‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 151 sur 172 · LES ELUS IMPOSES AL LANGUEDOC · texte numérisé non relu

LES ELUS IMPOSES AL LANGUEDOC

villes. Cette mesure, qui attentait aux libertés de la jn'oviiiee, retirait au gouverneur environ cent mille livres de revenu. Montmorency dédaignait l'argent; il avait pressé les États de ne point s'opposer à la mesure qui allait le priver chaque année de deux millions cinq cent mille francs de notre monnaie d'aujourd'hui.

Les États avaient refusé d'enregistrer l'édit : le Koi les avait contraints de se séparer; il leur avait défendu de se réunir eu IGîîOet, comme le Parlement de Toulouse n'avait pas enregistré non plus l'édit royal, les commissaires avaient eu la surprise de voir leur autorité contestée dans la plupart des diocèses. Alors, sollicité par la province, le duc de Montmorency avait intercédé auprès du cardinal en faveur du Languedoc. Richelieu, par égard pour Montmorency, avait prié M. d'IIémery de trouver un compromis entre raut<)rité du Hoi et les libertés provinciales : six commissaires, dans clia(|uc diocèse, devaient remplacer les Élus et, pour lever les tailles, être munis de lettres patentes que reconnaîtraient les États. Kn 1G31, les députés de la province s'étaient engagés à recevoir les commissaii'es à la place des Élus; ils avaient consenti à payer « tiois millions huit cent (piatre< vingt mille livres pour le rendioursemeut de celui qui avait traité de la liuaiice <les nouveaux oflices et deux cent mille francs j)our rindemnité des frais ». On assure qu'il était hien entendu t[ue le gouverneur continuerait à tirer des inqiositious le revenu accoutumé de cent mille livres ( 1 .

Mais la convention serait-elle ratiliée jiar les États? L'ail'airo était d'autant plus douteuse, que ni Richelieu ni le maréchal d'Kfliat, surintendant des linances, brouillé d'ailleurs avec Montmorency, n'entendaient renoncer à cette grave mesure de l'établissement des Élus, qui intéressait tout le Royaume.

C'est vers ce temps-là qu'un Florentin, créature de la Reine mère, Alphonse d'Ell)ène, évé({ued'Albi, avait fait au gouverneur du Languedoc un brillant tableau de la fortune qui s'ouvrait devant lui, si l'on mettait à bas le cardinal.

(J) p. (.iuchon, y.<'.< Klalsde Languedoc et l Fdit de Itéziers, \k •»>.3 '>49.

ItlCIIËLIKU. — T. m. >l

:J70 MOMMOitENCY SE JOINT A GASTON.

L'évfîquc; coiisoillait à Montmon'iicj <Ir jutimIiv la (lôfciiKC (l'iino piHJVJjKO oppriiiM'f' ot dr profitci- «Ir la puisKuiicc qu'il avait pour dcvcnii' \r liluTati-ur <!«' la lui'ro du Koi, Ik? ui^nic (pic If t\\u- d'K])«'rin)ii jadis, en faisant sortir la FU'iiii» du ( IwUeau de lUois, s'était accpiis un n-noni ininiortcl, de um^uhî lo duc de Montuion-Hcy, en la tirant aujourd'hui do l'exil, aurait Mil droit incontestahlo à la iTconnaissanco royalr. !.«• Ftoi, par un acte autli(Mifi(pi<', avait n'connu (pio le duc d'Kpcrnon '< s'rtail conduit en hon et lidèh; sujet ». >'ul douto «pi'il ne décornAt d'aussi hoaux élo^'-os au duc do Montmorency pour lui avoir rendu sa mère : il le ferait connétahle <-omnie son père et son aïeul.

Le gouverneur du Languedoc avait-il la clainoyanceet l'énerfirie nécessaires ])our résistei' à ces diverses pressions? F'n juillet 1030, il prit son parti, et <'<''tait le j»ire. I/évètpie avait aussitôt mandé de Bruxelles son frèi-e l'abbé d'Klhène. I/ahhé était venu sous " un liahit déi-uisé », apportant les offres de (laston et grossissant limportance du <oncours que les ti'onjies de Lorraine et d F'.spa- •fiiH' apporteraient à .Monsieur. Montmorency pensait bien que, par crainte de la puissance du cardinal, la plus ^"-rande partie de la noblesse du Lantruedoc hésiterait à monter à cheval avec lui. Il n'en avait pas moins promis de soulever la province: il demandait seulement que Monsieur voulut bien lui en laisser le tem2>s. Monsieur, par malheur, était déjà en campagne. Le duc de Montmorency avait donné sa parole et sa signature. On dit que la duchesse le supplia alors de renoncer au dangereux projet qu'elle avait caressé d'abord: mais rien ne pouvait ébranler <lésormais la fatale résolution.

Richelieu eût voulu peut-être le retenir sur le bord de l'abime. Montmorency ayant envoyé M. de Soudeilles, capitaine de ses gardes, entretenir le cardinal de l'affaire des Élus, le cardinal l'avait prié de regagner promptement le Languedoc pour détourner son maître de la rébellion. Soudeilles avait rejoint le duc à cinq lieues d'Uzès, dans la petite ville de Bagnols. Montmorency était à table. Surpris de cette arrivée, il s'était levé pour aller au-devant de son capitaine des gardes. Soudeilles rend compte de sa mission. Rappelant les lâchetés de Gaston; il

LOUIS XIII MARCHE SUH LES REBELLtS. 371

ajoute : « Qui voudrait se déclarer pour un jeune prince qui se laisse trahir par ses favoris et qui a déjà plusieurs fois abandonné ceux qui avaient tout 'sacrifié pour lui! •— Nous serons bientôt à Pézenas, répond froidement le gouverneur du Lang-uedoc, et là nous résoudrons toute chose (1). »

I^Le 2*2 aoiU 1(>32, par la route de Nemours, le Roi, qui venait de Fontaineljleau, arrivait à Cosne avec les gardes française et suisse, les régiments de Vervins et de Navarre, huit rents chevaux et quatre canons. Ces quatre canons soulevaient d'admiration le rédacteur du Mercure : « C'était, nous dit-il, une merveille de voir l'équipage de lartillerie leste et en hel ordi»'. lequel ne faisait pas de moindres journées (jue la Cour {-2 Anne d'Autriche, suivie de tout le Conseil, allait rejoiudre son époux. le jour même, en cette ville de Cosne. Le cardinal accompagnait h' Koi.

Louis Xlll et Hichelieu connaissaient, depuis la fin du mois de juillet, la révolte de Montmorency. Ils s'acheminaient à la hâte vers le Languedoc : dès le 28, à IVzenas, le duc et son complice 1 évèque d'Alhi fomentant l'irritation des États, l'asseinhléf n'avait accepté ni Elus, ni commissaires, avait chargé Montmorency de lever les impositions d«' la province selon l'usage et déclaré qu'elle unissait inséparablement ses intérêts à ceux du gouverneur. Montmorency avait fait arrêter l'archevécpie de Narbonne, qui lui re])rochait de commettiv un crime de lèse-majesté; il avait incarcéré pendant ([uelques jours les commissaires Miron, Verderonne, et d'IIémery. Il armait, se saisissait des villes, fortifiait Héziers, mais ne réussissait pas à surprendre Narbonne, où il voulait introduire une garnison espagnole. Le 30 juillet. Monsieur le joignait à Lunel.

Les deux maréchaux, lancés à la poursuite de Monsieur^ étaient navrés de la tournure que prenaient les choses. [De Montélimar, La Force écrivait au cardinal : « J'ai été merveilleusement ébahi... Je ne faisais aucun état des troupes de Monsieur, aucun

(1) Père Oriflet, Histoire du Rèijne de Louis MU, t. II. |>. 37''.

(2) Mercure frunçois, t. XVIU, p. 553.

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ne s'oji iiu^lant ; mais, ayant un ^rouvcrnour <i<; ]>rovin( <• à sa. ilévotion, je ne puis ni'avanc(îr (\uii la faveur «les plac^^s ilont je suis assuri'î. » Kt (Ut Moulins, SclioMiUer^' •'•erivait avaut «li* marcher, par Uiom, sur le haut Lan^'-ucdoc : « Je suis dans les plus grandes inipiiétudes du mon<le sur cette infidélité de M. de Montmorency (1). » La Force avait reçu l'ordre de s'emparer rlu chAteau d<; Heaucaire, (|ui t«'nait pour Monsieur, alors «pn- la ville tenait pour le Roi. Le 17, M. de Candiac était venu vers lui (le la pai't de Montmorency, avec des propositions de paix. La Force avait i<'fusé de le recevoir, sentant Lien «pi'il s'agissait de retarder la marche des armées rovales et du Hoi lui-même.

Kichelieu était impu'et, somhre, irrité. I^orsqu'il avait pris congé d'Anne d'Autriche au Louvre, avant de la précéder avec le Hoi sur le chemin de Fontaineldeau, il avait rencontré dans l'appartement de la Uein«; la princesse «le (iuéménée. Cette ancienne maîtresse du gouverneur du Languedoc, craignant pour celui qu'elle avait tendrement aimé le sort de Clialais et de Marillac, avait ahordé Son Éminence en disant : «Monsieur, vous allez en Languedoc, souvenez-vous des grandes marques d'affection que vous avez reçues, il n'y a pas longtemps, du duc de Montmorency : vous ne sauriez les ouhlier sans ingratitude. — Madame, avait répondu Richelieu, ce n'est pas moi qui ai rompu le premier (2). »

A Paris, les scellés avaient été mis, rue Sainte-Avoie, sur l'hôtel de Montmorency et, le 23 août, le Roi, arnvant à Cosne, déclarait le gouverneur du Languedoc criminel de lèse-majesté. Le duché de Montmorency était éteint et réuni à la Couronne et le duc perdait tous ses biens ; procès devait lui être fait devant le Parlement de Toulouse, nonobstant le privilège de pairie, dont on le déclarait indigne. Les prélats, barons, consuls et députés des villes qui avaient assisté aux délibérations des Etats, qui avaient signé ou consenti, étaient traités moins sévèrement. Ils étaient tenus, q^uinze jours après la publication des lettres patentes royales, « de se rendi*e à la cour du Parlement de Tou-

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 335, noie.

(2) Père Griffel, Histoire du Règne de Louis XIII, t. Il, p. 294.

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