LES NOCES ET LA POLITIQUE
l'était pas moins de sa politique. Cardinal et premier ministre d'un roi de France dont la sœur allait ceindre, grâce à lui, la couronne d'Angleterre, il jouissait du succès obtenu, mais sans se faire trop d'illusions sur les conséquences.
On lit dans les Mémoires : « Le cardinal, qui avait, avec tant de peine et <le j)rudence, conduit cette alliance à une heureuse fin, se sentant comme obligé de témoigner son contentement, qui r'vcédait celui de tous les autres, fit à Leurs Majestés et à toute la Cour une collation et un feu «l'artifice qui étaient dignes de la magnificence de la France. »> Qu'inqiorte que cette collation ait coûté, comme le prétend le Père Garasse, qual'ante mille livres (deux cent mille francs de notre monnaie de 1913)? La tlépense était peu de chose, si le mariage ne décevait pas les espérances de ceux qui l'avaient conclu. Le Béarnais, qui avait entassé tant de millions d'or dans les caves de la Bastille, eût blAmé sans doute cette prodigalité, mais il eût loué rhabileté du cardinal. Kii i)la(,'ant une filb" <le France sur le trAne britauiii<jue, Kichelieu uiriiait à bon termr une procédure diplomati(|ue assez délicate, mais dont il espérait tirer, en somme, de réels avantages.
Henri IV avait songé, en 1603. à un « mariage d Angleterre »; mais aloi*s, c'était le futur Louis XIU t{ui devait épouser une princesse anglaise, tandis que sa sœur Elisabeth de France eût épousé le j)rince Henri, fils aîné de Jacques I". L'Espagne, pour enqièiher le roi de la Grande-Bretagne d'accepter une fiUe de France, avait jeté sur le marché conjugal, son infante Anne d'Autriche. Ileiu'i IV désirait le mariage anglo-français, alliance qui pouvait devenir une force contre l'Espagne et qui rendrait l'Angleterre moins prompte à secourir, en France, les protestants révoltés. Philippe 111 désirait le mariage anglo-espagnol, qui pouvait bouleverser tout le système diplomatique en Europe et donner aux protestants révoltés et à l'Espagne un allié commun, peut-être un médiateur.
Le couteau de Havaillac avait coupé court aux projets de Henri IV. Les fils de la négociation se renouèrent en 1611 et en 1616. Finalement, d'autres mariages avaient été célébrés : la prin-
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ceKWî Elisabeth do France avait éiious/? !<• prince <ie» Astarif*», lilh aln«S de Pliilippe III et l'infante? Anne «i'Autriche le roi Loiiin XIII. A l'occaKiou de ces mariages fniiu'o-rKpafniols. Lope de Vc^a avait coiiiposé un sonnet nu ^c fronv»- d«'jà le mot laniciix : // n'y a plus (le Pi/rénées :
Ya no (livide nieve Pirenea
A Egpafia que con Frann'a se denpona.
Vous ne séparez plus, neiges des Pyrénées, •
Notre Espagne et la France aujourd'tmi manéf».
Jacques l"" avait vu mourir, en i0l2, le prince Henri et il avait marié, en ICI 3, la j»rincesse d'Ang^leterre à réh'eteur Frédéric V, — ce Frédéric de Bavière, r-omte palatin, qui «levait disputer k l'Empereur la couronne de Bohème et dont la (iUe Klisaheth fut cette illustre correspondante de Descartes, à laquelle furent dé<liés les Principes de la iiliilosopliie.
il restait à Jacques un fils, le nouveau priiue de (ialles, le futur Charles P^ Sous prétexte de féliciter Louis XUi et Aune d'Autriche à l'occasion de leur entrée solennelle dans l*aris, il avait envoyé en France un and)assadeur extraordinaire, le comte de Carlisle. L'ambassadeur s'était rendu au Ix^uvre avec une suite magnifique. Caracolant sur un cheval dont les fers d'argent s^' détachaient et volaient tantôt à droite, tantôt à gauche, il fai.sait la joie de la foule, car son argentier, « en brillante livrée », s'empressait de poser d'autres fers aussi peu solidement attachés que les premiers.
Cette magnificence avait ébloui les badauds, mais Carlisle n'avait pu obtenir, pour le prince de Galles, la main de la princesse Christine, seconde sœur de Louis XIII, bientôt fiancée au prince de Piémont, fils aine du duc de Savoie. Jacques s'était alors retourné vers l'Espagne, où l'infante Marie, sœur d'Anne d'Autriche, était toujours à marier.
C'est alors que le duc de Luynes, craignant que l'Angleterre ne favorisât la révolte imminente des huguenots, avait dépêché à Londres son frère, le maréchal de Cadenet, pour essayer de marier la princesse Henriette de France avec le prince de Galles.