richelieu, 16 juin 1636.
(2) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance a{>ec le Cardinal de Richelieu, p. 252.
(3) Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII à Richelieu, 16 juin 1636.
(4) Charles d'Aymé, sieur de la Chesnaye, premier valet de garde-robe du Roi, fut '^^romu, cette année même, premier valet de chambre.
ir»4 LA KRANCE ENVAHIE
Il est tout à l'invasion menaçante et ilna pas caché son aniroisse . « J'ai songé toute cette nuit au cardinal de La Valette. J'ai bien }>eur ([uc les ennemis le combattent, avant que le renfort qu'on lui envoie lait joint. Le bon Dieu l'ordonnera seloji sa volonté ' \ i.»
Les Impériaux à moins de quarante lieues de Paris.
L'un des derniers jours du mois de juillet 1036, le Conseil du Roi se tenait sur les hauteurs de Chaillot, dans la belle maison que le maréchal de Bassonipierre, toujours emprisonné à la Bastille, avait eu la sagesse de prêter au cardinal. Richelieu; à ce Conseil ne manqua point de fulminer contre M. de Saint-Léger, <jui venait de rendre au prince Thomas de Savoie la ville du Catelet, dont il était le gouverneur. Le Catelet à quatre lieues et demie de Saint-Quentin, quarante à peine du Louvre. Et cela au moment où du Bec rendait La Capelle ! Le ministre avait beau dire, pour essayer de se consoler, que les deux places étaient « deux trous » ; sa colère ne faisait que croître (2).
Il fut résolu que MM. de Bellejambe et de Ghoisy partiraient pour l'armée avec ordre d'informer contre les deux coupables, dont l'un s'était réfugié dans les pays étrangers et dont l'autre, le baron de Saint-Léger, se trouvait encore à Ham.
A peine sorti du Conseil, Louis Xill eut l'imprudence de révéler au duc de Saint-Simon, son premier écuyer, ce qui venait d'être résolu. Confidence d'autant plus fâcheuse que le gentilhomme qui allait être arrêté, Etienne de Rouvroy, baron de Saint-Simon, était le propre oncle du favori. M. le Premier ne fut pas plus t6t seul, qu'il envoya en toute hâte un' courrier à son frère aîné, le marquis de Samt-Simon, maréchal de camp, gouverneur et grand bailli de Sentis, capitaine de Pont-Sainte-Maxence, capitaine et concierge du château royal de cette dernière ville, l'un des principaux passages de l'Oise. Il conjurait son frère, — qui était à son poste de commandement, — de prévenir leur oncle. Ainsi, le 28 juillet, Saint-Léger fut averti à Y Hôtel de l'Éc/ngider,
(i) Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII à Richelieu. (2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 527.
LES GOUVERNEURS CHATIES lôô
vers dix heures du matin, par le courrier de son neveu, qui avait devancé à Gompiègne celui du cardinal. Il mangea un morceau, puis, vers une heure de l'après-midi, ayant réclamé ses chevaux, il s'éloigna, suivi de deux laquais. Le fugitif franchit VAisneàBcrry-au-Bac, coucha dans la maison du passeur, retraversa la rivière le lendemain et disparut dans la direction de Clcrmont (1).
Déclaré, ainsi que du Bec, crimmel de lèse-majesté, il fut condamné à être tiré à quatre chevaux en place de Grève, — par contumace fort heureusement. Une somme de soixante mille livres était promise à qui apporterait sa tête au Roi.
La sentence fut exécutée le 18 août 1636 et, de peur que l'on ne crût que, si les condamnés ne s'étaient pas échappés, ils eussent subi la peme, RicheUeu écrivit, le 23, au cardinal de La Valette : « On les a tirés à quatre chevaux en effigie et leurs personnes seront traitées de même en quelque lieu qu'ils soient trouvés (2). »
L'ennemi passe la Somme.
Le samedi 2 août 1636, à Ghaillot, « il y avoit Ijelle assemblée sur l'eau et sur la terre ». Le cardinal donnait une fête à la Reine. Bien entendu, l'élégante assistance qui s'y pressait s'entretenait des généraux ennemis et du danger qu'ils faisaient courir à Paris. Nul doute que mainte dame n'ait pris plaisir à entendre maint cavalier
Faire sonner Lamboy, Jean de Werth et Gallas.
Le lendemain les mauvaises nouvelles commencèrent à arriver et, le 4-, disent les Mémoires, de Richelieu. « Sa Majesté lit une ordonnance que tous les hommes portant armes qui étoient sans condition s'aUassent enrôler chez le maréchal de La Force dans
(1) Pour les détails de la fuite du baron de Saint-Léger, qui mourut accidentellement à Marcillac, non loin de Blaye, chez l'abbé de fcJaint-Léger, trois mois plus tard, voir Duc de La Force, Histoire et portraits (deuxième série), Les deux courriers
la casaque écarlate, p. 102-108.
(2) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XI IL, t. II, p. 753.