IL FAUT HEPRENDRE CORBIE 1C
plus dangereuses places de votre frontière et des plus aisées à siu*prendre et même à prendre de force (1). »
Non seulement à Paris, mais encore dans les provinces, plus dune personne de sens croyaient les affaires irrén)édiablement compromises.
Le Père Carré, qui allait prendre les eaux de Bourbon-lArchambault, ayant soupe le 9 août à Nevers, au couvent des Dominicains, avait recueilli de la bouche du Père Prieur les propos découragés que Ton prêtait au Père Recteur du coUège des Jésuites. En serviteur dévoué, il les avait immédiatement transmis au cardinal : « Le Roi sera contraint de demander la paix au roi d'Espagne à genoux. »
Le Roi et le cardinal marchent sur Gorbie.
« On prétend que Jean de Werth (2) conseilla au prince Thomas de marcher droit à Paris... Le prince Thomas jugea quil y avait un ti-op grand péril à s'avancer dans le pays ennemi en laissant derrière lui des places C£ui auraient iuterrompu sa conjmunication avec les Pays-Bas. » Et le Père Griffet, à qui nous empruntons ces lignes, conclut ainsi. « Le siège de Corbie donna au cardinal de Richelieu le temps de se reconnaître (3). » Si l'occasion n'a pas été saisie au vol, si. Paris est manqué par l'envahisseur, peu importe que Corbie soit prise. Le Roi et son ministre ont eu le temps d'assembler trente-cinq mille hommes et douze mille^ chevaux pour la reprendre : « Le garde que Monseigneur a dépêché aujourd'hui, écrit de Beaumont-sur-Oise, le 22 août, un correspondant de Richelieu, m'a trouvé auprès du Roi sur le bord de la rivière. Les régiments de Paris ont
(1) Aubery, Histoire du Cardinal de Richelieu, t. II, p. 634-636. — Sur la question des fortifications et le rôle de Subletdes Noyers, voir ci-dessus, t. IV, p. 420 et suivantes.
(2) Jean, baron de Werth (Weerdt), né à Weerdt (Limbourg), célèbre depuis la bataille de Nordlingen, était l'une des meilleures épées de l'Empereur. Richelieu, dès l'automne 1635, avait tenté de l'engager au service du Roi, mais la n^ociation n'avait pas abouti (Voir Avenel, t. V, p. 382-383).
(3) Père Griiïet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. II, p. 742-743.