‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 113 sur 172 · ESPAGNOLS ET FRANÇAIS FRATERNISENT · texte numérisé non relu

ESPAGNOLS ET FRANÇAIS FRATERNISENT

Casai sera remise au duc de Mantoue ; la garnison française de la citadelle sera remplacée par une garnison montferrine commandée par un gouverneur niontferrin. L'armée du Roi quittera le Montferrat, lorsque tout le canon et tout l'équipage des Espagnols auront été embarqués sur 1«' Pô.

On raconte, qu'au jilus beau moment de cette conférence en pleine campagne, une perdrix s'envola « du milieu de l'armée et, ne sachant où se mettre, se posa sur le chapeau de M. le Maréchal de S('lioml)erg (1) ». Cela parut un augure. Les troupes françaises se retirèrent k un quart de lieue et les Espagnols rentrèrent dans leurs retranchements. La nuit tombait. Une pluie diluvienne noyait les belligérants reconciliés, éteignait les mèches des mousquets, gâtait les armes, transperçait les habits. Les soldats français, qui avaient bravé la décharge des canons, se réfugièrent par crainte de la pluie dans les l)ourgs du voisinage.

Vers onze heures du matin, les maréchaux dînaient avec M. de Toiras, qui était venu saluer ses libérateurs. On annonce : « Messieurs les Généraux d'Espagne ». Ce sont Piccolomini et Gollalto. Ils ont traversé le camp avec leur suite sans la moindre difficulté. Sans plus de cérémonie, ils entrent dans la salle : c( Messieurs, je suis bien fâché de n'eu avoir pas été averti, leur dit Schomberg en se levant de table, puisque j'aurais monté à cheval pour aller au-devant de vous. — Monsieur, répond Piccolomini en souriant, nous avons voulu vous surprendre au moins dans la paix, ne l'ayant pu faire comme ennemis; mais il faut que je vous avoue que j'ai été moi-même mi peu surpris en passant dans votre canq). » Et Piccolomini s'étonne d'avoir trouvé un camp désert, a les armes des soldats en confusion et en désordre de tous côtés », car les « libertés françaises » contrastaient alors, comme aujourd'hui, avec la rigidité germanique. Tout en faisant signe de l'œil à ses officiers, pour qu'ils aillent rassembler leurs hommes, Scliomberg répond à Piccolomini : « Cela ne doit nullement vous sui'prendre, Monsieur; car, moi, qui suis Allemand de nation, lorsque je vins m'établir en France et que j'entrai au service du Roi, je fus à la vérité d'abord aussi étonné que vous

(1) Ménwires de M. de Puysègur, p. 93.

2H2 SUHl'ItlSE ET JOIK DU CAHDINAL.

de cette humeur daiiHles Fran(;ais, iiiui», lorHque j'eu» eominaiidé (|uelquc tenipH et que je nie fus accoutumé ii l'air du |»ay«, je recoiiims (pu* les soldats framais l'taieut les j)lus coiira^'eux et les plus ai'deuts lorsqu il s'aji;it de coud>attre et les |dus \iovU';H k se donner du hou tcmp.s lorMpi'ils n'ont plus d'ennemis. Ce (|u'ii y a de commode en eux, c'est que, H'ils mettent pronq»tement les armes has, ils les n^prennent aussi ]>ronq>tenient; et, afin (jue vous soyez vous-niénn' témoin «le la vérité «le ce «pie je dis, je veux tout présent<Miienl vous fain; voir qu«dle est I'Iiuiimmip de nos Français. Je ferai battre le taud)Our par tous les quiirtien* et je vous donne ma ])arolc qu'avant que nous ayons traversé le camj), vous verrez toute raiinéo vu ordre. »

Ccpeiidajit les olliciers sortent en foule et montent à cheval, les roulements du tandjour i-ésonnent et se prolon^rent au loin. Le maréchal de Schomberg- retient le ])lus possible les généraux d'Espagne. Accompagnié de l^a Force et de Marillac, il finit par les reconduire à travers le camp. Stupeur de Pjccolomini et de Gollalto : comme le flot à l'heure de la marée, les troupes sont revenues; « les officiera, la pique à la main, et les soldats, avec lem*s armes, font tous bonne mine ». Piccolomiiii, ])lus étonne encore au départ qu'à l'arrivée, ne cache pas son admiration et dit, en prenant congé des trois marécliaux, « qu'il ne peut y avoir que de l'honneur à être vaincu par tant de braves soldats conduits par tant de g'rands capitaines (1) ».

Ces « grands capitaines » mesuraient la g-randeur du sucw'S qu ils venaient de remporter : « Je ne doute point, écrivait au cardinal le maréchal de La Force, que ne jugiez très bien sur l'état auquel étaient les ail'aires, que ni la paix de Ratisbonne ni l'exécution qui s'en devait faire n'eussent rencontré de bien plus grandes difficultés sans votre prudente résolution à faire valoir les armes du Roi. Les artifices et longueurs qu'ils y ont apportés de tous côtés, pouvaient laisser les choses en grand doute. Mais, ayant suivi les commandements du Roi, nous sommes venus jusque devant Casai, sans que les allées et venues

(1) Mémoires du Sieur de Ponlis, t. II, p. 26.

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