‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 106 sur 172 · LA PAIX OU LA GLEKRE · texte numérisé non relu

LA PAIX OU LA GLEKRE

La négociation de Ratisbonne.

La cainijagne d'Italie, née à l'iiiiproviste de la succession de Maiitoue, avait été, pour Uichelieu, comme une porte se rouvrant vers la grande alt'aire qu'il n'avait jamais j)erdue de vue inaltéré tant (le conti'ariétés intérieures : libérer l'Kurope et lu Kr-iiire de la prépondérance de la maison d'Kspag-ne-Autriche.

La succession de Mantoue avait mis face à face inopinément le roi de France, se portant à la défense de l'héritier, le duc de Nevers qui était son sujet, et le roi d'Espa>rne, vii^ilant gardien de sa situation éniinente en Italie. D'autre part, l'empereur Ferdinand, obéissant à la solidarité qui réunissait les deux branches de sa maison, s'était introduit dans le débat en revendiquant ses droits de suzeraineté sur le duché de Mantoue et tenant en suspens la reconnaissance du duc de Nevers.

Les trois puissances s'étaient trouvées ainsi en état d'hostilité et l'Italie était retombée dans une situation qui n'était pas sans analogie avec celle d'où Richelieu lavait tirée tant bien que mal (plutôt mal que bien) lors de l'affaire de la Valteline et des passages. Mais, cette fois, il n'avait plus à craindre une divei"sion protestante à l'intérieur du Uoyaume. Et, puisque la partie se trouvait de nouveau engagée, il était prêt à la jouer à fond,

A Casai donc, les généraux cherchaient la solution de l'incident local les armes à la main; à Ratisbonne, la Diète inq)ériale étant réunie, le problème européen se posait dans sou ensemble : la guerre ou la paix. Et c'est pourquoi le Roi avait envoyé auprès de la Diète et de l'Empereur ses représentants, l'andjassadeur en Suisse, lirùlart de Genlis, prieur de Léon, avec un homme que le cardinal considérait comme de beaucoup le plus habile et le plus sûr, son confident intime, le Père Joseph.

Nous avons dit l'union étroite des deux personnages et des deux carrières à partir de leui*s premières rencontres dans le Poitou, à Coussay, à Fonte vrault, autour de la conférence de Loudun et dans les affaires du temps de Luynes et de La Vieuville. Le Père Joseph ne quittait plus le cardinal qu'il avait tant contribué à élever ù la pourpre et au ministère. Personne assurément n'avait

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soiuli' plus à IoimI dans tons Iciiis i'<'i»liK, la iiatm»', U'H <h*KSoiiiet les ambitions du cardinal-ininistro que ce Capurin, Imptisi* par sou prand ami lui-m<*'nu' : tenebroso cavernoso. Toute ^onfl/'» ni <'ff'et, de triK-hn-ux mystères, «ette r<j|>e de liure poursuivait sou propre desstrin d union calliolique «'onire le Turc en pn-nanl les chemins tortueux de la politique du cardinal : i»elon une ma&iiiu chère à son maître, leCapiJcin « allait au hut, comme les rameui*s en lui t(mrnant \v dos .>. Son intcHi>:ente fidrlit/* mettait audeHSU8 de tout, le maintien au j)ouvoir «lu ^"rand homme «IKUit. Dans cette détermination, faite d'héroïsme et d'enthousiasme d'humilité et d'esprit. de sacrilice, il appli<iuait tout** sa perspicacité à surv(Mller la dan^rereuse intrigue des cours et des sacristies, où il était passé maître, où tout était piè^e et chute au moindre taux j)as, à la moindre né^'^lip'nce. I>e .Mari' de Médicis et de Uicheiieu, il savait tout ; la cour et l'opinion n'avaient pas de secrets pour lui; cavalier et moine, professeur et missionnaire, diploniat<* et [luhliciste, Ame loyale, esj)ril compliqué, idéaliste et subtil, u ayant son pareil ni pour inspirer conliance ni pour se tenir en méfiance, ni pour parler ni pour se taire ; il pénétrait les affaires et les esprits par son ardeur, s.i piété et sou désintéressement, (irand politique et ^rand chrétien se plongeant dans les misères du monde pour les élever à bien. Après avoir lu les renseignements recueillis par Lepré-Balain dans la Vie du Père Joseph et dans le Supplément à t Histoire, ot ne peut douter ni de l'influence (\\xq l' Éminence grise diXoM eue sur la décision prise d'assiéger La Rochelle, ni de l'intérêt et du zèle avec lesquels il avait collaboré au succès de cette entreprise, <|ui n'était qu'un des points de son programme politique. Plus duii' fois, avant le sièg'c et au cours du sièg-e, il avait soutenu le cardinal de son ferme courage. Une des lettres qu'il adressait à ses vraies confidentes, les femmes pieuses dont il était le directeur, nous découvre le singulier mélange de foi, d'ouction et de ténacité avec lequel il tient son rôle près de son ami : (( Compatissez, écrivait-il à ces dames de toute sûreté, aux travaux publics que cause la longueur de l'alTaire qui me tient occupé ; priez Dieu qu'il la finisse pour sa gloire. Le prélat qui a

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<în C4i Jiou Ja conduite principale des atfaires. sert avec couratre et fidélité. L'oraison humble et persévérante avec obéissance et auiour du Fils de Dieu peut beaucoup envers lui. Louez-le de ce qu'il vous donne ce moyen avec facilité, tandis ([uc nous voyons sans cosse l'iinago de l'enfer. »

« L'image de l'enfer », c'était tout ce monde où il vivait; « pire que l'enfer », disait-il encore quand il ])ensait à la Cour, k la Heine, aux obstacles où se heurtaient sa grande idée et la ]t<jhti(|ue <le rhomine <l Etat seul capal>lc de la conchùre à bonne lin. L opposition de plus en plus ardente que celui-ci i*encontrait de la part de la famille myale. du parti catholique, de la Cour, ne sijper]>osait à tant d'autres soucis, h)i*s(jue, sortant d'une maladie, «pii 1 avait tenu à l'écai't pen<laiit quelque tenq>s, le Père s apercevait que la prise de La Uochelle n'avait pas aplani les voies et que, tout au contraire, elle avait mis au comble la fureur des adversaires, <pji ne sonu-^eaient ([u'à ruiner le trop heureux ministi-e dans l'excès de son trionq)lie. /

Le péril «l'une politiipie qui s'étiiit retournée bruM{uement contre les enti'ei)rises risquées du Pas de Suse et de Canal, le8 sentiments désormais déclarés «le la Keine mère, la lourde b<iUderie «le Monsieur. l'opposition insolente «les Marillac et de la cal)ale, tout cela avait «h'cuplé encore son anxiété et sou zèle, lorsque, soudainement, ces «lifficultés s'étaient ag-gravées par l'intervention «le l'euipereur Fer<linand dans les all'iiires d'Italie.

Là le Père étùt sur son terrain propi*e : car, «lans la politiqm* «'xttn'ieure, il était chj^rué en particulier «les att'aires «l'Allemagne, et précisément il avait toujours i*èvé de réaliser l'union «le l'Emjùi'e et de la France pour l'exécution de son fameux dessein d'une croisa«le contre le Turc.

Et voilà que les «leux puissaiu«> «tauiil m i^mire! H fallait pren<lr«' un parti, tenir t«Me ou céder, se déclarer soit pouil'Autriche, soit contre l'Autriche, se rapprocher des catholiques ou des protestants d'Allemagne ! Tels étaient les problèmes qui se posaient à Ratisbonne en mémo tenq)s que les autres débats qui se rattachaient à la grande «lifliculté europécmie : la liberté des passages. Succession de Mantoue, offensive du roi de Danemark

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et du roi de Suèdr (l.ins rAlIniiag^iie du Nord, afFairc du Palatin, alliances hollandaise, v(''nitienne, savoyarde, li('lv(''ti<{ue, influence espuf^iiole on Italie, Lig-uc catlioli(jue en All«Mnaf:ne, r^")!*' de VValdstein, ]j(iliti(jue havaroi"... >.iM-.i'«vioii ;'i i'KiMpiri'... tout était h la fois sur le tapis.

Katishonne déciderait de l'avenir de l'Italir vu déridant de l'avenir de l'Alleniagiu' et du sort de iKurop»', Kt ces niâmes néy-ociations. on orientant pour lon^loni|»s la politiquo dr la Kjance, décideraient aussi <lc la carrière ntinistérirllc du cardinal; car ses adversaires fondaient, comptant bien eu finir avc<- Ini dans ces terribles conjonctures, tandis (|ue l'étendue et la f^randeur du ])rol)lènH\ ])rovoquant l'éniotion univorsrllc, ameuteraient le monde j)our le ]H'rdr('.

Richelieu envoie donc le Père Joseph à Hatishonne. Mais le j»lus sin^-ulier, c'est que dans cette importante, importantissime mission, le Père était sans pouvoirs définis, sans mandat déterminé, sans instructions précises, et qu'on lui adjoignait, avec pleins pouvoirs officiels, un a^ent quelconque, le prieur de Léon, homme de peu d'autorité réelle, cousin des Sillery, ambassadeur en Suisse, dij)lomate de carrière (comme nous dirions aujourd'hui), ayant toutes les capacités du métier, mais en ayant aussi les susceptibilités, les pusillanimités, avec, tout au plus, un certain savoir-faire : bon pour signer, propre à être désavoué, d'autant moins disposé à douter de son mérite qu'on recourait à lui pour l'envelopper dans une manœuvre à double fond, dont il ne connaîtrait jamais que les apparences.

Avec une patience et une érudition admirables, M. Gustave Fagniez a éclairci le détail de cette affaire si complexe. En voici les lignes principales : au fond, que voulait Richelieu à l'heure où il se portait vers cette nouvelle et grande négociation, dont il confiait le soin à deux hommes qu'on pourrait qualifier : la finesse et la routine? En gros, il voulait, par r Allemagne, s'ouvrir une porte d'entrée en Italie. Aussitôt après son succès de La Rochelle, il se retournait vers les affaires européennes, où il se trouvait simultanément en face de l'Empire et de l'Espagne. Ne se sentant pas tout à fait prêt pour

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