‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 125 sur 172 · TOUT EST CHANGÉ. RICHEIJEU TRIOMPHE · texte numérisé non relu

TOUT EST CHANGÉ. RICHEIJEU TRIOMPHE

pieds de Louis XIII, qui le relève encore. Le Roi lui annonce qu'il le logera ce soir dans l'appartement du comte de Soissons, qui est au-dessus du sien, et, congédiant du geste tous les assistants, il le prie de rester dans son cabinet.

Seul avec ce prince de vingt-neuf ans, Richelieu reprend sa tactique habituelle : son amour pour le Roi égale sa gratitude; mais il ne croit pas pouvoir demeurer auprès de Sa Majesté la main au timon des affaires, s'il doit ôtre plus longtemps en butte à la haine implacable de la Reine. L'assaut d'aujourd'hui se renouvellera demain. A la moindre indisposition du Roi, la perte du cardinal est certaine; le torrent de ses ennemis finira par l'emporter. Comment le Roi le défendra-t-il contre sa mère? Le cardinal ne veut point passer pour le j)ersécuteur d'une princesse qui l'a comble de ses bienfaits ; il ne veut pas être l'occasion du plus léger dissentiment entre la mère et le fils.

Louis XIII ne se laisse pas convaincre. Il prend la parole à son tour, allègue son intérêt, celui de l'État, l'impossibilité où il est d'abandonner un bon serviteur à des haines iniques; le cardinal va-t-il préférer à la protection qu'il lui otfre une retraite honteuse? Le Roi regardait les yeux du cardinal qui s'emplissaient de larmes. Richelieu déclare, avec une gravité feinte, qu'il assistera de loin aux bons succès du ministre que Sa Majesté mettra à sa place. Louis XIII ordonne : le ministre restera au gouvernement parée que telle est la volonté royale ; le Roi saui>a le défendre; le Roi est « plus obligé à son État qu'à sa mère (1) »-

A lui aussi les larmes montent aux yeux. Il embrasse le cardinal. Richelieu sent alors, — ce sont ses propi'es ex-pressions, — que u les singuliers témoignages de bienveillance qu'il plaît au Roi de lui rendre, lui percent le cœur (2) ». Il sait maintenant ce que sera pour lui ce maître loyal et convaincu. Le Roi est désormais son appui, son indesfi-nctilde appui: il se chargei'a de ceux qui voulaient le perd>i*e.

Louis XIII veut en finir, et d'un seul coup. Butlion, Routhillier, La Ville-aux-Clercs, Marillac sont mandés près de lui. Les trois

(1) M™' Thiroux d'Arconville, Vie de Marie de Médicis, t. III, p. 252.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV. p. 12.

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preiiiiors seulement se pivsciitcnt an rliAfi-aii. Kn arrivant Versailles, le pirflc des Sceaux, parti «lu KiivoiiihourK trioin jihaiit, a ro(;u l'onlre de se reinln* «laiis une maison de <aih pagne toute j)roehe, h (îlatigny. I.e Conseil va se réunir sans lu sous l'o'il du cardinal, Kn jiroie •< à l'un des plus violents exei cices int/'rieurs qu'il peune avoir jamais eus »», Marillac retrouv bientôt la sérénité de son Ame, adore la volonté divine, demande son aum(')nier, (pii l'avait accompagné. Il veut se confesser, entendre la messe. Avant toute chose, il fait porter au Uoi sa lettre de démission.

Le malheureux ! Au printemps de cette même année, dans un reconnaissant posl-scriptum, il se prosternait «levant Kichelieu, son bienfaiteur : <« Il y a aujourd'hui (juatrc ans accomplis, avait-il écrit au cardinal le l"" juin 1630, que le Roi m'a misur les bras la charge que je porte, et (jue je vous ai l'oblif: i tion de riionneur que j'en ai reçu, «lont je vous remercie tr< iuunblement (1). »

Le Conseil commence dans le cabinet du Roi. Louis XIII rappelle sa maladie de Lyon, les iutrigues et les complots; il nomme les coupables : le duc de Hellegarde, « la Fargis Marillac. Celui-ci est le plus coupable de tous; il perdra le^. Sceaux, il iinira ses jours en exil. Son Age et la dignité de sa vie lui épargnent un sort plus cruel. Les Sceaux lui seront demandés par M. de La Ville-aux-Clercs, qui partira tout à l'heure pour Glatigny ; sou successeur sera M. de ChAteauneuf, (Charles de l'Aubespine, marquis de ChAteauneuf), un ami de Richelieu.

Mais, le frère du garde des Sceaux destitué, le maréchal de Marillac? Il faut penser à tout. La citadelle de Verdun est entre les mains de son neveu Biscarras. Eu Piémont, les sept mille hommes qu'il a amenés de Champagne lui sont dévoués; il est populaire dans l'armée et il exerce le commandement en chef sur les troupes du Roi, car ce commandement lui fut donné le matin même par Richelieu (2), qui, ne voulant pas avoir à Paris un ennemi de plus, lui a refusé le congé qu'il sollicitait. L'arres-

(1) Affaires étrangères, France, 795 bis, î° 59, m fine.

(2) Avenel, Lettres dit Cardinal de Richelieu, l. IV, p. 6.

EFFETS PRODUITS PAU LA CHISE. 30j

tatioii (lu inaréehal est nécessaire. Le Koi et le cardinal lordonnent; Houthillier prend la plume, il enjoint à Sclionibcrg- de se saisir de son collè^iue : « Mon Cousin, dit le document signé Louis, contresigné Boutliillier, le maréchal de Marillac a écrit ici tles lettres très insolentes contre vous. Mais il y a hien pis. Je désire m'en assurer; j'écris au sieur du Hallier (pi'il l'arrête dans la Savoie, s'il y passe, et que je me suis confié en vous comme en lui de cette aflaire. Si vous jugez qu'il prit un autre chemin, je vous prie de le faire ai'rêter vous-même. Je m'assure t[u'il n'y a personne en mon armée qui ne vous obéisse, quand ils verront la présente. Prenez garde qu'en venant il ne s'accompagne de ses gardes et compagnies, qui sont sous son nom, lesquelles il faut laisser en Italie. Car, sachant en sa conscience sa déloyauté, il pourra peut-être prendre garde à lui ou son frère pourra l'avertir. Kn un mot, je vous j)rie <le faire en sorte que vous ou le sieur du Ihillier ne manquiez pas d'exécuter ma volonté. Priant, sur ce. Dieu qu'il vous ait, mou Cousin, en sa sainte et digne garde.

Écrit à Versailles le 12 novembre 1G30.

P. S. — Le porteur ne sait aucune chose de ce qu'il vous porte, mon Cousin, je vous prie, sur tous les plaisirs que vous me sauriez faire, ne manquez pas à ext'cuter ce que dessus (1). M

Cependant un message contraire traversait la Manche, portant la nouvelle de la disgrAce du cardinal. Le roi Charles crut donc d'abord au trionq)he de Marie de Médicis ; mais il fut aussi sévère pour sa belle-mère que Louis Xlli et que la postérité : « La Reine votre mère a tort, dit-il à Henriette de France; le cardinal a rendu des services trop signalés au Roi son maître. Cette aventure me remet dans l'esprit l'accusation intentée contre Scipion devant le peuple de Rome. Il l'écouta patiemment et, au lieu d'y répondre : Je me souviens, dit-il, qu'à tel jour je défis tarmée carthaginoise; Romains, allons au Capitole en rendre f/rdce aux dieux. Si j'avais été à la place du cardinal, j'aurais

(1) AvcDel, Lettres du Cardinal île lUchelieu, t. IV, p. 9-14.

300 € UNE POHTE NON llAUUKK . A SUFFI.

écouté les plaintes «1«* la Wo'iuc avre la in<>iin' ti'aii({iiillit('' «•( iim* serais contenté de dire au Hoi votre frrre : Depuis deur ans Ixi liochrllc est prise, trente-cinq villes huguenotes sont réduites et rasées; Casai a été secourue deur fois; ia Savoie et une grande partie du Piémont sont entre vos mains; ces avantages. Sire, que vos armées ont remportés par mes soins, vous répondent de mon application et de ma fidélité [\). Charli-s 1" allait appnMidre bientôt que le bon sens de Louis Mil iiiaiiitcnait >a plrim' et entière confiance au cardinal.

Uichclicu n'oubliera pas cette porte (jui le mit sur le chemin de la victoire : « Dieu, écrira-t-il au iriois de mai «le l'année 1(»'»2, s'est servi de l'occasion d'une porte; non barrée, (pii me donna lieu de me défendre, lorsqu'on t.U-bait de faire conclure l'exécution de ma ruine (2). »

(I) Voir Lcvassor, Histoire de. Lnuis XUI, t. III, p. h'jo. :>.) Avenel, Lellret du Cardinal de Richelieu, t. VI, p. 921.

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