‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 132 sur 172 · ENTREMISES POUR UN ACCOMMODEMENT · texte numérisé non relu

ENTREMISES POUR UN ACCOMMODEMENT

gorge )'. Et puis coiiinieiit supporter le deniier coup de poig"nar<l, reiiiprisoiinement du maréchal? Sans cesse, autour d'elle, certains donneurs de belles raisons, certains conseilleurs patentés viennent se porter garants dos sentiments de Riclielieu. Jusqu'au cardinal Bagni, nonce du l*ape! La Reine consent à écouter, mais elle pose ses conditions : les Marillac seront mis en liberté; la princesse de Gonzag-ue n'épousera pas Monsieur; la princesse de Conti ne quittera point la Cour et le duc de Belleg-arde sera maintenu à la tête de son gouvernement de Bourgogne. Si tout est accordé, la Reine ne refusera pas de rencontrer le cardinal au Conseil, pourvu que ce ne soit point chez elle, mais chez sa belle-fille, Anne d'Autriche. Et elle ajoute ses raisons : « Le Conseil ne commence pas toujours au moment que le Roi arrive et je ne veux pas que le cardinal demeure si long-temps chez moi (1). » « Je désire l'accommodement de toutes choses, plus que je ne saurais vous dire, mandait Richelieu au nonce. J'en ai parlé anqdement avec le bon Hère Suliren ; vous le verrez par le papier (|u'il vous fera voir, où ce (|ue vous me dites dernièrement et ce (jui se peut faire est clairement couché. Il n'y a difficulté qu Vu un point qui concerne le maréchal de Marillac (2). » Difliculté dirimante, le cardinal le savait, parce ({u'une autre Médicis, Catlierine maréchale <le Marillac, <• aigrissait iiitiniment » sa royale cousine v sur le sujet de son mari ». Le 26 décend)re 10.30, au Louvre, — le Roi et les Reines s'y étaient réinstallés le 2.'i, — le mar([uis de Bautru demandait à parler h Louis XIII de lu })art de Richelieu. Le Père Suft'ren était en ce moment chez le cardinal, il était venu quérir Son Éminence, à qui la Reine mère voulait parler, et le cardinal faisait demander au Roi a s'il trouvait bon qu'il y alldt ». Marie de Médicis accomplissait, ce jour-là, un bel acte de vertu. Elle avait déjà reçu, l'avant-veille de Noël, son ennemi en présence de son fils, de son confesseur et du nonce, mais elle s'était montrée si froide, que les trois témoins de cette scène en avaient été scandalisés. Elle

[i) Journal du Cardinal- Duc de Richelieu, t. VII. — Père Criffet, Histoire du Règne de Louis XIII, i. M, p. (J7.

(2) .\venel. I.ef(rps du Cardinal de Ricfieliev. I. IV. p 48-4'J et noie.

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obéissait aux iiistuncos de son coiifessoiir m roiim*ii(aiit à une seconde entrevue (1).

Louis Xill répondit à Itanlin <|ii)- Ir i.trdinal |>oiivait aller chez la Ueine. Vlaiio de .Médicis attendait éi 1 étage au-dessous, dans les appartenicnts situés parallèlement à la rivière, entre la frrandc /li^alcric et la rue <rAutriilie, — le fameux entresol où elle iece\ait jadis le marérlial d'Ancre. Hidiciicu arrive, accompagné de l'oflicieux Jésuite. La Keine e.st assi.se. IK'S l'ahord, elle « fond eu larmes ». Le cardinal et le Pèi-e, delmut et silencieux, n peuvent retenir les leurs. D'une voix entrecoupée de .sanglotla Heine commande à Hichelieu de n'a.s.seoir. Il s'en excuse. Klle réitère son commandement, mais le cardinal « s'en excuse toujours ». « Ce n est plus à lui de s'asseoir devant elle >», puisqu'il est disgracié « et qu'une telle faveur est une grAce très particulière qu'une ])ersonne qui est en disgrAce ue peut ni ne doit recevoir ». Klle insiste. Plus elle le jiresse, moins il obéit. Alors elle se décide à rappeler les événements de ces dernières semaines : « Klle n'a jamais eu l'intention <lc faire sortir le cardinal d'auprès du Roi ni l'ôter de ses allaires, mais seulement de sa maison. — Votre Majesté a dit ])ul)li<piement qu'elle ou moi sortirions de la Cour, réplique le cardinal d'une voix coupante. — C'est la colère qui a lait tenir ce langage à la Reine », répond le Père Suflren (2).

Richelieu se confond en protestations d'innocence : « C'est chose inouïe de condamner qui que ce soit au monde sans conviction, à plus forte raison un homme qui peut dire sans présomption avoir servi l'État heureusement en des occasions fort inq)ortantes. » S'il est coupable envers la Reine, il ne veut point de pardon; s'il ne l'est pas, il veut qu'elle le reconnais.se. Il ne demande pas à reparaître dans sa maison, où il ue prétend pas venir troubler le contentement qu'elle goûte depuis qu'il en est sorti; c'est dans son esprit seulement qu'il veut être remis. De phrase de dévouement en phrase de dévouement, de circonlocution en circonlocution, il finit par insinuer à Marie de Médicis

(1) Journal du Cardinal-Duc de Richelieu, p. 7.

(2) Ibidem, p. 7-8.

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