PARIS ÉVACUÉE PAR SES HABITANTS
L'exode dos Parisiens se précipite. Un lamentable défilé s'allonsTe sur les routes; des familles afFolées, que s'appi'êtent à suivre des centaines d'autres, cherciient à gagner I^yon ou Orléans, — Orléans surtout et les places de la Loire. Comme le dit Marescot, maître des Requêtes, « ce côté-là est le bon à présent, la rivière et les villes y convient (1). » On mettra cinq jours, s'il le faut, pour atteindre lUois, six pour se terrer à Selles-en-Berri . Et Balzac conjure Chapelain de venir, avec son épopée de La Puce lie, le rejoindre dans sa seig-neurie, en deçà de la rivière de Loire. « La Pucelle, dit-il, y sera en toute liberté et maîtresse absolue de la maison \'ï). » Et Marescot écrit quelques jours plus tard : « Le démeublement est universel près de Paris et à trois lieues près. Il n'en est pas encore besoin, mais il semble que nous ne soyons pas capables de résister. »
Et voilà qu il se confirme que M. de Soyecourt et sa garnison de seize cents hommes ont capitulé dans Corbie. Dès le huitième jour, le conmiandant de la place « composoit de sortir dans deux, s'il n'étoit secouru «.
Sovecourt, réfueié en Ane-leterre, devait être condamné, — par contumace, — le 25 octobre suivant, à être tiré à quatre chevaux, comme l'avaient été du Bec et Saint-Léger, dont le cardinal ne parlait pas sans les traiter de « lâches » et de « coquins ».
Si Richelieu déjiloyait un tel excès de sévérité, c'est qu'il n'était pas fâché de retourner sur la tète des gourerneurs les responsabilités qui lui incombaient en partie. Il se souvenait certainement d'avoir écrit au duc de Chaulnes le 20 juin 1636 : « Il y a des réparations fort pressées, car il y a trois mois que je poursuis inutilement le fonds des fortifications : de sorte que nos places seroient perdues avant qu'on y eût envoyé de l'argent. Jugez, Monsieur, si nous en payerions grand intérêt. Il y a aussi beaucoup à penser pour Corbie, qui est une des
(1) Voir Marcel Poëte, Paris devant la menace étrangère, p. 147-15#.
(2) Balzac, Lettres.