HICIIKLIEU PREPARE LA DEFENSE
depuis (1) », le Traité sur la meilleure méthode de convertu les hérétiques.
C'est encore sur le conseil du Père Joseph qu il ose affronter les regards iimonibrablcs et malveillants de Paris. Il sait qu'on lui reproche d'avoir envoyé, par la rivière, à la Reine qui était au château de Madrid et dont il es2:)érait se concilier les bonnes grâces, « trois bateaux de musique » ; lisait que, le jour « où les Cours souveraines allèrent au Louvre », elles furent scandalisées des trois mouches qu'elles remarquèrent sur son visage et qui n'étaient que trois petits emplâtres à enlever les boutons (2) ; il sait que, sur les murs, s'étalent des placards promettant « une récompense honnête à qui rapportera le sac où est renfermé le reste de la prudence de M. le Cardinal (3) ». Il sait que Paris est plein de « bandouliers et porte-épée » à la solde de l'Espagne; il sait qu'il y a dans la ville certain spadassin dont on dit : « Voilà un gentil garçon qui tue tous les jours son homme (4) ». Rien ne l'effraye. Réconforté par le Père Joseph, il sort en carrosse, suivi seulement de ses valets de pied, mais emmenant toujours le maréchal de La Force, « parce que le peuple l'aime ». Le ministre salue les passants sur le Pont-Neuf, s'entretient avec eux le plus simplement du monde. Son Dominicain ne l'approuve pas : « Votre Éminence me pardonnera, lui écrit, le 8 août, le Père Carré, si je prends la hardiesse de lui représenter en toute humilité qu'elle ne devroit pas aller par la ville si peu gardée et accompagnée, comme on m'a dit qu'elle fait à présent, car il ne faudroit que quatre ivrognes, enivrés à dessein, pour susciter la racaille contre votre très auguste personne et cela seroit sans remède (5). »
Avec le Parlement, Richelieu a plus de peine et ne montre pas moins d'énergie. Le 10 août, les robes longues ont délibéré sur les mesures exceptionnelles que lui a dictées le péril de la capitale. Non seulement ces Messieurs des Requêtes ont repris à leur compte
(1) Lepré-Ballin, La vie du Révérend Père Joseph.
(2) Le Père Carré à Richelieu, Affaires étrangères, France, 821, folio 159.
(3) G. Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu, t. II, p. 308.
(4) Affaires étrangères, France.
(5) Affaires étrangères, France, 821, folio 159.
1G4 LOns XIII MORIGENE LE PARLEMENT
les accusations anoiiynies, les calomnies, les griefs rebattus, l'épuisement des colires du Roi, la ville sans murailles, les sommes immenses et d'énormes quantités de munitions transportées dans la citadelle du Havre, gouvernement du cardinal; mais encore ils ont prétendu nommer une commission extraordinaire de douze conseillers, qui s'en iront à l'hôtel de ville pourvoir à la siM'eté de Paris et veiller à l'exact emploi des deniers fournis au Roi. L'après-dîner du 11, les présidents à mortier, un président et les doyens des chambres des Enquêtes sont introduits au Louvre dans le cabinet du Roi. Le cardinal a préparé pour son maître une allocution nette et nerveuse. Louis XIII la prononce d'une voix ferme : « Messieurs, je n'eusse jamais cru avoir occasion de vous envoyer quérir pour le sujet qui vous amène ici. Ce n'est jioint à vous de vous mêler des affaires de mon Etat et vous n'avez pu penser à ce qui s'est fait ce matin en l'état présent sans une très mauvaise volonté, .le ne parle pas de tout le corps, car je sais que la plupart me sont affectionnés, mais seulement de quelques-uns pleins de malice et d'envie. Je ne souffrirai en aucune façon leur entreprise, comme vous pouvez croire. Pour conclusion, je vous défends de continuer votre délibération et d'entreprendre d'être mes tuteurs en vous mêlant des affaires d'État (1). » Et Louis XIII, soutenant son ministre, ajoute, — probablement de son cru : « Si on a envoyé quelque chose au Havre de Grâce, c'a été par mon ordre (1) ». Richelieu, d'ailleurs, sait se défendre lui-même : tout en remerciant son maître de l'avoir « justifié », il déclare (2) que, si le Roi n'avait eu la bonté de le devancer, il aurait su rendre compte de ses actes à la satisfaction de tous les gens de bonne foi. Des affirmations si tranchantes ont. coupé court à toutes les velléités factieuses : le Roi et le cardinal n'ont eu qu'à se louer de la réponse du premier président.
Cependant les renseignements extorqués à tel ou tel espion ennemi ne sont rien moins que rassurants. Au nombre d'une trentaine, ces espions précèdent les troupes d'Espagne. « Habillés
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. V, p. 541-543.
(2) PèreGriffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. VII, p. 749.