I>: LORRAIN VIENT A COMPOSITION
seuleiiioiit coiitrr le lioi, Charles IV viont de si.aruer, au début de l'aimée, à Vie, uu traité ((ui remet Marsal et d'autres villes au Uoi. Richelieu essaye de lui prouver, par l'iuterniédiaire de M"" de Clievrciise, (ju il n'y a a ni profit ni houueur à passer des traités pour ne les tenir pas ». L'aruuV que h; maréchal de La Force commandait •< au\ frontières d'Alleuiajtrne » et c|u'il a ramenée, sur l'ordre du Roi, vers les trois Évôehés, appuie les ur]L:uments diplomatiques avec une éloquence irrésistible. Le 'li juin, Richelieu, avec autant de force que tie courtoisie, mande ù M. de Lorraine : < Je suis extrêmement fâché que le Roi ait été contraint de s'avancer dans vos États, pour tirer raison de ce dont il vous l'a demandée plusieurs fois. Si vous la lui faites, comme M. de Ville en assure en termes yrénérau-v. j'en serai inliniment aise, puisque cela nie donnera lieu de vous témoigner que je suis, etc... (1) ». Cependant il avance vers le duché au\ côtés du Roi. Cette marche ploug^e dans la stupeur et dans l'angoisse le duc de I^orraine. Le petit prince- ne conçoit pas que le cardinal et son maître s'inquiètiMit si peu de la marche du duc d'Orléans, entré dans le Royaume par Andelot en Rassigny, avec deux ou trois niille cavaliei*s allemands. I^e Roi et le cardinal n'ont d'yeux que pour -Nancy, à la veille d'être investie par La Force. Déjà le maréchal, qui a traversé la .Meuse à la tête de ses troupes, .i ayant l'infanterie l'eau jusqu'aux fesses (2) », a log-é son armée à ime petite lieue de la capitale lorraine. Le duc, aux abois, s'empresse de capituler et signe le traité de Liverdun {'M juin lG3*ii, qui confirme celui de Vie. Louis XUI rend toutes les villes qu'il a conquises, mais il reçoit « eu dépôt » pour quatre ans Jametz et Steuay et pour toujours le comté do Clermont en Argonne, moyennant une « récompense » de cinquante mille livres. Cette acquisition lui permettra de ne plus passer à travers les États de M. de Lorraine, quand il voudra se rendre à Verdun.
l*our faire cette rafle, il ne lui a fallu que six jours. Le cardinal se glorifie de cette belle manœuvre. Le traité signé, il déclare
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p, 311-312.
(2) Mémoires du Duc dr Lu Force, t. \\l, p. 3J.
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tort cavalièreiiioiit aux <«Miiiiiissair<*s iln dur de l<orruiiu\ « «ju il les prie do din- à Icui- uialtr»' «pK* si. en donnant ces plarcs ait Uoi, il lui doiino son cœur, il fait un i)on niarclM', parcf (juo l'ui» lotirora los auti'cs a.ssuiV'UH'iit: mais <|u<'. s'il n<* h* fait ]»as. il fait la plus grande folie (ju il saurait faire, parce que pr<d)ablenient, faute de l'un, il perdra les autres, en tant (pie, si le cœur ne marche pas, apparemment il fera des contraventions au traité, (|ui déchargeront le Koi «le restituer le dépAt ^1 i ».
Le duc vient en personn<', le H juillet l(iîl2. rendre ses devoirs au Koi. Louis XIII, rentrant à Paris, se trouvait à Seicheprey, à quelques lieues de Pont-ù-.Mousson. Le dur pria Sa Majesté « de lui pardonner ». Le Roi répondit qu'il ne «levait j>lus « parler du passé ni s'en souvenir «pie pour l'ameiKh'r par sa bonne con«luit«' (2) >•• Il (-ommanda au martVhal d Kfliat «le «hasser de Télectorat de Trêves les Espagnols qui avaient attaqué l'Électeur, son allié; à La Force et à Schond^erg de se lancer à la poursuite de Monsieur, qui. apn'^s avoir trav«'rsé l'Auvergne terrorisée, marchait sur le Languedoc.
Le Roi et le cardinal regagnèrent Monceaux, beaucoup plus préoccupés qu'ils ne l'avaient paru jusqu'alors de l'équipée de Gaston : « Mon cousin, mandait Louis XIII le 19 juillet au maréchal de La Force, j'ai écrit à mon cousin le duc de Montmorency d'amasser la noblesse et sopposer au passage de mon frère, afin que vous ayez plus moyen de joindre ses troupes. Je vous confirme de ne rien oublier «le tout ce que vous pourrez pour les détruire en tout ou en partie, vous assurant que vous ne me sauriez rendre un plus notable senice ni faire chose «jui me soit plus agréable et dont j'aie plus de ressentiment (3). »
Henri, duc de Montmorency, pair et maréchal de France, fils et petit-fils de deux conu(''tables et beau-frère du prince de Condé, tenait en Languedoc une cour presque royale : « Cette cour était si belle, nous dit son historien, Simon du Gros, 'et si agré-
(1) Mémoires du Cardinal de Richelieu, éd. Petitot, t. VII, p. 117.
(2) Ibidem, p. 124.
(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 323.
ATTITUDE UK MONTMORENCY. 365
ahle, que, si elle différait eu ([uelque chose de celle des souverains, c'était seulement en ce qu'il y avait moins d'emharras et par conséquent plus de plaisir 1 . » Uu'il fût dans sa forteresse de Pézenas, »< le chAteau des sept tours », do- Jiiiuaiit de riantes et vertes campaitrnes, — « parterre de la France », disaient les étrangeis, — où l'Hérault serpente avant d'aller se perdre dans les flots bleus de la Méditerranée ; qu'il se l'eposât des fatigues du youvernement, avec sa jeune épouse, dans sa délicieuse maison de la Grange-des-Frés, dont on distinguait, du haut des renq>arts, les jardins tapis au pied des coteaux ; qu'il passât l'hiver à Montpellier, où tout le monde, <( pour l'amour de lui, augmentait les plaisirs », où les bals, les ballets et les assemblées se nmltipliaient en son honneur, où ses « grandes et belles actions >» étaient 1 entretien de toutes les compagnies, comme plus tard son neveu le Grand Condé, « sa gloire le suivait partout » .
Louis XIII avait érrit deux ans plus tôt, après le combat de V«'illane, à ce vain([ueur de trente-cinq ans : <• Je me sens obligé envers vous autant qu'un roi peut être. » Kn Languedoc, la bravoure, la bonté, l'aflabilité de Moututoreuey gagnaient tous les cœurs. Les grAces de la duchesse, la belle Felice Oi*sini (Félicité des Ursiusj, n'avaient pas peu contribué à le faire adorer de ses peuples. Lui-même, malgré de retentissantes conquêtes amoureuses, y demeurait infiniment sensible. Charmé par la douceur de son épouse, il avait gravé ce quatrain sur la porte de la Grange-des-Prés :
Elle est si bonin.-, mun l rsine, Son caractère est si bénin, Que ses roses sont sans épines Et son sei-pent est sans venin.
Tendre allusion aux armoiries des Orsiiii ; un >t*rpent parmi les roses.
Un soir de l'été l(i32, assez peu de temps avant le voyage du
(1) Histoire de Henry, dernier duc de Montmoreiici/ (par Simon du Gros, poète et hislorien, qui servit sous le Duc à la bataille de Casteinaiidary).
(2) l'aul-Ali«>rl Aliès, Lue Ville d'Etals, Pézenas. M"'" Belleau, /.n (Irunye-des-Prés
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Koi et (lu cunliiiul m Lorraine, Montmorfiicy cauHait avw la duchossc. qui, soullraut<* à son onlinairt*. sV'tait alité*'. I'n«* deuioisollc <rhoiiru'ur touchait à qu«'!<|uoïi pas. dans la chanilinv Lo du<' (ft la duclicsso discutaient depuis lonKtenipH et lot* échos de leur démêlé parvenaient aux oreilles de la jeune lillo : H Hé bien! Madame, vous le voulez, dit entin le duc. je le ferai pour contenter votre and)ition, mais souvenez-vous <pj il ne m'en coûtera que la vie, » Kt comme la duchesse, petite-fille d'une Médicis et proche parente de la Heine mère, allait répondre, le duc reprit : <• N'en parlons plus. Madame, la chose est résolue: ce ne sera pas moi qui m'en repentirai le dernier. >• Puis les voix se tureid. la demoiselle d'honneur n'entendit plus (Uic les soupir^ 'l»- <;» in;ilfr«».s.(. tf<MiiM;tiif<- "li- «^h |»f<>i>r<' victoire (1).
Si cette conversation avait été transmise à Kichelieu. elle ne lui eût pas appris f;rand'chose. Il connaissait les hésitations suspectes de Montmorency: il n'i^-^norait pas que le trouvenieur du Languedoc sonueait à se joindre à Monsieur et non à lui barrer le chemin. Particelli d'IIéniery. conseiller d'Etat et contrôleur général des finances, que le cardinal avait envoyé en Languedoc, mandait depuis plusieurs mois des nouvelles peu rassurantes; en uovendjre Ki.'JI, il y avait dans la ville dAvig^non un certain Péleg-rin, qui servait d'agent de liaison entre Monsieur et le duc: en février 1G32. le duc avouait que l'évêque de Montpellier le poussait à la révolte; en juillet il arrêtait un courrier qu'Hémery envoyait au cardinal. Ayant pris connaissance des dépêches dont le courrier était porteur et parmi lesquelles plusieui's étaient écrites par larchevêque de Narboniie, il eut la hardiesse de les faire panenir à Son Éminence avec ce commentaire hautain : - Je ne veux pas entrer en justification de ce que ce bon M. de Narbonne et M. d'Hémery m'imposent, parce que la vérité de ma conduite et l'état auquel est la province par mon soin comme par mon devoir, me mettent assez à couvert de leur malice et de leur calomnie: j'offre
(1) Histoire de Henry, dernier Dvc de Montmorency, p. 37'2.