LE ROI A SON AHMKE
fait la nionti'e ce matin, sans montrer le moindre mécontentement (lu monde. Tu seul a voulu gronder, que le marquis de La Force a fait prendre : on lui donnera seulement l'estrapade. » Et le correspojidant du cardinal ne manque pas de sii^nalei' les bonnes dispositions du Roi : « Le Koi a extrêmement travaillé après son diner, il a pris lui-même la peine de tracer des forts. Il est vrai que la présence de Sa Majesté étoit bien nécessaire en tous ces lieux-ci, où on avoit donné de bons ordres, mais peu avoient été exécutés; elle ne s'est pas épargnée au travail et elle n'a en vérité pas donné un moment à son plaisir (1). »
Au début de septembre, Louis XIII est assez malade et mélancolique à Chantilly. Le cardinal, qui ne va guère mieux, est pour quelques jours à Goussainville, près de Dreux. Son maître lui écrit le 2 : « Je me sens un peu des hémorroïdes. Cela ne m'empêche pas d'aller à la chasse. » Et le 5 : « Je me réjouis extrêmement de quoi vous êtes hors de l'appréhension de votre maladie, je prie Dieu qu'elle ne vous revienne jamais (2). » Le souci de leurs propres maux ne les détourne pas de leur devoir.
Ils viennent de désigner Monsieur pour généralissime de l'armée de Picardie, avec le comte de Soissons pour général et, sous ce cadet de la maison de Condé, les maréchaux de La Force et de Ghâtillon, ce dernier remplaçant le maréchal de Brézé, qui s'est retiré dans ses terres en alléguant le conseil de ses médecins. Le Roi et les ministres ont l'espoir au cœur. Déjà court le bruit que l'ennemi repasse la Somme. Aussitôt les paysans picards repassent l'Oise. Vers le milieu du mois précédent, Louis XIII, chassant sur la rive gauche de la rivière et apercevant sur la rive droite un homme dont il s'étonnait de ne pas reconnaître la livrée, avait l'humiliation de s'entendre expliquer que c'était un garde du cardinal infant qui se trouvait là pour assurer la protection de quelque château (3). A présent il peut écrire à Richelieu : « Tous les paysans picards s'en revont à leurs villages,
(1) Affaires étrangères. France 821, folio 217.
(2) Ibidem, Lettres du Roi Louis XIII au cardinal de Richelieu.
(3) Mémoires du Marquis de Montglat, éd. Petitot, t. I, p. 127.
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