ÉLAN UNIVERSEL DANS PARIS
le comble à l'enthousiasme, et lorsque la foule des Parisiens sort du Louvre, l'air est « fendu de tant d'acclamations de joie et de tant de cris redoublés de Vive le Roi ! qu'il y a fort longtemps qu'il ne s'en est point ouï de plus grands (1) ».
Dès le lendemain, le Parlement arrêta qu'il verserait, deux mois durant, la solde de deux mille hommes d'infanterie. Quant aux corps de métiers, ils se montrèrent fort généreux : les savetiers payèrent d'un don de cinq mille livres le baiser royal donné à leur syndic; les passementiers se distinguèrent aussi. Financiers, Université, Communautés, nul ne serra les cordons de sa bourse.
L'émulation était universelle : en une sorte d'union sacrée, tout le monde payait de son argent ou de sa personne. Déjà une ordonnance avait enjoint à « tous les jurés des différents corps de métiers de visiter toutes les boutiques », « de prendre le nom de tous les ouvriers propres à porter les armes, dont les maîtres pourroient absolument se passer et d'en dresser un rôle qu'ils remettroient au lieutenant civil, avec défense, sous peine de la vie, aux maîtres d'employer davantage les ouvriers qui seroient inscrits sur les rôles ». Déjà un arrêt du Parlement ordonnait « à toute la noblesse du ressort de se rendre à l'armée du Roi, à peine de dégradation (2) ».
Deux jours plus tard, une lettre que le cardinal dictait, dans sa maison de Chaillot, pour le comte de Soissons, montre toujours se rapprochant le danger qui menaçait la capitale : « C'est à Monsieur le Comte à choisir son poste au deçà de la rivière d'Oise pour s'opposer aux ennemis, au passage de ladite rivière, s'il juge le pouvoir. Que si, cependant, les ennemis avoient passé la rivière en quelque lieu, qu'il prenne garde à se retirer entre Paris et eux, en sorte que nous puissions joindre les troupes qu'on fait de deçà, sans que les ennemis se puissent mettre entre Paris et lui (3). »
Tandis que partait de Paris cet ordre si impressionnant, laprin-
(1) Voir Gazette, p. 474 et le livre si dramatique de M. Marcel Poëte, Paris devant la menace étrangère, p. 139-140.
(2) Père Grinei, Histoire du Règne de Louis XI JI, t. II, p. 739-742.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 530.
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cesse de Coiulé mandait à son mari, toujours immobilisé sous les murs de LK'de : « Nous sommes si alarmés ici, qu'il ne se peut davantage. » Nouvelle que confirmait une lettre de M. Nesmond, surintendant des biens de Monsieur le Prince, datée du même jour : « Les ennemis se sont fort avancés : l' avant-garde, qui est de six mille cbevaux, court jusques à Clermont (sur Oise). Ils ont pris en jmssant Montdidier et Roye, et le gros de l'armée, à ce qu'on croit, assiège Corbie. L'effroi est grand partout ; ils brûlent et pillent tout. Le bruit court aujourd'hui que Dôle est prise, mais je n'en croiroi rien que voyant le courrier de Votre .Altesse, que tout le monde attend avec impatience (1). »
Nesmond pourait attendre longtemps encore ce courrier triomphant. Le 14 août 1636, le duc de Lorraine obligeait le prince de Gondé à lever le siège de Dôle. La ville était délivrée et, à Bruxelles, les emiemis qui ignoraient encore l'échec de l'armée du Roi, soupiraient après sa délivrance.
La princesse de Phalsbourg, qui ne pouvait dormir du côté gauche, car elle souffrait de grands battements de cœur et « se scntoit oppressée par sympathie avec Dôle », mandait à Jean-Jacques Chifflet, l'érudit médecin de Philippe IV et le sien : « Si je pouvois apprendre que le siège de Dôle est levé et que le cardinal de Richelieu est pendu, j'aurois tant de joie que je guérirois bientôt ma rate. J'espère que Dieu nous fera cette gràce-là en bref. C'est <le quoi je le supplie de tout mon cœur et qu'il nous conserre le bon cardinal (infant), qui est l'antipode de l'autre de toute façon. La prise de Corbie me donne bien de la joie (2). »
Les Espagnols s'emparent de Corbie.
La place de Corbie était tombée, en effet, depuis le 15 août. Comme M. du Bec à La Capelle, comme M. de Saint Léger, au Catelet, M. de Soyecourt, qui la défendait, s'était rendu aux Espagnols. Huit jours au plus s'étaient écoulés entre l'investissement et la prise de la ville.
(1) Duc d'AumaJe, Histoire des Princes de Condé, t. II, p. 553-554.
(2) Archives de Besançon (Manuscrit Chifflet, folios 593-594).
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