‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 109 sur 172 · LES AFFAIRES D'ALLEMAGNE, 2T · texte numérisé non relu

LES AFFAIRES D'ALLEMAGNE, 2T

OU plutôt d(; fondement ferme et assuré pour y élever leuibâtiment monarchique et triompher de toute la chrétienté. »

De cela nul ne parle dans les entretiens soleimels, mais tout le monde y pense. Or il y a une difficulté dans l'Empire : la crise religieuse, cette division entre nord et sud, inhérente à la constitution même de rAllemag:ne. Cette difiiculté, comment 1 a-t-on résolue à Ratishonne?

Bien des questions épineuses étaient posées : relations de la France avec l'emporeur Ferdinand et les siens : relations avec la Diète et les Electeurs réunis pour régler certaines aU'airos intérieures et pour se prononcer sur l'élection du lils de l'empereur Ferdinand comme roi des Romains ; relations avec les puissances, soit catholiques, soit protestantes (jui, en Allemagne et hors d'.Ulemagne, agissaient en faveur de la cause impériale ou contre elle; en particulier, relations avec la « ligue catholique » ayant à sa tête le duc de Bavière, relations avec le duc de Friedland, Waldstein, étant donné son projet de dissidence; relations avec les puissances du nord, Gustave-Aldophe marchant dans le moment même au secours du Danemark et engageant une campagne destinée à refouler l'autorité de la maison d'Autriche dans les provinces méridionales de l'Empire.

De tels problèmes ne sont pas de ceux <|ui sr règlent eu quelques semaines. Voici comment ils avaient été abordés et quels champs d'action ils avaient ouverts à la diplomatie du Père Joseph et, ultériem*eniont, à celle du cardinal de Richelieu. L'accueil fait par l'Empereur lui-même au Père Josepli avait été confiant et, pour ainsi dire, intime. Un sentiment chrétien partagé les avait rapprochés : dans l'espoir d'une croisade qui réunirait un jour les puissances catholiques contre les Turcs. C'était donc, entre la France et l'Empire, une sorte de détente, du moins personnelle, taudis qu'une manœuvre souterraine, conduite par les amis de la France, avait fait échouer la candidature du fils de Ferdinand au titre de roi des Romains. L'Empereur n'avait pas senti le coup ; du moins il avait cru préférable de ne pas le marquer.

Avec les Électeurs, qui, pour la plupart, en raison de certains sentinionts ou calculs particuliers, s'étaient opposés à cette

276 BICIIEIJEU ENTRE DANS LES AFKAIIŒS D'AIXEMAGNE.

élection, le Père Joseph avait iiéf^ocié Hociéteiuent, «-t 1rs Kleclrurn'avaient pas écarté l'idée d'une entente avec la France en vude la défense des intérêts communs; ils avaient en général manifesté des dispositions contraires, sinon hostiles, aux amhitions de la maison d'Autriche, (jui tendaient à rendre la couronne impériale héréditaiic. Pour hi première fois, on avait j)rononcé cette grave parole « la défense des libertés germaniques », parole destinée à un si grand avenir dans les relation de l'Europe avec l'Allemagne. Kt, résultat non moins appnciahh», on avait pu discuter pied à j)ied (sans aboutir, il est vrai, mais pourtant la plume à la main), avec le duc de Havicnon avait pu lui parler de l'indépendance de la « ligue catholique » et des armées de la Diète vis-à-vis de l'Knqien'ur, étudier les moyens de séparer, le cas échéant, les deux causes, celle du prince et celle de la confédération. A tout cela le duc de Bavièi' avait prêté l'oreille; il s'était montré sensible aux avances d<plénipotentiaires fi'an(;ais encourageant la création d'un tiersl)arti en Allemagne. Là aussi, certaines idées semées par Fancan avaient porté fruit. Enfin, en ce qui concernait les relations du Roi Très Chrétien avec les puissances protestantes, soit extérieures à l'Allemagne (Hollande, Angleterre, Suède, Danemark . soit intérieures, la France avait bien souscrit certaines promesses de non-coopération avec eux, qui, jusqu'à un certain point, pouvaient porter ombrage aux alliés du Roi et inquiéteileur confiance. Mais les termes inclus dans le traité étaient d*rédaction si imprécise, qu'on saurait bien, si les circonstances le rendaient nécessaire, trouver le moyen de s'en dégager par quelqu'une de ces arguties qui sont le pain quotidien de la diplomatie.

En somme, si les plénipotentiaires français n'avaient pas. tant s'en faut, obtenu une entière satisfaction, l'Empereur, par crainte sans doute de complications plus grandes, s'était montré coulant. Sur le fait immédiat et le plus sensible, la succession de Mantoue, le traité consacrait le résultat de l'intervention française en faveur du duc de Nevers sous la seule réserve du délai réclamé par la chambre impériale pour prononcer son verdict.

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