‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 133 sur 172 · EXPLICATIONS DIFFICILES · texte numérisé non relu

EXPLICATIONS DIFFICILES

([u'elle est fort iiîcoiiiinode à vivre. Il lui dit que l'ayant « servie (|uatorze ans coiuine il l'a fait, il recoiiiiait trop bieu son humeur, pour oser avec raison espérer ce qu il doit toujours souhaiter par respect (1) ».

La Reine, malgré cette insinuation, malg-ré les instances du l*ère Suifren, ne disait mot. Elle consent enfin à parler. Elle dit a qu'il arriverait l)eaucoup de changement avec le temps » et (|ue le cardinal lui avait « fait un déplaisir eu voulant favoriser le mariage de Monsieur contre son gré ». Richelieu n'eut guère de peine à se Justifier sur ce point. Il on eut davantage lorsque Marie de Médicis lui reprocha l'arrestation du maréchal de Marillac. Elle se j)Iaignit « qu'on eût été bien vite »; si elle n'avait pas chassé le cardinal de sa maison, n'était-il pas vrai que jamais on n'eût arrêté le maréchal en Italie? Riclielieu en convint : H Votre Majesté, pour cela, expliqua-t-il, ne doit pas prétendre qu'on l'ait ollensée; ce n'est point pour lui faire déplaisir qu'on poursuivait M. de Marillac, mais parce cpiil l'avait extraordiiiairement mérité. » Avec une ingénieuse et terrible subtilité, il se mit à analyser le cas de Marillac. Il ne craignit pas de le (•onq)arer à celui i< d un homme (jui dès longtenqis a fait amas de mauvaises humeurs, pour avoir toujours pei'sëvéré en une mauvaise faijon de vivre, et qui tondu' nialade pour quelque accident (pii lui arrive inopinément; cet accident donne commencement à son mal, mais n'en est pas la cause, mais bion l«*s mauvaises humeurs qu'il avait amassées (3) ».

La Reine, (jui avait toujours approuvé la fa<;on de vivre de Marillac, l'un des soutiens les plus fermes du parti dévot, goûtait peu cette conq)araison médicale. xNe sachant que répondre elle commanda au cardinal/ « de dire au Roi cpj'elle avait parlé à M'"^ de Marillac pour écrire à Verdun, pour faire rendre la citadelle » : « M"'^ de Marillac a répondu, ajouta la Reine, que, lorsque l'on lui avait saisi ses cassettes, elle avait envoyé les papiers hors d'ici, parmi lesquels était une lettre que son mari écrivait à Riscarras pour cet effet, qu'elle ne la pourrait

[\) Journal du Cardinal- Duc de liichelieu, p. 9. {'î) Ibidem, p. 24.

KICIIELIEU. — T. III. 21

M2 HKCONCILIATION IMI'OSSIBI.K.

ravoir plus tôt (|uo (liiiiaiicin*. " niiiiuiiclK; 'M (léceiiibrc, duiiH ({uatrc jours!... Sans cloute jiour |H;rni4*ttr(' aux lieutcimntM de Marilluc, Atticli\ , llcudicourt, U' Mcsuil, — qui d'ailleur» (;taicnt déjà pris, ou h' sut (pirl<(ii<'S liciiics plus tard, — de s«; jeter dans la citadelle, <1 eu lever les pouts et d'eu haisser le.s herses, eu attcudaut le secours du duc de Lorraiue. qui anuait. Uiclielicu dit d'iuie voix glaciale : « Je ra])|iorterai au Hoi ce (pi'il plaira à Votre Majesté <le coininander, uiais je la supplie «l'avertir M"" de Marillac (ju'il peut lui arrivi'r beaucoup de déplaisir du rotardeuuMit ([u'ou apporte à la rcdditiou de la citadelle. J'estiuie (pi'il est bon qu'elle en soit avertie, afin cpu', pai' après, elle ne se plaigne (pu; d'elle-uu^uie {{,). »

I/eutretieu Huit sur cette respectueuse uicnace. Congédié j>.ir la Heine, le cardinal sortit.

.Marie de Mc<licis tint sa promesse, elle assista au Conseil le surleud(Miiaiu de Noël. Honue volonté bien mal n'-compensée : on ne prit que des mesures (jui déplaisaient à la Keiuc et qu elle feignit d'approuver, opiiuiut comme le cardinal, au risque de décourager ses partisans. Passe pour la liberté rendue à M. de Vendôme, qui se morfondait à la Itastille de|)uis deux ans; mais l'éloignement de sa contidente la comtesse du Fargis, maîtresse, assurait-on de M. de Hcriughen, premier écuyer, éloigné lui aussi; mais la décision de signifier au marquis de Mirabel, ambassadeur d'Espagne, qu'il ne vint au Louvre que les jours où le Roi lui acconlerait audience! Rien n'était plus juste que ces deux mesures, car Richelieu avait entre les mains des lettres qui compromettaient gravement l'intrigante dame d'atour. Mirabel, venu se i)laindre au Roi de ce qu'il considérait connue un afï'ront, ne sut que répoudre à la question que lui posa Louis XIU : « Dites-moi, je vous prie, si l'on aurait soutlei-t un seul jour en Espagne ce que j'ai souffert en France des années entières. » Marie de Médicis ne reparut pas au Conseil. Qu'y eût-elle fait quand Richelieu était le maître?

(1) Journal du Cardinal-Duc de Richelieu, p. 24.

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