‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 137 sur 172 · LOUIS XIH DÉCIDE D'ÉLOIGNER SA MERE · texte numérisé non relu

LOUIS XIH DÉCIDE D'ÉLOIGNER SA MERE

à Étanipes ; encore loger huit compagnies de gardes à Louvresen-Parisis, pour contenir la ville en son devoir. » Avant tout sauver le Roi et la paix du Royaume!

La fermeté et la dignité de Richelieu triomphent des dernières hésitations de Louis XHI : Il prend la résolution de

se séparer de sa mère pour quelque temps, afin que cependant son esprit ait loisir de se désabuser, et éloigner d'elle pour toujours ceux qui sont les auteurs de ses maux ». L'arrestation de rahl)é de Foix et du médecin Vautier est également décidée. On éloigne la princesse de Conti, les duchesses <rKll)euf, d'Ognauo, de Lesdiguières et de Roamiez (1), et l'on n'oublie pas Rassompierre, en dépit de son zèle récent et ([uel(|ue peu suspect. Le maréchal aura pour logis la Rastille, où il fut conduit le i25 février. Son Éminence ne tarda guère à le régaler d'un petit présent, qui pouvait lui être utile au cours d'un emprisonnement de douze années : « Monsieur, lui écrivit-il, pour m'ac- (piitter de ma promesse, je vous envoie un chapelet, avec lequel je vous assure que vous pouvez gagner les indulgences. Mais d'autant (|u'oii ne peut obtenir rémission de la peine, que premièrement on n'ait celle de la coulpe, je vous conseille de la recheixdier en faisant autant d'état de la grâce de votre Créateur que vous avez fait autrefois, ce dit-on, de celle des créatures. Par ce moyen, les armes ([ue je vous mots en main, ne vous seront pas inutiles ni à moi aussi, si j'ai part au bien que vous en ferez. J'en demande le dixième, qui appartient à l'Eglise. Mais toutefois, si vous jugez que ce soit trop, je me contenterai du vingtième, à la charge que j'aurai les prémices, estimant avec vous que le premier Ave Maria, cpie vous direz sans doute avec dévotion, vaudra mieux que trente autres qui courent grand hasard d'être dits avec divertissements. Vous êtes si courtois, que vous ne me dénierez pas ce que je vous demande, et, en cette considération, je me promets une faveur particulière à moi seul, ne croyant pas que la vertu de vos prières ait été jusques ici si connue, qu'elle ait convié personne ù les mendier ni vous-même à les

(1) Avenel, Lettres du Curdimil de Richelieu, t. IV. p. loo.

X\0 DASSUMIMKUUK A LA BASTILLK.

<l<''|>aitir. h' lais 1 Un iiuiintriiaiit, vous ferez l'niitrc, n'il vous plaît, coijsiik'raiit (|uc jo iiuM'ite ecptainciiioiit «ette part <pio je désire en voire souvenir cl en vos oraisons, puis«|nc Je veux «Mr< non seuleinont en partie, mais entièreinont à vous eoinuic votr< serviteur très humble (1) ". Humour un j»«u cruel, niais que 1< jM'isonnier pouvait considérer eom me une espérance entrouverte Il y avait une raison ii cette mesure ri::<)urense. l'ne lettn*. écril' à Hassonipierre ])ar !<' maréchal de .Marillac. était tomhée ««ntn les mains du cardinal. Kichelieu not(^ «lans son Journal au «léhut du mois de décembre 1(»30 : " La lettre i\uoi\ a surprise, qu'il écrivait d'Italie à M. do Hassompierre, <jui avait toujours été son ennemi, témoiime clairement (ju'ils s'étaient réconciliés et étaient ensemble en e\traor<linaire conliance, ce (jui ne s'était pas fait pour rien. » Mieux valait prévenir que châtier, et tenir que ris(piei- : «■ Il ne faut pas croire, écrivait le cardinal vers hmême temps, cpi.'on puisse avoir des preuves mathématiffues des consj)irations et des cabales; elles ne se connaissent ainsi que par l'événement, lorsqu'elles ne sont i>lus capables dire mèdc. »

Et le maréchal <lc Marillac lui-même, quelle peine lui réservait-on? La niort. Hichelieu n'hésitait pas : déjà les ordres étaient donnés pour le transfert du i)risonnier. Le 21 décembre 1030, le maréchal, qui, le jour môme de son arrestation, avait refusé de s'évader en sautant sur une charrette de foin arrêtée sous sa fenêtre, fut enferme à quelques lieues de Fo.irlizzo, dans le chAteau d'Aviiiliaua. On le conduit à Lyon. Kichclieu veut qu'il s'embarque à Roanne sur la Loire et descende la rivière jusqu'à Briare. C'est le chemin qu'il choisit d'ordinaire pour se rendre à Paris. Maià Lyon, de nouvelles instructions modifient l'itinéraire. L'étroite litière dans laquelle Marillac, dévoré de fièvre, chemine, tout rompu de fatigue, prend la route de Bourgogne, gagne Mâcon. Chalon-sur-Saône, Dijon, ChàtiUon-sur-Seine. Ce n'est plus à Paris que le mène Gabriel des Réaux, sieur de Coclois, lieutenant des gardes, qui veille sur lui à la tête d'une nombreuse escorte.

(i) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, L IV, P. 230-231.

Page 1