ALGARADE DE MONSIEUR
parole que je vous ai donnée de vous atïectionner (1). » En quoi le cardinal a-t-il manqué? Il prie Monsieur de le lui dire : En ne faisant rien pour M. de Lorraine, en laissant « croire au monde que Monsieur abandonne la Reine sa mère >». Richelieu répond avec beaucoup de calme que les réclamations du duc de Lorraine au sujet des terres l'éunies à la Couronne par jugement, il ne pourra les examiner que le jour où les députés lorrains seront arrivés. Ils « ne le sont point encore >». Monsieur n'a donc pas « lieu de se plaindre ». — « Il n'est pas besoin de plus grands éclaircissements », réplique le prince. Le cardinal s'incline. Le ton de Monsieur, la mine de ses gentilshommes ne lui disent rien qui vaille. S'agit-il d'un guet-apens? L'ordre est-il donné de l'assassiner sans autre forme de procès? Que présagent ces paroles lancées par le prince : i< Si votre qualité de prêtre ne m'avait pas retenu, je vous aurais déjà traité comme vous le méritez; mais sachez que votre caractère ne vous garantira pas à l'avenir des cliAtiments (pii sont dus à ceux qui offensent des I)ersonnes de notre rang? (2) » Nul doute que la vision du maréchal d'Ancre, massacré sur le pont du Louvre par les gentilshommes de M. de Vitry, ne se soit dressée devant les yeux du cardinal, qui protestait h Monsieur qu' « il serait toujoui*s son très humble serviteur ». Déjà Monsieur avait gagné l'antichambre avec ses gentilshommes et si rapidement, que le cardinal, qui le reconduisait, avait quelque peine à le suivre (3). Tout en marchant, Monsieur déclarait qu'il s'en allait à son apanage, à Orléans ou Rlois, et (jue, « si on le pressait, il se défendrait bien ». Le dernier carrosse avait à peine disparu dans la rue Saint-Honoré, que Richelieu faisait partir Bouthillier « au galop (4) » pour Versailles, où le Roi (c prenait le divertissement de la chasse ».
Le Roi accourt de Versailles sans perdre un instant. Il se fait conduire rue Saint-Honoré chez le cardinal. Après un court
(1) Journal du Cardinal-Dur de Richelieu, \>. 75-70.
(2) PèreGriffet, Histoire d<i Règne de Louis MIL t. II. p. 114.
(3) Mémoires de Fontenay-Mnrev il, p. 231. ('») Mémoires du maréchal de Bassompierre.
326 Kt; HOI DOIT INTKRVEMU ENCOHE.
entretien avec son ministre, il sort et fait monter danK Hon carro«h< Bassompicrre, qui est venu se mettre k la «lisposition <le Hichelieu.
liOuis XIII se montre violemment irrita île IVclat que s'est permis Gaston. Il a dit au cardinal : « Ne rrai^Tiez rien, je serai votre second contre tout le monde, sans excepter mon frère; mon honneur y est en^a^^'^; le mal <\\w I on vous fera, je i< regarderai comme fait à moi-mOme et je saurai vous venger. » Kn vain Monsi<;ur a «Mjvoyé h Versailles M. de Cliandel)OiiM< ex])li{juer an Hoi les i*aisons (h; son départ; en vain, en ce méfii' Vei'sailles, M. de Villiers, dépôclié j)ar la Rciue, a assuré'* que sa maltresse a failli s'évanouir en a])prenant la retraite de .Monsieuidont elle ignorait les jn-ojets. A Paris, le cardinal vient de dire an Hoi (juc la Kcinc mère savait tout la veille et (ju'elle avait i'emi«« à Monsieur les pierreries «pi'il avait héritées de la feue duchess» d'Orléans et qu'elle gardait jiour lui, — une véritable fortun*nerf peut-être d'une jirociiaine guerre civile (1).
« Je vais, dit le Uoi à llassompierre, ({uereller la Keine ma mèr«' d'avoir fait partir de la Cour Monsieur mon frère. » Le maréchal répond « qu'elle serait hlûmahle si elle l'avait fait et qu'il s'étonne fort qu'elle lui ait conseillé telle chose. — Si, assurément réplique Louis XIII, pour la haine qu'elle porte à Monsieur le Cardinal (2) »,
Le Roi arrive chez sa mère. La Reine a pris médecine; niais cela n'a pas calmé ses nerfs. Aux premiers mots de son lils, xjui ne lui cache pas « qu'il trouve bien étrange cette retraite » de Monsieur et qu'il « a beaucoup de peine à croire » qu elle n'en ait rien su, « elle vomit feu et flammes contre le cardinal ». Ce sont les propres expressions dont Richelieu se sert dans son Journal et il ajoute avec indignation : <( Elle fit un effort nouveau pour le ruiner dans l'esprit du Roi, quoique aujiaravaut elle se fût obligée par serment à n'entreprendre plus aucune chose contre lui (3). »
Trois semaines après cette scène nouvelle, qui avait excéd<
(1) Journal du Cardinal-Duc de Richelieu, p. Te-"/".
(2) 31émoires du Maréchal de Bassompierre, t. IV, p. 129.
(3) Journal du Cardinal-Duc de Hichelieu, p. 76.