CORBIE A CAPITULÉ
Huit jours pleins d'anicrtuinc pour le canlinal. Beaucoup et Jusqu'à SCS socrétaires d'État lui faisaient sentir que la faute lui eu était imputable. On répétait à l'oreille les critiques de Mathieu de Morgues : « C'est fort bien de songer à « abattre les aurents des boutiques et à boucher tous les soupii'aux des caves »; mais pourquoi les places frontières ont-elles été laissées à l'abandon? Pourquoi les coltVes de l'État sont-ils vides? Pourquoi les murailles de Paris ont-elles été démolies aux alentours du Palais-Cardinal? Pourquoi cette annexion des faubourgs Saint-Honoré, Montmartre et Bonne-Nouvelle (1), mal protégés, à l'ouest du jardin des Tuileries et au nord de la demeure du ministre, par des l>astions et des ouvrages de terre au delà desquels un fossé dérisoire est peu à peu comblé par l'accumulation dés immondices, tandis que les portes de l'enceinte, — féodales ou récentes, — sont en butte, du côté de la ville, à la bâtisse sans ordre ni règle des maisons que l'on ne cesse d'élever? Pourquoi le cardinal déploie-t-il tant de faste » quand il n'y a pas d'argent pour la frontière?
Voici le cardinal la nuit, n'ayant près de lui que le Père Joseph. Il ne cache pas son découragement : « Est-ce là, s'écrie le Capucin, le moyen d'attirer la divine miséricorde? N'est-ce pa& plutôt pour exciter la colère de Dieu et enflammer sa vengeance? C'est dans ces périls qu'il faut, de fortes résolutions et une extrême con liance en la bonté divine, qui dispose des États pour sa gloire, qui sait les relever s'ils sont abattus, par des moyens inconnus à la prudence humaine (2). » La nuit est à peine achevée, que le cardinal se rend chez le religieux, dont il a longuement médité les avis et il « promet d'accomplir fidèlement ce que Dieu demandera de lui, quand il l'aura connu ». Promesse à la suite de laquelle, nous révèle le biographe de VEmmence grise, le cardinal « vécut avec plus de récollection, se confessoit et communioit chaque dimanche et les fêtes principales et commenea de disposer les matières pour la composition de ce bel ouvrage qu il acheva
(1) Alors de La Villeneuve. Marcel Poëte, Paris devant la menace étrangère, p. 157 et 215.
(2) Lepré-Ballin, La cie du Ré\>érend Père Joseph de Paris, Capucin.