‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 2)Chapitre 94 sur 219 · LES ESPIONS ESPAGNOLS SEMENT LA TERREUR · texte numérisé non relu

LES ESPIONS ESPAGNOLS SEMENT LA TERREUR

en g"uciix ^>, d'aspect vraiment misérable avec leur vilaine défroque de toile, le visasse rasé pour ne pas être reconnus à leur barbe, ils vont implorant l'aumône dans les bourg-s et les villages. Ils se gardent bien de passer par les villes, mais ils visitent les forêts et sondent les gués. Les uns s'aventurent vers Beauvais, les autres vers Paris, d'autres encore vers Boulogne, Abbeville ou Dieppe, cherchant à voir si les lieux favorables à la traversée des rivières sont occupés par des gens de guerre et sd. y a des troupes dans le voisinage. Moyennant la promesse de trente pistoles, ils reconnaissent « les forêts qui sont entre Laon et Guise » ; pour dix pistoles, ils rôdent le long des rivières... et ne touchent jamais un sou, car les capitaines espagnols « se contentent de faire vivre ceux qui les servent ». C'est Fun de ces espions, le Dieppois Pierre Troquetin, qui l'a dit. Interrogé par M. de Laftemas, le 20 août 1636, et condammé à mort le surlendemain, il vient de confesser « que les ennemis ont dessein de donner la peur partout en dispersant leurs troupes de tous côtés, et, pour la tète de leur armée, qu'ils veulent la faire tourner vers Paris, si les passages sont faciles (1) ».

Aussi, expliquent les Mémoires du maréchal de La Force, (( toutes les villes où il y avait pont, comme Beaumont, Greil et Pont-Sainte-Maxence, rompent soudain les leurs. L'effroi se coule jusqu'à Paris et n'y avoit nul qui ne se trouvât bien empêché, car c'était une puissante armée qui venoit soudainement à eux, ayant déjà fait de grands progrès et en fort peu de temps et y avoit fort peu de moyens de s'y opposer, car les principales armées de Sa Majesté en étoient éloignées; celle que commandoient le cardinal de La Valette et le duc de Weimar étoit aux environs d'Haguenau et Strasbourg pour s'opposer à celle de Gallas; celle de Monsieur le Prince étoit au siège de Uôle en la Franche-Comté et celle du comte de Soissons étoit foible et véritablement dans l'eifroi (2) ».

(1) Interrogatoire de Pierre Troquetin (Aflaires étrangères), France ii2i, folio 207. Voir aussi, Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VIII, p. 232.

(2) Mémoires du Duc de La Force, Maréchal de France, t. III, p. 174-175.

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