GASTON ABANDONNE I.ES SIENS
devant que de l'assurer par votre moyen, on y ajoute foi, vu le nombre de ses l>lessures et le lieu de quelques-unes. Aussitôt que le Roi verra la mort ou la guérison de M. de Montmorency, il se résoudra à ce qu'il devra faire. ->
Voilà pourquoi le cardinal ne parlait encore que de prison j)erpétuelle. Mais il recevait bientôt un autre courrier de Scliomberji, où il pouvait lire cette phrase iuqirévue : « M. de Montmorency ne mourra pas de ses blessures. »
il n'eiU tenu qu'à Monsieur de mettre le siège devant Casteliiaudary, mais le Conseil de Monsieur trouva de bonnes raisons pour ne pas s'entôter dans une entreprise risquée. Le marquis de Brézé, beau-frère du cardinal, — il devait être créé maréchal de France à la Un de la campagne. — regrettait que l'inféi'iorité numérique de l'armée royale ne permit pas de tailler en pièces les troupes des rebelles : « Si nous n'étions pas si faibles que nous sommes, écrivait-il à M. d'IIémery, le k septembre, il y aurait de bien lielles choses à faire pour le service du Roi, mais je vous laisse à penser (jue peuvent faire les gens qui n'ont, en gendarmes, chevau-légers et carabins, que onze cents hommes et quatre cents mousquetaires à cheval, contre des gens qui ont plus de trois mille cim} cents hommes de pied, deux mille cinq cents chevaux et trois canons : aussi ne faisaient-ils point de doute de la victoire (1). » Monsieur avait envoyé un trf)nipette à Schomberg, pour lui offrir de recommencer la bataille. Schomberg avait répondu qu'il souhaitait de ne pas être forcé de se battre avec Sou Altesse, mais que. s'il était attaqué, il se défendrait.
Monsieur ne tarda pas à en venir à son grand moyen : abandonner les siens et négocier. Il eût voulu sauver la vie de Montmoroncy. tout en comptant sur l'arrivée prochaine des forces promises par l'Kspagne, pour marchander sa soumission. Mais Schomberg avait pris les devants et avait occupé les passages du Roussillon. L'armée royale, commandée par le maréchal
(I) Doin Vai^S'do, ///.s^oi/r du Lani/urdoc.
378 MONSIEUR SOMMK f)E SE UENDIU:.
iïc La Force, suivi hieiitùt du Hoi et <lii ranliiiîtl, s'avançait, prenait ville sur ville dans la vall«'*e <iii |{ii6ne et juareliait sut- Montpellier.
La For<e rencontra, vers Ir 10 ^l'ptiMiiinf, ««ntre hcinouiins «-t Nlnies, Pnits-Saint-.Martin, sieur de Cliaudelionne, qui s'en allait porter au Roi les propositious de Monsieur. Le Roi, dès le 1>. avait envoyé au «inr «l'Orléans M, d'AigueLonne, frère aîné de M. de Cliand<>i>(>nnc. pour <lire à .Monsieur «pi'il le recevrait à la Cour et lui rendrait tous ses itiens, « à condition cpi'il reconniU sa faute et renonçAt à toutes sortes d'intelligences et de factions tant en dedans (pi'en deliors du Royaume ».
Ce fut le H ou le 15, au l'ont-Saint-Ksprit, que (^liaudehonnc vit le Roi. Dès le 13, à Montcliniart, «l'où il ne partit que <ieu\ Jours après Louis XIII, Ricliclicu avait lu le docnnient envoyé par Monsieur. Il invita Cliaudehonne à dîner et Ini dit uetteuient c(^ qu'il pensait de l'outrecuidance de Gaston. M()nsieur exigeait que .Montintuvncy fût remis en liberté et rétahli dans ses Liens et charges, que MM. d Klheuf et de Lorraine et généralement tous ceux qui avaient pris le parti de la Reine mère et le sien, rentrassent pareillement dans leurs biens charges et gouvernements: il réclamait une place de sûreté connue Béziers, Laon, La Fère ou Verdun; il priait le Roi de ren<lre au duc de Lorraine les places que ce prince avait remises en dépôt. Il lui fallait encore Marie de Médicis rétablie dans ses biens autorisée à résider dans celle de ses maisons qu'elle choisirait ou daus la place de sûreté de son second fils. Ce n'était pas tout : il lui fallait à lui-uiènie un million pour rembourser le duc de Lorraine et le roi d'Espagne; il tenait beaucoup à la révocation du jugement rendu contre la comtesse du Fargis, à une absolution générale qui empêchât le cardinal de punir les partisans du duc d'Orléans sous prétexte de duel ou de ([uelque autre crime. Il demandait enfin que le Roi suspendît la marche de ses armées. Qu'eùt-il réclamé, s'il avait gagné la bataille de Castelnaudary? « Le sieur de Chaudebonne n"a apporté au Roi que des propositions ridicules », écrivait Richelieu au maréchal de La Force. Louis XIII répondit à Monsieur :
POUR SAUVEU MONTMORENCY. 379
« Mon Fièi'e, les propositions que le sieur de Chaudehonnc m'a faites de votre part sont si peu convenables à ma dignité, au bien de mon État et au vôtre propre, que je ne puis y faire réponse ([ue ce (jue je vous ai fait savoir par le sieur d'Aiguebonne, pour témoigner de mon atl'eetion en votre endroit (1). »
Abandonné par ses troupes, isolé dans Béziers, où il venait de se réfugier, Monsieur n'était plus rien. Le gouverneur de Béziers s'était rallié au Uoi. La Force s' avançait sur la ville. La position était intella])l(^ Monsieur, aceonqjagné de la ducliessse de Montmorency, sortit de la ville le 20 sept(Mnbr<> à quatre beuresdu matin, et gagna Olonzac, dont la gros.se tour féodale s'élevait à niicliemin de Béziers et de Carcassonne. C'est là que Cliaudebojine lui apporta la réponse du Roi. Louis XIIl voulut bien p<'i'mettre à .Monsieur <le rentrer à Béziers avec son équipage et de « disposer trois cents liommes de ses troupes » à l'extérieur des portes. Trop beureux de rentrer à Béziers, Gaston laissa loin des murs une garde ([u'il jugeait désormais inutile. Il était à la merci du Boi et n'avait plus d'autre issue qu'une soumission lionteuse, laissant à son sort le malbeureux Montmorency. Bullion était cbargé de « lui déclarer les intentions de Sa Majesté (2) ».
(iaston avait enlin réllécbi : il renon(;ait à toute exigence, pourvu que Montmorency eût la vie sauve. M. de Brion vint, en son nom, inqdoicr la clémence du Roi. Admis après une longue attente, il présenta la supplicjue à genoux et, sans réponse, fut reconduit entre deux gardes l'espace de sept lieues. Au prince et à la princesse de Coudé, intercédant pour leur beau-frère et frère, on remit les lettres toutes prêtes et signées du Roi : u Mon Cousin, vous savez queje dois plus au bien de mon Royaume qu'à (juelque autre cbose que ce puisse être; c'est ce qui fait (pie je ne puis m'engager à rien en cette occasion. — Ma Cousine, j'ai plus de déplaisir queje ne vous puis dire de celui que vous devez ressentir delà faute du duc de Montmorency, votre frère: elle est si grande et d'une si importante conséquence au bien de mon
(1) Avenel, Lettres du CunUnal de Richelieu, I. IV, |'.3G8.
(2) Ibidem, I. IV. p. 380.
380 MO^T^IOIu•:^c^ imiisonmeh a LKcroiJUt.
État, qiio je no doutf point qiw vous no jug-i^z vou»-nn>nir' qu'il nj'ost impossible do vous rien pronwttn' m cotte oorasion haus nio rausor un trop notable })réju(liee (1). »> Quelle ])roniesKo oiU-il pu l'aire? Cette lettre est du 1(> septonibre Mi'M. Il y avîtit alors trois jours «pie le ^'anle des S('<'au\. — avant nit'ine de (piitter Lyon, — confiait à M""* de Chevrmisc que, si le vaincu de Castelnaudary survivait à ses blessures, le Roi avait résolu de lui faire Iranciier la tète f2i.
Le iiiaréchal de Sciiomber;; «Hait déjà parti ave<- son prisonnier j)our la ville de Lcctoure : il avait craint que, «lans Castelnaudary ou Toulouse, la population, qui adorait Montmorency, ne tentAt de le délivrer, (hi ne s'arrêta dans cette dernière ville, malgré la fati,t:u«' du blessé, <pio le tenq)S «le lui faire « prendre un bouillon ». Montrabé, premier président «H créature «le Hiclielicu, avait appris que les capitouls étaient décidés à sauver le duc et il s'était empressé d'avertir Schond)erK.
Montnioren<y francbit les viiiirt lieues qui séparent ToiiI'mimde Lectoure, dans un état de faiblesse qui donnait des «raintes pour sa vie et rendait toute évasion impossible. A l'une des étapes, dans la cliand)re du rez-de-cliaussée où on l'enferme, il y a une tapisserie. Son ehiruri;ien Lucante, instruit sans doute par le maître de maison, lui révèle que, derrière cette tapisserie, une porte secrète ouvre sur la campagne, en un lieu qui n'est pas gardé. Ses dix-sept blessures l'empêchent de profiter de cette circonstance singulière (3). On arrive à Lectoure. Flanquée de plates-formes et boulevards, « fossoyée, retranchée », défendue d'une triple muraille, « la place de guerre est assise sur une
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, pp. 370-371. — Quinze jours ne s'étaient pas écoulés, que M. de Nesmond. envoyé de Monsieur le Prin(;e, Tenait entretenir Richelieu de la succession de Montmorency : « M. le Cardinal, ecrivait-il de Montpellier le W septembre 16o>. m'a dit que. si M. de Montmorency mourait, le Roi TOUS remettrait voire tiers <le ce qui lui appartient par confiscation et les autres à MM. d'Angoulème et de Ventadour (heaux-frères. eux aussi, du rebellei. Je lui ai répondu sur tout cela tout ce que j'ai cru être de vos intentions et avons eu force discours sur ce sujet, le tout pourtant dans les termes des intentions de Votre Altesse de ma part ■■ (Voir Duc d'Aumale, Histoire des Princes de Condé, t. III, p. 541).
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, t. IV, p. 4.32.
(3) Histoire de Henry, dernier Duc de Montmorency, p. 440.