‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 134 sur 172 · LES REINES ET LEURS ENTOURAGES · texte numérisé non relu

LES REINES ET LEURS ENTOURAGES

Anne d'Autriclie n'avait qu'à se tenir également sur une prudente réserve : le cardinal voulait chasser son apothicaire, Michel Danse, qu'il « soupçonnait d entretenir sa uiaitresse dans sa mauvaise humeur ». Lopez, un Morisque d'Espagne, arrivé eu France sous Henri IV, devenu un des plus riches financiers (lu Royaume et qui servait d'esj)ioii au cardinal, se trouvait, le ^{janvier 1631, au Louvre dans l'appartement do la jeune Reine, qui l'avait l'ait appeler. L'apothicaire s'y trouvait aussi. Ils virent entrer Anne d'Autriche les yeux gros et rouges, venant de chez sa helle-mèi'e. Elle se plaignit du « traitement qu'on lui faisait ». On, c'était Riciielieu : « Votre Majesté connaît hien les desseins de M. le Cardinal, répondit Michel Danse; il lui veut faire ôter son apothicaire, pour la faire mourir et faire épouser M"" de Cond^alet au Roi. — Vous êtes un méchant homme de tenir ce discours, interrompit Lopez: h qui l'avez-vous ouï dire? — A la Reine », répli(|ua Micliel Dans<'. Anne d'Autriche était persuadée, en efl'et, que le nouvel apothicaii*e rempoisonnerait ; elle ajouta d'un ail' de déli : « No es mas tiempo de hablar con el cardinal pero bien de hacer. H n'est plus temps de parler avec le cardinal, nuvis hien d'agir (1). »

Une autre cause de trouhle était le premier médecin de la Reine mère, ce Vautier, véritahle maître en intrigue, u qui négociait la tête haute avec tout le monde (2) ». C'était lui qu'on voulait perdre et c'était lui que les Reines voulaient sauver à tout prix. Marie de Médicis demandait avec un air de victime pourquoi son tils voulait la priver du seul médecin qui connût son tempérament (3); Anne d'Autriche refusait d'accompagner son époux à la comédie , et toutes deux se disaient l'une à l'autre : « Nous avons bien à faire de lui donner du plaisir, tandis (ju'il nous ])rocui'e «lu déplaisir et de la peine [k). »

Si, du moins, ou était assuré de Monsieur! Marie de Médicis tâchait à se servir, elle aussi, des deux familiers de Gaston. Le

(1) Journal du Cardinal-Duc de Richelieu, p. 34-35. (2^ Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV. (8) Journal du Cardinal-Duc de Ric/ielieu p. 15. (4) Ibidem, p. 37.

324 HICIIKLIEU ENTOURK D ENNEMIS.

Coig'neiix coiniiicMi<;ait ù douter que iticholicii diMiiaiulAt sérieuNCiiieitt ])Our lui la jtouijnv, il disait ()U(* <• l'on I avait Icurr/* <\ti resprraiicc d un cliajx'au de cardiiiai et que, dans «ix senialui.*)», on serait l)ieu heureux de le lui envoyer (1) ». Quant à Puylaurens, il se d«'niandait si l'on iw travaillait pas «ecrètcnicnt à r<'iiij»rrlH*i' d'acijuérii' la seifrneurie d'Aniville. Monsieur fut (-iiauiré à hlanc et il parvint à un tel de^ré dCxaspération, (|U il ollrit à Marie de Médieis il'aller en poste trouver l'Knipereur et le prier de « la retirer de l'état où elle était ». La Ueinc mère eut le hon sens rie Ir retenir. Mais il était déchaîné.

« Lorsque le cardinal vient du Louvre, (ju'il trouve toute la me de Saint-Honoré embarrassée j)ar les carrosses de ceux qui lattendent chez lui, (\u"\\ voit sa cour, .son escalier, sa salle et son antichambre chargés de courtisans, d'ofliciers et députés, il ne considère j»as <|ue sa maison est remplie de ses ennemis : «[u il n a ses gardes que contre ceux qui le visitent : (pi'il craint les mains de ceux qui fléchissent le genou devant lui : et qu'il est dans la presse des hommes sans toucher jamais un ami (2). » Ce petit tableau brossé par le grand ennemi du cardinal, Mathieu de Morgues, est en somme exact; et il faut reconnaître que le ministre avait ([uelque courage à vivre au milieu de tels dangers. Le 30 janvier iG31, tandis qu'un grand fracas de carrosses et de chevaux s'élevait dans la cour de l'ancien hôtel de Rand)ouillet, où Richelieu s'était installé vers 1G25, sur l'enq^lacément du futur Palais-Cardinal, le duc d'Orléans venait chez lui, accompagné de quinze gentilshommes et valets. La troupe iringante descend de carrosse, les cavaliers de l'escoile mettent pied à terre, toutes les portes s'ouvrent devant le frère du Roi et sa suite. Le cardinal fait sa révérence à Son Altesse ; il en reçoit ce compliment imprévoi : « Vous trouverez bien étrange le sujet qui m'amène ici. Tandis que j'ai pensé que vous me serMriez, je vous ai bien voulu aimer. Maintenant cjue je sais que vous manquez à tout ce que vous m'avez promis, je vous retire la

(1) Père Griffet., Histoire du Règne de Louis \1II, (. II, p. 113.

(2) Mathieu de Morgues, La Vérité défendue p. 43.

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