PAK L'ALLEMAGNE PKSEK SUR L'ITALIE
pousser les choses à fond, il ne dt'sirait nullement en venir à une g^uerre déclarée, du moins avec l'Empire; il tâchait plutôt à désunir ses adversaires, n'étant pas dans sa manière de s'engager rlans deuv grandes exécutions à la fois. La paix était, d'ailleurs, réclamée en France, la violence ordinaire des pacifistes s'appuyant sur un inconstestable mouvement de l'opinion : en quel temps les peuples n'ont-ils pas réclamé la pai.x?
Le Hoi était malade, incertain, le cardinal mal assuré. Il avait un intérêt capital à enlever aux adversaires l'argument de la paix. Mais la paix, il fallait l'ohtenir avantageuse, honorable, bien orientée pour l'avenir; sinon, l'arme se retournerait entre les mains de l'opposition, (h*, pour que la paix ap])ortAt le succès indispensable, ind scutable, il fallait qu'on la tint en suspens jusqu'à la dernière seconde et qu'on en améliorât les conditions jusqu'au moment précis où l'on sentirait qu'elle allait échajiper, de façon à profiter des dernières circonstances favorables : c'est l'art de la diplomatie.
Et c'est pourquoi Hicbelieu pensait que la nég^ociation de Ratisbonne devait être larg-e et couqjréhensivc ; il était bon qu'elle soulevât les diverses questions pendantes pour permettre de tîlter l'advei^saire et de lui arracher les ultimes avantages; il était désirable que, touchant à tant de problèmes, elle laissât partout des ouvertures en vue des complications ultérieures ; il fallait qu'elle pesât sur la puissance autrichienne de manière à montrer au monde la force nouvelle de la France, et finalement qu'elle réussit à détacher l'Empire de certains intérêts plus spécialement espagnols par appréhension de la guerre et de complications intérieures en Allemagne; il fallait que la paix générale fi\t subordonnée, en fait, à l'expédition qui s'achevait en Italie, où les armes du Roi devaient avoir leur récompense. Casai pèserait sur Ratisbonne en même temps ([ue Ratisbonne pèserait sur Casai.
Le Père Joseph se sépara du cardinal le -2 juillet à Grenoble. Il emportait avec lui de grand secret. Il joignit Léon le 9 à Soleure, et lui remit les pouvoirs officiels. En Allemagne, les deux envoyés furent reçus d'abord pm- 1»> faiiicnv W.ildstein
â72 HICIIliLIElJ DÉSAVOUE LK PKHE JOSEWI.
dans son caiii)> auprèg de Mcmiiiiii^eu, le 2.') jiiilli-t. Kntraln<^ par un coiniiiun attachciiieiit à la cause catholique et dauK l<* luAnie idéal de la croisade t outra les Tuns, le* ^énénil *'i 1< Capucin se parlcrcut avec une ouvertur** tirlle, <|u'il seiiilil<bien (jue Waldstein ait laissé percer quelque chose de «m <lésir de se créer une situation indépendante en Allenia^ie : confidence (|ue le Péi'c enfouit dans un coin de sa mémoire
La mission arrivait à Uatishonne le 19 juillet. KUe fut r<^4;u< pai' l'empereur Ferdinand le 2 août, et la nég-ociation fut ouvcHe avec les commissaires impériaux. Klle devait s'achever le. 13 octobre par un traité (|ui fut expédié aussitôt au Hoi. Il ne fut connu en Krance, — par im résumé «le l>on adressé au Koi, — (jue le -20 octobre à Lyon, et le cardinal n'eut b texte entre les mains <[ue le 22 octobre à Moanne. Les articles à peine lus, le ministre, au milieu d'une Cour qui acclamait la paix, leva les bras au ciel et déclara très haut son intention de <lésavouer les négociateurs, et de se i-efuser à la ratilication. Le Père Josei)h était en route pour Paris; il eut ordre d. -s'arrêter à Meaux ; il ne devait être reçu par le cardinal > Paris que le 19 décembre. Quant à Léon, il était <*nvoyé à Yieime pour les discussions protocolaires cjui devaient suivre le refus de ratification.
Ainsi s'accomplit brutalement ce fameux « désaveu de 1; paix de Ratisbouue » qui, sans rompre en aucune manièri l'intimité entre le Père Joseph et le cardinal, permit de reprendr<l'aifaire, d'en finii' plus avantageusement avec la succession de Mantoue et d'orienter plus fermement la politique que les deux amis devaient suivre désormais en commun, dans les grandes questions qui se soulevaient eu Europe.
Revenons sm* les articles du traité et sur les raisons qui déterminaient cette audacieuse manœuvre exécutée sous les yeux d< l'ennemi. Les principaux points débattus avec les commissaires impériaux et les solutions apportées à ces points par les articles de Ratisbonne étaient les suivants :
D'abord, sur le fait urgent. Casai, il était convenu par le texte du traité, qu'en attendant un règlement de l'affaire par la cham-