‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 152 sur 172 · REQUISITOIRE CONTRE LES MONTMORENCY · texte numérisé non relu

REQUISITOIRE CONTRE LES MONTMORENCY

louse OU au plus prochain présidial de leur demeure et de présenter requête... pour être reçus à désavouer tout ce qui avait été fait, consenti ou signé par eux en ladite assemblée, et déclarer qu'ils la révoquaient et s'en départaient, et promettre de n'y consentir ni adhérer et de vivre et mourir dans l'obéissance et fidélité qu'ils devaient ». S'ils refusaient de détester leur crime, ils seraient déclarés criminels de lèse-majesté.

Le cardinal, dés cette fin d'août 1G32, aif^ruise la hache <hi bourreau. Le 19 août, un seijLcneur rebelle, Claude de Hautefort, vicomte de Lestrange, qui tenait dans Tournon avec huit cents hommes, est battu et pris par le maréchal de La Force et fort étonné de n'être pas traité eu prisonnier de f^'uerre. Conq)renant que sa tête est promise au billot, il écrit au maréchal « qu'il ne s'est rendu que sous la condition d'avoir la vie sauve ». La Force envoie aussitôt à Richelieu la lettre de l'infortuné gentilhomme avec cette remarque : «< Le sieur de Lostrange a une si grande appréhension, qu'il n'a point de j)atience. » Le 26, le cardinal répond : « J'ai vu par vos lettres l'impatience qu'a le vicomte de Lestrauge (1). » Le U septembre, rinq)atient, sur l'ordre de Son Éminence, est décapité.

C'est à Cosnc probablement que Richelieu dicta certain mémoire calculé pour exaspérer la colère de Louis Xlll, véritai)le réquisitoire dirigé contre le duc et sa maison, il rappelait que la faveur de Montmorency n'avait jamais été si grande « que depuis que M. le Cardinal tenait la première place dans les conseils ». Richelieu n'admettait aucune circonstance atténuante à la révolte du favori, ni la fidélité passée, ni l'éclat des services rendus : on eût dit que, depuis trois générations, la maison de Montmorency, illustrée par six comiétables, onze maréchaux, quatre amiraux, n'était plus connue que par ses fautes et ses crimes. L'aïeul Anne de Montmorency, le Fabius français, avait été fatal au Royaume : « Durant le long cours de ses faveurs et de sa vie, il lui avait porté plus de préjudice que, cent ans auparavant et cent ans après, ses ennemis les plus déclarés. » Kn perdant, » par sa faute », la bataille de Saint-

(1) Avenel. Lettres ilu Cardinal de Richelieu, l. IV, p. 353,

3T4 CIIÂTIMKNT EN PKHSPECTIVK.

0uoiitiii(l557), il avait coiU*'* j)lus tU- trois rcnts piacos ù llonri II Vit sa raii^-oii avait éti'; j)lu8 clirn' (juo trllos dos rois Jfaii «-l KraJU'ois. Le iti'vv avait « lait rrln»ller » le \jiiun\uu\in- souh Henri III. Lo petit-lils « iiiairliait sur InirH vostip'!^ pour la «Icstrijction de cotte inoiiarcliie », mais « il enchérissait par-dessyajoutant l'argent et les intelligeiiccK d'Kspagni" au crime <!■ ses devanciers (1) ».

Un an auparavant, le nirnie cardinal écrivait à ce nouveau criminel «le la mai.sou de Montmorency : «< Je vous conjure de croire cpie rafl'ection «pie je vous porte est et sera toujours telle, ([u'il est impossible cpic lo temps y puisse; apporter aucune altération de ma part, étant fonrlée sur les bonnes rpialités (pie j'ai reconnues en vous, <pii me l'ont <*spérer qu'elles vous rendront toujours semblable à vous-ni^ine (1). » Ainsi les sentiments se transforment suivant les situjitions!

Vers le 'i- se])tenil)ie I(i.'l2. à Ljon. on il \rii;iit «l'arrivri avec la Cour, le cardinal recevait la visite de .M. <le La Ville-au\ Clercs. Le ministre et le secrétaire d'État causaient des derniers événements : « Je j>laiiis M. de Montmorency, disait Richelieu. mais il ne peut éviter une prison perj)étuelle. » — «' Il a riionneur d'appartenir à ceux qui ont celui d'être vos parents. répon<lai' La Ville-aux-Clercs. Ils vous seront tous inlininient obligée Mouseig-neur, d'obtenir cela du Roi. — Pourquoi parlez-vous ainsi? demanda l'Émineuce. — Parce que, lui expliqua La Villeaux-Clercs, si c'est un grand honneur à M. de Montmorency d'avoir pour sœurs Madame la Princesse et Madame d'Angoulème, il n'y a point aussi de gentilhomme en France qui ne tienne à très grande gloire, s'il vent bien le reconnaître pour son parent (3). »

C'est que les événements s'étaient précipités. Montmorency venait d'être fait prisonnier le 1**^ septembre par les troupes royales, que commandait le maréchal de Schomberg, dans un

(t) Avenel, Lettres du Cardinal de Hidielieu, l, IV, p. :357-3.>9.

(2) Il)idem, p. 231.

(,3) Mémoires du Comte de Briemie, p. 00-61.

MONTMOUENCY FAIT PRISONMEH. r/5

conibat livrô à un quart de lieue de Castelnaudary. Louis Xlll et Richelieu avaient appris cette nouvelle à leur descente de carrosse. Le maréchal ne l'avait pas encore confirmée, mais elle était tellcinont <lans l'ordre des choses, (|ue personne ne l'avait mise (;n doute. La dépèche de Schomherg arrive enfin avec tout le détail du combat, des morts et des prisonniers. Montmorency s'était jeté dans une escarmouche d'avant-garde, peutêtre parce qu'il se sentait perdu et pour en iinir. Six jours plus tôt la duchesse l'avait longuement embrassé et lui avait dit, le visage; i)aigné de larmes : « J attends tout de la miséricorde divine, mais je crains tout de votre courage. Craignez-le vousmême, je vous en conjure. Cardez i)ien \otre pauvre co'ur, j)uisque je n'ai pas ])U l'etenir ma cliére Ame (1 u »

Trop clairvoyante tendresse ! L'armée de Monsieur, qui ne conqUait que deux mille hommes de pied, était forte de trois mille chevaux. Le pot en tête, le buste serré dans une cuirasse, nionté sur un cheval gris pommelé, couvert de plumes incarnates, bleues et isaludles, le duc s'était avancé avec <ent mestros, jusqu'à trente pas de l'infanterie royale, l'm; furieuse décharge de mousqueterie avait jeté la mort et la paniqut; parmi ses troupes et l'avait blessé lui-même à la gorge. Fou de colère, il enlève son cheval, fi-anchit un fossé large de sept ou huit toises, se fraie un passage jusqu'au sixième rang, tuant tles ennemis dans le septième. Deux capitaines de chevau-légers, Claude de Cadagne, sieur de Bcauregard, et le baron de Laurière veulent barrer le chemin à Montmorency. Le duc, d'un coup de pistolet, casse le bras gauche de Beauregard, qui, de son bras droit, lui lAcliant deux balles dans la bouche, lui brise les dents, lui troue la joue près de l'oreille. Le baron de Laurière est jeté à terre par Montmorency : mais le cheval du duc bronche : Laurière, qui s'est remis debout, vient d'enfoncer son épée dans le flanc de la l)ête. L'animal se relève et, trente pas plus loin, s'écroule roide mort aux pieds du baron.

^< A moi Montmorency! A moi! » crie le duc, écrasé sous

^1) M. Reynès-Monlaur, La Duchesse de Montmorency, |i. 181.

:j7(i PRISE I)K CASTELNAL'DAHY.

lo cadnvr*' d*' s(mi <Ik'ViiI vl juTdaiit son sauf: \mv «li\-s<'|»l blessures. Los fj;-cns do Monsieur ne le secourent point. I>c» ^«nfijsljoniines de l'arnié*' royale, <]iii Tainietit et l'admirent, uHectent de ne pas l'apercevoir, pour lui jierniettr»' de s'échapper. Flnliii, comme il jirie MM. de Sainte-Marie et de lioutillou d<î ne pas l'abandonner, de lui amener un pnHre et de «•émettre à la duchesse sa batrue en souvenir de lui, Sainte-Marie le (h'barrasse de la cuirasse, du bourrelet et du bul'tle qui rétouflent. Charfré sur les «'paules de Sainte-Marie, déposé dan» nri<' métairie toute proche*, on l'aumônier du maré<hal la confessé, où son chirurg-ien l'a pansé, il est emmené à Castelnaudary, Le peuple le suit <les yeux, accablé de douleur, tandis (pi On le porte à travers les rues de la petite ville, sur un brancard improvisé, qu'escortent six gardes de la compagnie du Hoi. Montmorency une fois pris, les deux armées opposées s'étaient séparées, Schond)erg était entré dans Castelnaudary avec ses troupes. L'engagement n'avait pas duré plus d'une demiheure : » Je crois, mandait le vainqueur à Louis Xlfl, «ju'il ne s'est jamais vu en un combat de si peu de durée, tant de gens de qualité tués, pris ou blessés. Ceux qui sont venus à ma coimaissance sont du c6té de Monsieur (1). »

Kichelieu ne doutait pas que cette affaire ne marquAt la lin de cette bourrade, qui ne méritait même pas le nom de révolte. Sauf quelques incidents sans importance, le Languedoc n'ar vait pas bougé. Il en eût été autrement peut-être au moindre succès du gouverneur, qui était adoré. Mais ce qui n'avait été cp^i'un caprice finissait par une simple opération de police. Richelieu écrivait, le 7 septembre, au maréchal de La Force : <( M. de 3Iontniorency étant pris, les affaires de ceux qui ne peuvent souffrir les prospérités de la France, sont en mauvais état (2) » ; et, le 10, il mandait au maréchal de Schomberg, avec une prudence qui ne laissait rien au hasard : « Le bruit court ici que M. de Montmorency est mort et, parce que la nouvelle de sa prise, c|ui s'est trouvée vraie, a couru trois jours,

(1) Dom Vaisselle, Histoire du Languedoc.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, l. IV. p. 360.

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