‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 105 sur 172 · C4 I.E NOUVEAU DUC DE SAVOIE PAHTISAN DE LA PAIX · texte numérisé non relu

C4 I.E NOUVEAU DUC DE SAVOIE PAHTISAN DE LA PAIX

savoir à Hichclieu qu'il iiiaïupic de vivres. On peut «Hj)én»r qu^ l'hoinmc de l'ilo de Ht'' tiendra jusqu'à la limite do hch forcefl. Diou veuille aussi qu'il ue se laisse jms leurrer par de fan>'^''v lettres de Richelieu. I^a cour de Savoie est fort capaltle d umt d<cet in^<^nieux strata^'-ènie <'t la nouvelle duchesse, (Christine t\e France, sœur do Louis Mil, met le cardinal en ^'anle contre ce danger. Le duc vient en ellet d'ouvrir une lettre que son Éniinence écrivait à la duchesse : « Il a Até le cachet. e\j>lique Christine à Uiciiolieu, et ne rroyait pasque je m'en apercevrais, et ne m'en a mandé rien, ce qui me fait croire qu'il s'en veuille senir à (|uelque chose contre le service du Roi ; maniement cpi'ils ont pris un paquet de M, de Toiras, <jui sollicitait le secours, disant ipi'il ne peut plus tenir que «piinze joui"s. J'ai peur (pi'il ne ne veuille servir de ce cachet (pi'ils ont pris h votre lettn;, pour serrer quelques lettrés pour envoyer audit .M. de Toiras pour le tromper, car ils ont un secrétaire qui contrefait si pai'faitement hien toute sorte de lettres, qu'il n'y a j>ersonne qui n'y fnt attrapé, ou vraiment pour ouvrir les vôtres (1), »

Par bonheur, le nouveau duc de Savoie désirait la lin des hostilités. Le cardinal, toujours en correspondance avec Mazarin, travaillait à obtenir une suspension d'armes. Il comf>tait sur l'extrônie désir que le Savoyard avait do la paix, sur son avidité, que l'on pourrait contenter aux dépens des Espagnols. Il écrivait à d'Effiat : « Si le prince a des yeux, il est plus que temps qu'il pense à lui. Je désire la paix coninio ma vie; pour cet effet, ou oti're des conditions fort raisonnables. Mon appréhension est que la ville de Casai soit prise et qu'en ce cas les Espagnols soient plus difficiles... Mais il y aurait un expédient, qui serait de consigner le petit chîVteau, M, de Toiras tardant seulement la citadelle (2). » Et le cardinal avait envoyé à M. de Schomberg, qui venait de quitter Saint-Jean-de-Maurienne avec deux mille hommes, un pouvoir en blanc « pour la paix ». « On estime, ajoutait Richelieu dans sa lettre à d'Effiat, que la nég-ociation doit être tenue secrète entre vous et M. de Schomberg,

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. III, p. 857, note.

(2) Avenel, ibidem, t. III, p. 874.

SUSPENSION D'AKMES A CASAL 2S5.

qui êtes du conseil de Sa Majesté; mais, s'il est besoin de venir à une signature, le traité doit être sig-né de MM. de Montmorency, de La Force, Schomberg et de vous, celui signant le premier qui sera en semaine. » H n'était point aisé de irarder le secret sans blesser les autres généraux. Le cardinal s'en remettait àM.d'Eftiât et, plaisantant sur le caractère conciliant du Père SuU'ren, dont le nom se pronon<;ait comme un participe présent, il adjurait ainsi d'El'flat : « Au nom de Dieu ménagez tous ces esprits avec adresse et rendez- vous Père Souiirant (1). »

Le 8 septeiuljre 1030, un lirait se répandait dans Casai, grandissait de minute en minute, soulevait l'enthousiasme des habitants, qui n'avaient d'yeux que pour leurs vignes : une suspension d'armes venait d'être signé*'. L'armée franvaise occupait alors Rivoli et Hivaita ; elle était à trente lieues de Casai. A vingt lieues de la ville assiégée, elle tenait par son avant-garde le pont de Carignau sur le HA, qui avait été enlevé de vive force, ntais elle se trouvait trop fail)lo pour continuer sa marche. C'est alors que Mazarin était venu j>roposer une suspension d'armes, et lorsque Scliomberg, à la tête de ses renforts, avait joint l'ai'mée à Rivoli et constaté que la maladie avait terrassé douze cents hommes en un seul jour, tous les généraux avaient été d'avis d'accepter les j)ropositions de l'adroit Italien. La trêve devait durer jusqu'au 15 octobre. La ville était remise à Spinola. Toiras conservait la citadelle, où Spinola devait le nourrir aux frais du Roi. Si la citadelle était secoui'ue avant la tiu du mois, Spinola rendait la ville à Toiras: dans le cas contraire, Toiras rendrait la citadelle à Spinola. La nouvelle de la trêve n'avait pas atteint à Lyon le cardinal. Richelieu espérait encore que cette trêve serait iiuitile : « Si Dieu permet que Gisal soit secourue de foi*ce, écrivait-il à Schomberg, il veut combler la France de gloire. Si la trêve se fait, il faut buter à conclure promptement la paix et. s'il se peut, l'avoir faite devant le 15 octobre (2). »

Cependant les généraux, qui regrettaient d'avoir signé la suspension d'armes, avaient envoyé M. de Brézé à Casai, pour

(1) Lettres du Cardinal de Richelieu, t. 111, i». 885.

(2) Avcnel, ibidem, p. 904.

866 CASAL ET LA NÉr.Of:iATION I)K ItATISBONNK.

ciigap'i; Toiras à iw ])hh racceptcr; mai» Toiras, h bout <ie rcssourcoK, avait ropoussi'; les conseils des fsM^iun. Hichelicu, qui connaissait les nouvelles, s'indi^niait contre crKHiat, et bien davan fauo contre Toiras : « Je suis très fAché k présent, mandait-il ;• Sclioinbcrt," le 23 soptend>re, de ce (jue l'occasion s'est perdue d< faire la plus glorieuse action (jui eût jamais été faite au monde, en secourant Casai (i). » Spinola n'était jias moins fAché rpn- Hichelieu; il ne pouvait se «(Hisoler d'avoir éclirMié devant la vill< qu'il assiégeait. Gravement mahule, il mourut le 25 et fut rem placé par le marquis de Santa-Cruz. Toiras était venu le voir sur son lit de mort et l'illustre Génois lui avait dit ces nobles paroles « Je ne doute point que tout le monde ne me l)lAme de n'avoir pas ]>ris Casai, mais j'ai eu moi-môme la satisfaction «l'en avoir été (Mnpéché par votre brave résistance (2). >•

Richelieu avait compté (ju'après la rupture de la trôvc le Savoyard, à (jui il oii'rait de restituer tout ce qu'il avait conquis en Piémont et en Savoie, joindrait ses troupes h celles du Moi pour saisir Casai, si les Espagnols refusaient <le la ren<lre. Mais le duc ne se prononcjait point. Les généraux ne s'inquiétaient guère de cette hésitation; si l'on délivrait la ville au moyen d'une bonn' paix conclue avec l'Espau-ne et rF'mpereur, le duc, ayant une armée presque complètement composée de sujets de l'F^mpereur et de l'Espagne, ne ramènerait que sa personne « et quelques villes ruinées », toutes choses qu'on lui paierait beaucoup trop cher en lui rendant le reste de ses États. On pouvait penser, en effet, qu'une négociation plus générale, engagée au même moment sur un autre terrain, assurerait un règlement plus favorable aux intérêts français. Tandis que les généraux, arrêtés pour quelques semaines parla trêve, prenaient leurs dispositions pour reprendre la lutte, des pourparlers visant l'ensemble du problème se développaient à la diète de Ratisbomie en Allemagne.

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. III, p. 907.

(2) Baudier, Histoire du Maréchal de Toiras, t. Il, p. 208. — Sur l'arrivée deSpinolla aux Champs-Elysées et sur sa déception de n'avoir pu prendre Casai, voir l'Enirclien des Champs-Elysées, dans le Recueil de Haydu Châtelet, édit. 1637.

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