‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 130 sur 172 · LE MARÉCHAL EST AKRÈTÉ · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL EST AKRÈTÉ

répj'te Mai'illac, nous allons tenir conseil, s'il vous plait de vous retirer? — Monsieur, répond Schoniher^-", ils ne doivent pas se retirer: je les ai fait venir. — Monsieur, réplique Marillac, les capitaines aux gardes n'entrent pas au Conseil. — Non, convient Schoniherg-, mais il faut qu'ils soient présents et qu'ils m'aident à exécuter les volontés du Roi. » Le maréchal de La Force intervient : « Monsieur, je suis votre ami, dit-il, vous n'en devez pas douter; je vous demande comme tel, que vous voyiez et receviez les ordres du Hoi sans murmurer, sans vous emporter et même avec patience. Peut-être ne sera-ce rien. Mais vous verrez dans la lettre du Roi un apostil écrit et aïgné de sa main. » ScliomherjU'" montre alors à Marillac l'apostille royale. L'écriture est du Roi, certes; mais l'inspiration, du cardinal! « Par la morbleu! s'écrie le maréchal, ce sont mes ennemis qui m'ont fait traiter de la sorte! Qu'ils ne me pardonnent pas pendant qu'ils me tiennent! Palsamhleu! je ne leur pardonnerai pas à mon tour (1)1 » Soudain, maître de sa colère, il ajoute : « — Monsieur, il n'est pas permis au sujet de nmrmurer contre son maître ni lui dire que les choses qu'il allègue sont fausses... La vérité est que mon frère le garde des Sceaux et moi avons toujours été serviteurs de la Reine mère ; qu'il faut qu'elle ait du dessous et que M. le Cardinal de Richelieu l'ait enq)orté contre elle et contre ses serviteurs... Il n'y a remède. Il faut soull'rir. Je ne suis pas malaisé à arrêter; sans qu'il soit besoin qu'on me garde, je me rendrai en telle place et en telle prison qu'il plaira au Roi nrordonner (2). » De l'air le plus calme, il écoute la lecture de la terrible dépêche et, lorsque La Force et Schomberg sortent de la chambre, il les accompagne jusqu'au bas de l'escalier. Les capitaines le suivent et remontent avec lui. Ils ne le quitteront plus, ils lui prendront son épée le soir, lorsqu'il l'aura ùtée pour se mettre au lit. Quatre d'entre eux coucheront dans sa chandjre, sur des paillasses, et se relaieront pour le veiller. Comment s'évaderait-il de ce château de Foglizzo?

(1) Joiinial du Cardimit-Duc de Richelieu, p. 2'^

(2) Mémoires de l/. de l'uijsétjur, t. II. y. lO'MOi.

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Il V a plus «le «h'iix lieurcs (|iir Ions \rs ponts ont rir levé», Cq>ciulant, k'jI voulait... M. du Mrsnil, sou cupitainc dus ^a^(le^. demande à Ini parlei* et lui jiropose do le faire «'vader, Marillai l'cfuse : « Dieu Uiciri, inandc-t-il à sou neveu le duc d Atri. «pu se trouve à Rome, je regarde avec de» yeux arrêtés et h&uh cillei les honneurs du monde s'éloifrner <le moi, j'attendrai ave« iiidiflerence leur exil j)our jamais ou leur retour (I). » VA, le lendemain, après sa j)remière nuit de prisonnier, il écrit an Roi : « Sii'e, me voilà prêt de porter ma tête à mon maître ausM volontiers que souvent je l'ai montrée à mes ennemis, si c'est son service ou son intérêt qui la deman<le, » Le malheureux ne croit pas si hien dire.

Trois jours auparavant, Louis XIII avait quitté Versailles pour Saint-tiermain. Richelieu l'y avait acc(Mnpapié. L'écrivain char;.'é |»ar M'"" d Ai.^'^nillon d'écrire son histoire, .\ui»ery, assure (jue le cardinal, inconsolahlc d'être au plus mal avec la Reine, « desséchait à vue d'œil et s'ahandonna si fort au cha.t.'rin, qu'il n'était tantt'it plus reconnaissahlc (2) >». Ce n'était jioint seulement la pensée d'avoir déplu à sou ancienne hienfaitrice (|ui l'allligeait. mais la claire vue des précipices que Marie de Médicis creuserait sous ses pas. Certes il n'ouhliait pas les longues années d'intimité où la Reine lui avait confié ses velléités politifjues et les avait unies à sa propre carrière. Mais aussi, connaissant la femme horné** et vindicative qu'était cette reine écartée, cette mère exaspéré* comment n'eût-il pas appréhendé quelque vengeance longuement méditée, quelque piège tendu au hesoin avec les anciens secrets communs? Il l'a écrit lui-même : « Puisque, par le passé, tout ce qu il avait pu faire avait été de résister aux tempêtes qui s'étaient émues en ce qui concerne l'État, lorsque la Reine lui était favorahle, ne lui deviendrait-il pas inqjossihle de rien faire, lui étant contraire, comme elle était ouvertement (3). »

Il savait bien que la rusée Florentine ne se laissait pas prendre à ses airs contrits, à ses mines exténuées. Averti par le Roi, par

(1) P. de Vaissières, L'Affaire du Maréchal de Marillac, p. 83.

(2) Aubery, Histoire du Cardinal-Duc de Richelieu, t. I, p. 144.

(3) A vend, Letires du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 61.

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