‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 123 sur 172 · I-E H0[ PAHT SANS UN MOT. Î · texte numérisé non relu

I-E H0[ PAHT SANS UN MOT. Î

devant le flot qui seinhle ne devoir jamais s'arrêter, Louis XIII lève les ])ras et rôjx'te : « Mais, Madame, mais, Madame! que ditesvous? que faites-vous? Vous me désobligez, vous me torturez! »

Le Roi se tourne vers Richelieu. Celui-ci parvient à placer (jiielques mots. Il s'humilie. Jamais il n'a prétendu offenser la H(Mne; s'il l'a fait hélas! c'est sans le vouloir. Il implore son pardon, il confessera tout, môme ce qu'il n'a pas commis, pourvu que l'honneur de la Reine soit sauf. Kt sans doute il se souvient alors des dernières lignes de sa note volante, qui lui permettent d'entrer dans les détails et de donner les j)récisions nécessaires; un esprit à la fois aussi souple et aussi mit que le sien ne peut s'en tenir à des paroles vagues. Il ne désire rien tant que de recouvrer les bonnes grâces de la Re^ne. S'il les a perdues à jamais, il ne veut, sous le bon plaisir du Roi. tju'une retraite éternelle, où il pleurera, juscju'à sa mort, le malheur qu'il a de déplaire à sa bienfaitrice. Marie de Médicis ne répond que par un geste de mépris et, lorsque le Roi intervient en faveur de «on ministre, elle lui demande, à travers ses pleurs, s'il aura la cruauté de « préférer un valet à sa mève ».

Louis Xlll commande au cardinal de sortir. Richelieu se lève et s'éloigne. Hemeuré seul un instant avec Marie «le Médicis, le Roi dit ({u'il est tard et qu'il s'en va coucher à Versailles. Il quitte la chambre à son tour. Le voici dans l'escalier: le voici sur le mairhepied de son carrosse. iJebout sur le pavé de la cour, Richelieu, «pii espérait une parole ou un regard de son maître, suit des yeux le Roi, qui passe à grand fracas dans la pesante voiture et (|ui, sans même tourner la tête, disparaît par la porte du Luxembourg (I-.

Louis Xlll et Richelieu avaient à peine quitté le cabinet de la Reine, que M. de Marillac montrait dans l'antichambre sa tête rougeaude et ses yeux inquisiteurs. Tout prêt à recueillir la succession du cardinal, il venait llairer le vent. M. de Bullion était dans l'antichandjre. Le garde des Sceaux interroge le secrétaire d'État : « Qu'est ceci? demande-t-il vivement. 11 y a quelque

(1) Voir P. GrilYet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. II. p. 62, et Mémoires de J-^ontenay-Mareuil, p. rio.

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choso; (litos-iiioi ce qiio c'est, " (h» n'assoit. La ronvcrHation sVn g-age. Mais uno porte s'ouvre : lo pardc des Sceaux est pri^* <!*' se rendre chez la Kriuc 11 est intnxluit. La Heine eau»e a\< M'"" (lu Faruis. lin lou^ «Mitiu-ticn s'engage en grand mystère; après (pioi Marie de Médicis ret.oit sa petite rour. Klle ne caelu* pas sa joie d'avoir renvoyé le cardinal et tous le» siens; 1ail'aires Ao Vlèliiil snont Idcntùt aux mains de M. <1p Marillac. La nouvelle vole sur toutes les lèvres. Klle se rèjiand instantanément à travers Paris. .\<t\r uni\fi's('||c. I.'èdilicr «pu- l'on rruxait -î solide s'est écroule.

I 11 incessant délilé de «avaliers <'t de dames monte descend l'escalier du vaste palais. La Heine triomphe et le vieux garde des Sceaux, ne j)ouvant croin* ci sa fortune, mais songeant aux terribles rancunes d'un Hielielieu, accepte les compliments, les caresses, les sourires, tout en jurant cpi'il ne sait rien.

Le carrosse du Uoi, après (pielcpies tours de roue, est entre dans la cour de l'hùtcl des Ambassadeurs. Le Hoi <lesceiid (( brosse droit dans son cabinet », commande k Saint-Simo: qui l'avait accompagné au Luxembourg, de « fermer la porte en dedans » et déboutonne son pourpoint si furieusement que les boutons en sautent (1). Il s'étend sur un lit de repos; las et altéré, il demande à boire. Peu à peu détendu, il revient à la réalité. A cpiels emportements sa mère n'a-t-elle pas osé se livrer en sa présence! et ces cris, ces larmes! F.lle prétend donc lui imposer sa volonté? Elle prétend le contraindre à chasser un ministre nécessaire au bien du Royaume? Après une pareille insulte, le cardinal consentira-t-il seulement à reprendre les rênes? « Où est-il maintenant? » dit Louis XIIL — Mais, Sire, il est ici » (2), répondit respectueusement le jeune favori. Quelques instants plus tard, un gentilhomme de M. de Saint-Simon, M. de Tourville, se hâte vers le Petit Luxembourg : il a ordre de dire au cardinal que Sa Majesté part pour Versailles et veut l'y voir le soir même.

(1) S&inl-Simon, Pa}-allèle des trois premiers Rois Bourbons, p. 171.

(2) Père Griftet. Histoire du Règne de Lovis XIII; t. II, p. 64.

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