MONTMORENCY PREND SON PARTI
pourtant de vous faire voir, clair connue le jour, que les beaux avis qu'jls vous donnent sont autant d'impostures. Je vous envoie toutes leurs lettres, afin que, les supprimant, vous ne croyiez pas que je craifrne leurs faussetés et pense que vous m'en ferez plutAt justice que vous n'accuserez ma curiosité (li. »
A ce moment même, on pouvait voir le grouverneur parcourant le Vivarais, cherchant à gabier les comman<lants des places échelonnées sur le Rhône. Dès le 20 juin, Richelieu avait commandé au marquis des Fossés, gouverneur de Montpellier, d'arrêter Montmorency et de le reinettre entre les mains de .M. d'Hémery. .Justement, Montmorency était veuu à Montpellier avec une faible escorte. Les deuv compères croyaient pouvoir s'emparer de sa personne : les Jésuites s'apprêtaient à fain* rcpréscnt4'r par leurs élèves une tra.uédie dont h^ sujet était le combat vict«»rieux de Veillane : Montmorency ne pouvait manquer d'assister à une pièce conqîosée en son honneur. Le marquis des Fossés avait eu soin de mettre sous les armes la tramison de la citadelle, située contre le coUè^'e, qu'elle écrasait «le sa lourde masse. Des soldats étaient dissimulés daus le voisinage des pointes. .Mai» le duc « avait des cœurs à lui eu tous les endroits les plus cachés ». On l'avait averti du danger et, la nouvelle s'étant répandue par la ville, une multitude de personnes de condition s'étaient dirigées vers son logis, s'otirant pour le défendre. Montmorency avait paru aux Jésuites en triomphateur. — dans la salle comme sur la scène. Il en était sorti sans accident: et, plein du môme mépris, aussi bien pour la vengeance (pie pour le danger, il était demeuré deux jours encore à Montpellier. De retour à Pézenas, lorsqu'il avait instruit la duchesse et quelques familiers de ce qui venait de se passer, il avait entendu l'un de ses domestiques lui dire : « Il faut se résoudre. Monsieur, à suivre l'exemple du feu connétable votre père, qui ne se conserva dans son gouvernement de Languedoc qu'en se rendant redoutable (2). »
Richelieu avait jusqu'alors ménagé Montmorency. Il se souve-
(1) Dora Vaisselle, Histoire du Languedoc, preuves, livre XII.
(2) Histoire de Henry, dentier duc de Montmorency, p. 36i-366.
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liait (|u'à Lyon 1<' «^ouvenioiii' «lu \auï^iu'*ï*h- lui a\ait oircrt. cmi 1630, lin asile dans .son ^oiivorncnirMit, lorH<{u<* la mort du |{< paraissait ininiinrnte ci la <lis^rA<-<' du cai'dinal certaine. Pour je duc de Moutuiorency, la |><ji*te (\u curdinal était toujoui'» ouverte, sa table toujours servie. La Cour enviait ce ^rand sn ;^neur qui soupait plus d'une fois la semaine en t<He-à-t^t<-' av< le ministre tout puissant. On ne savait pas (|u un t.'^rave malen tendu régnait enti-e les deux convives.
Uichelien croyait accorder une faveur insi^'iie à celui dont il avait été quelques heures Tohligé (1). Il ne le cache pas dan son l'estaynent politiçue: ((\jCiH d'wcvs commandements, expliqn» t-il à I^ouis XIII, ([iw le duc de Montmorency a eusen vos armée^ bien (]u il fiU jeune encore pour les mériter, la charge de mar< <"hal de France, le libre accès que Votre Majesté lui donnait auprès de sa personne et la familiarité (pi'il avait avec vos créa tures, étaient des grAces et des privilèges assez grands pour reiiipécher de courir imprudemment à sa l'uine. «Montmorency, au contraire, estimait que tous ces honneurs lui étaient dus ; il les tenait d'ailleurs pour peu de chose. Ce qu'il voulait, ce n'était point lapparence, mais la réalité du crédit, une part effective du pouvoir. Aliii de complaire au cardinal, le duc s'était démis de la charge d'amiral et Richelieu, après l'avoir transformée en celle de général de la mer, s'en était revêtu. Qu'avait obtenu Montmorency en échange? Rien, malgré les promesses de Richelieu: ni le gouvernement de Montpellier, qu'il convoitait, ni celui de la ville de Sommières (à sept lieues de Montpellier), qu'il demandait pour le baron de Castries, ni la charge de maréchal de camp général dans l'armée d'Itahe. Loin d'augmenter la puissance de Montmorency, Richelieu semblait saisir toutes les occasions de la diminuer. Un édit de 1629 avait décidé que les impositions en Languedo* ne seraient plus levées par les Etats de concert avec le gouverneur. Le Roi créait, dans chacun des vingt-deux diocèses de la province, un bureau et les officiers de ce bureau, qu'on désignait sous le nom d'Elus parce qu'à l'origine leur charge avait été élective, devaient répartir les tailles entre les communautés et les
(1) Voir Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, t. H, p. 265.