‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 146 sur 172 · CALME UE RICHELIEU A CETTE NOUVELLE · texte numérisé non relu

CALME UE RICHELIEU A CETTE NOUVELLE

fais ce mot, c-oiitiiiiiait Son Éiiiiiieuce, aliu que vous ne manquiez pas, aussitôt (jue vous l'aurez reçu, de monter à cheval avec le plus do vos amis que vous pourrez, pour vous l'endre le plus près de cette place qu'il vous sera possiMf, afin (l'empêcher qu'on ne jiuisse entreprendi'e sur aucune autre au préjudice du sei-vice du Hoi. Sa Maj<'sté fera promptement avancer des troupes en votre frontière. Cependant avertissez toutes les villes de prendre ^ardc à leur conservation et vous a8sui*ez que vous nous verrez l)ientAt (i). >» »« Ayant Dieu pour S(ii et la justice, le Hoi n'a rien à craindre à mon avis, mandait le cardinal un peu plus tard au marquis de Brézé. Il n'y a chose au monde qu'on n'ait voulu faire pour détourner la Reine mère de l'union (|u'elle a avec Monsieur et l'Espagne. On hii a voulu rendre le ^gouvernement d'.\njou et les places (ju elle y avait. Mais elle^ a refusé toutes les conditions honorables et sùroft qu'on lui a proposées (2). »

Lorsqu'il sut que Marie de Médicis avait ^ajrné les Pays-Bas, Richelieu se sentit fort soulafiCé. <• La sortie de la Reine mère et de Monsieur, a-t-il écrit dans son Testament politique, fui-ent comme une purgation salutaire qui g-arantit le Royaume des maux dont il était menacé, et ceux qui n'oyaient les porter à faire heauccuq» de uial au Roi, ne les portèrent qu'à ce qui les rendait incapables d'en faire (3). »>

I^ Roi se montra plus irrité que le cardinal de la fuite de la Reine. Uuehjues jours plus tard, il se rendait du château de Monceaux à celui de Fresnes, loi'sque les jsrardes qui escortaient son carrosse aperçurent un cavalier qui se dirig-eait vers le cortège. Tandis que M. de La Rarre. — car c'était lui, accouru d'Avesnes à franc étrier, — se rangeait le long de la route, un garde vint lui demander qui il était. Il répondit qu'il le dirait lui-même à Sa Majesté. Il sauta à bas de son cheval et remit au Roi la lettre t[ue lui avait confiée la Reine mère. Puis le

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, )>. 18*2.

(2) Richelieu au raanjuis de Bréié, 21 juillet 1631 (Archives de M. Gabriel Hanolaux i. Richelieu envoya la in«iine lettre à son oncle le commandear de La Porte : c'était une circulaire de famille. (Avenel. Lettres du cardinat de Itic/ielieu. t. IV, p. 182-183).

(3) Testament politique.

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carrosse se mit eu marche. La H.iiic rnnotita «mi sdlr «-l s. joif,'^uit au cortège. Le Roi, en ellet, voulait s'entretenir avec lui dès que l'on serait en lieu j»lus ronvenahle,

La lettre fut ouverte. Toujours <1<'h plaint^'s «l «1<n jirotestations : « L'on m'a arr«^tée en «riiiiin»-]!»; dès le commencement, pour ii'avoii" pas \(»uIm oJM'ir aux xolontés du cardinal. Depuis l'on m'a traitée comme la plu.s g-randc ennemie de la France. On m'a envoyé divers auihassadcui's. <(ui faisaient courre le bruit qu'ils venaient raccommodci' 1rs all'aires. Mais. 6 Dieu, de quel raccommodement ils me parlaient, ])uisqu*il > en a eu de si insolents, violant le respect <|ui m'est dû, comnp a fait le maréchal de SchomlxMy, de me ^'^ourmander jus<|u ;• la ruelle de mon lit! (Ij » Kt toujours ces mêmes allégations passionnées : le cardinal avait voulu la chasser hors du Royaume, afin de perdre l'I^^tat; il avait d'abord espéré de la faire mourir entre quatre murailles. C'était pour échapper à ses mains qu'elle avait tenté de se l'éfug-ier à La Capelle, tpii avait fermé ses portes.

Le carrosse arrivait maintenant au château de Fresnes. X peine descendu de voiture, Louis XIII manda M. de La Barre : « Quel sujet, dit-il, la Reine a-t-elle eu de se retirer en Flandre? — Personne mieux que Votre Majesté, répondit le messag-er de Marie de Médicis, ne connaît le mauvais traitement que la Reine a reçu dans sa prison. — La prison de la Reine ma mère et le mauvais traitement étaient iniag^inaires, observa Louis XIII; je sais que la Reine n'avait aucun sujet de s'en plaindre. » Et comme M. de La Barre objectait les sentinelles postées à toutes les fenêtres du château de Compiègne et le corps de garde installé dans l'anticlianibre de Marie de Médicis : « Tout cela, répondit Louis XIII, lui avait été ôté depuis et on lui laissait toute espèce de liberté. » Le gentilhomme semblait résolu à excuser sa maltresse coûte que coûte : « On avait bien éloigné les troupes de quelques lieues, reprit-il, mais non tout à fait ôté. Aussi l'intention de la Reine n'a point été de se retirer hors de France, mais la méchanceté du cardinal lui a supposé le gou-

(\) Mercure frauçois, l. XVII, p. 343-345.

SOKT DU MAUKCHAL DE MARILLAC 347

verneur (1) de La Capelle, pour lui olirir la place afin de la tromper, pour l'oliliger de s'eu aller aux Pays-Bas. » Le Roi répondit brièvement : « Je m'aperrois assez que l'on s'en prend au cardinal et qu'on ne s'ose plaindre de ma personne et plus je verrai que l'on l'attaquera, cela sera cause que je l'aimerai davantage et porterai son parti (2). »

Le cardinal ne trahit donc pas la pensée de son maître, lors- <{u'il conq)osa la réponse de Louis XIII à la lettre de la Reine : « Je reconnais par beaucoup d'épreuve, l'aHection et la sincérité <le mon cousin le cardinal de Richelieu ; la religieuse obéissance qu'il me rend et le fidèle soin qu'il a «le tout ce qui regarde ma personne et le l)ien de mes États parlent pour lui (3), <» Ce panégyrique, imprimé à des centaines d'exemplaires, excita l'ironie du marquis de Mirabel : c« M. le Cardinal y donne tant de preuves de sa vertu, mandait l'ambassadeur d'Espagne au duc d'Olivarès, (ju'on le fera canoniser avant sa mort. »

Cependant les amis du maréchal de Marillac sentaient redoubler leurs craintes.

« Mon cdMU', je suis bien marri de vous devoir avertir qu'il y a changement en ma fortune (4)^ » Trois semaines avant la fuite de la Reine, le maréchal traçait péniblement ces lignes mélancoliques à la faible lueur qui tombait »< d'une triste fenêtre ». Il venait d'être confiné dans un réduit de l'abbaye de Saint-Vanne, qui faisait partie de la citadelle de Verdun ; il n'y avait » promenoir que de la table au lit » ; il était privé de tous ses gens, il se consolait en écrivant à la maréchale, exilée ellemême en Normandie au chAteau de Tournebut : « Hier, gémissait-il, j'étais heureux prisonnier (si en la disgrâce d'un maître tel que le Roi et d'un ami tel que M. le Cardinal, personne le peut être) ; aujourd'hui je suis tout le contraire. Mon bonheur

'1; i< Lui a fait dire inensongèrement que le gourerneur de La Capelle lui otlrail la place, etc. »

(2) Lettre du baron de Crèvecœur, gouverneur d'Avesues, à l'audiencier Verieyken, '24 juillet 1631. i^ Archives générales dn Kuyauinede Belgique. Carton n" 2.052, Papiers d'Etat et de l'Audience.) Voir Henrard, Marie de Médicis dans les Pays-p. (il.

(3) Henrard, Marie de Médicis dans les Pays-Bas, p. 70-71.

(4) P. de Vaissières, L'Affaire du Maréchal de Marilluc, p 117-118.

:J48 LKS JUGES DU marf:<:mal.

consistait à me savoir sans coiiljx' rnver»» tous le» tleux ; maintenant HKui nnilhenr est d'en avoir commis nue qui fait qm* je ne peux ])lus me vanter d'cHrc envers les personnes h i\w je dois tout, ee chevalier sans repnxlie que J'étais, ]>nis({ue Je ne puis plus disputer à mes ennemis <|ue je n aie tailii et puisqu'en cela 'e ne perds pas moins qu'une viorne vouée en la perte de sa chasteté la veille de sa mort. » Ici le niai'échal disait, U l'intention de Ui<lielien, qui lirait sa lettre : » Je vous confesse que cette faute m'a couvert de honte, d'angoi8K(>s et d'amère douleur... Cette faute, mon c«*ur, expli(piait-il, est d'avoir essayé de tronq)er mes «ardes et cherché, par une autre voie que la çrAce du Hoi. ma liberté. »

Regrettant de ne pas s'être évadé du château <le Foglizzo en sautant sur cette charrette de foin, arrêtée sous sa fenêtre par (fuelque main amie, l'infortuné avait tenté de s'entuir fie Sainte- Menehould. Évasion man(juée, peu faite pour lui concilier l'indulgence du cardinal. Hi<helieu voyait déjà le maréchal «iehors grâce à la complicité de la Reine et de Monsieur, se Joignant à eux, prenant le commandement, ralliant tous les rebelles, commençant la guerre, civile.

Il tenait plus que Jamais à le faire Juger avec la dernière rigueur. Ce n'était pas chose aisée. Marillac, dirigé par de secrets avis, avait préparé sa défense. Déjà il avait récusé les deux maîtres des Requêtes de l'HAtel, MM. de LafFemas et de Moricq : le premier, ce tortionnaire, cet homme de fer,

Qui fait dire en un jour plus qu'un autre en un mois Et qui ferait parler une pièce de bois (1),

n'est pas encore reconnu en sa charge par la Cour; le second « va déjà comme sonnant delà trompette par toute une province, pour appeler et chercher des témoins qui déposent quelque chose de sinistre contre le suppliant ». Marillac n*a pas manqué de faire appel aux Juges des maréchaux qui sont MM. de la Grand'chambre. Le 4 février 1631, un arrêt de la Grand'chambre le reconnaissait <( bien fondé en son appellation ». Mais le 6, un arrêt du Conseil du Roi cassait celui du Parlement. Le 11, le Parlement, toutes (1) Haydu Chastelel, Ajiologiepour Malefas. — Voir G.Mongrédien. Isaac de Laffcmas^

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