‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 156 sur 172 · LK DKHMEH AUIKU · texte numérisé non relu

LK DKHMEH AUIKU

(|iii sera jx^ut-cti'c son diTiiirr matin, blanchit les f(>n<''tn*s. Il coniniunic avec la [nHô la ]»lns vivo, puis remonta' dans j»a «hanilno en causant avec lo Pcrc Anionx : « Mon Tère, lui dit-il, (|ui a dans soi la Vif, no doit plus craindre la mort; j'cspôro de voir bientôt face à face ce bon Dieu «pie je viens do recevoir prrsentement (1). » Mais voici M, de haunay. Il n'apporte pain ^--rAcc, seuloniont le dclai : le lloi consent à rotanlor le supplice jusipi'au 30 et son départ jus(prau 'M. Montmorenc\ se renfermr' en lui-nn^mc et. durant tonte la matinée, se prépan à la mort.

haiis raprès-nn«li, il traça ptnir la duchosso, qui. à demimorte, se conlinait dans la solitude au cluUeau <!«• la (irango-desl*rés, ces lijLrnes <lé(liirantes (pii furent portées par deux Capucins et que la pauvre femme ne put lire «pie beaucoup i)lus tard : « Mon cher crrur, je vous dis lo dernier adieu avec une affection toute pareille k celle (|iii a toujours été entre nous; je vou'« conjure, pour lo repos de mon Ame et par Celui <pie j'espèc voir bientôt par sa miséricorde dans le ciel, de modérer votre ressentiment. J'ai reçu tant de^rrAces de mon doux Sauveur, que vous avez tout sujet d'en recevoir une grande consolatioiL. Adieu encore une fois (2). »

Sachant que « son bien était confisqué » ['.ij, lisons-nous dans une lettre adressée à Servien, andjassadeur extraoï'd inaire en Savoie. M. de Montmorency « lit deujauder pernnssion au Roi de pouvoir disposer de trois choses, de deux salons et d'un petit cabinet, ce «|ue Sa Majesté lui accorda ». Il donna l'un des salons « à Mgr le Cardinal en lui envoyant des excuses de l'incivilité ({u'il avait commise, lorsqu'il le lui avait refusé, une fois « que Son Éminence » avait témoigne le souhaiter; « l'autre, il le donna à Madame la Princesse et le calwnet à Mademoiselle do

[\) Histoire de Henry, dernier Duc de Montmorency, p. 469-470.

(2) Relation véritable de ce qui s'est passé au procès de Messire Henry, Duc de Montmorency, p. 139.

(3) Louis Xlll le lit remelire à la »œur el aux demi-sœurs du condamné, la princesse de Condé, les duchesses d'Angouléme et de Venladour; mais il garda Chanlilly, le joyau de la succession. Pendant la minorité de Louis XIV, en octobre 1643, la Régente Anne d'Autriche ilonna Cliantilly au duc dEnghien, alors dans tout l'éclat de ses premières victoires. (Voir Boislisie, Trois Princes de Condé à Chantilly).

LECTURE DE lA SENTENCE. :i'J"

HouiJjoii (1). » Le (loii luit au cardinal comportait un tableau (le Garrache, Saint Sébustien mourant, que l'infortuné donateur avait dans son hôtel de Paris et qui est aujourd'hui au Louvre.

Malgré sa résignation, Montmorency se prend parfois à soupirer. Mais son dme forte n'en reste pas nioins « maîtresse du corps qu'elle anime ». *< Mon Père, dit-il au Père Arnoux, cette chair voudrait bien murmurer, mais nous l'eu empêcherons avec l'aide du Hon Dieu (2). » La nuit était venue depuis lon^emps: la soirée de Montmorency finissait tard sur « quelques chapitres de Gerson (3) ». Il se mit au lit, la tète pleine de pieuses pensées, et dormit six heures de suite, veillé par le lidèle Lucante.

Le lendemain 30 octoljre, après l'avoir interrogé au Palais «lans la matinées et fait reconduire à l'hôtel de ville, ses juges le condamnèrent les larnies aux yeux : la seiitcucr portait <\n\\ aurait la tête tranchée sur la place du Salin.

De retour dans sa chambre, il enlève sou bel habit <le drap d'Kspag^ne couleur de musc et le donne à l'exenqît qui est debout auprès de lui ; il ne conserve que son caleçon et sa chemise. Ainsi dévêtu, il écrit à son ami le cardinal de La Valette et à la princesse de Gondé, sa sœur; il remercie M. de Launay ainsi que tous les gardes, puis il demande un bouillon et se gargarise, car la fluxion, déterminée par les plaies de son gosier, l'étoulle, Gharles de Lévis, comte de Gharlus, capitaine des gardes, vient d'entrer; il a de la peine à retenir ses pleui*s, lorsque, de la part du Hoi, il demande à Montmoi-ency de rendre le bAton de maréchal de France et le collier de l'onlre du Saint-Esprit ; (^ Monsieur et cher Gousin, répond le tluc, je les rends volontiers à mon Roi, puisque après tant de services une seule action me rend indigne de sa grâce (4). »

Il est midi : on annonce que deux commissaires du Parlement et le gretl'ier criminel attendent le duc dans la chapelle, }»our lui donner lecture de son arrêt-. Juste à ce moment le Roi

(1) Scrvien à son frore l'ambassadeur, le "J iioTembre 1635. (Archives de la Guerre, vol. 20, jiièce 77.)

(2) Vicomte de Noailles, Le Miir du Grand Comlé, p. 21.> el 478.

(3) Histoire de Uenrij, dernier Duc de Monlmorency, p. 488.

(4) Ibidem.

308 « MiACK, (iltACK, SlhK! ».

iiiaii(l<- .M. (le L.'uiiiay. K.st-rc fiiliii la jutAcc? OMnluit |»;ii M. <lo Charliis, Montmorrnry (Jc»c/»n<l à la «-iiapeilo. lx*s iiia^is trats le viront entrer le rrueifix à la main, les épaulcH rouvert» (l'une nu'chante easa(]ue de soldat. Il se mit k genoux devant l'autel et, tout le temps ((ue dura la lecture de la eruelle sentence, les yeux du condamné restèrent fixés sur le erucilix Il se relève, et, «'adressant aux commissaires, il leur parle ave assurance : « Messieurs, je vous remercie et toute votre compagnie, à qui je vous prie de dire de ma part «pie je tiens c<'t arrêt de la justice du Roi pour un anét de la miséricorde <|. Dieu; priez Oieu (|u'il me fasse la grAce de souH'rir chrétiennement l'exécution de ce cpie l'on vient «le lire (1). »

Les commissaires se r(;tirent; le «lue s'agenouille de nouveau et recommence à prier. I)e nouveau, voici M. «le I^uuay : la seule grftce «pi'il apporte an condamné est «l'être exécuté à l'intérieur de l'IiAtel «le ville. Ffiveur dont Montmorency exprime tout haut sa reconnaissance, bien «ju'il eut préféré mourir «mi pnhiic, pour cpie sa mort ressemhhlt davantag-e à celle de Jésus- Christ. M. «le Charlus sort de la chapelle à son tour, tenant le bâton de maréchal et l'ordi-e «lu Saint-Esprit; il est résolu de s< jeter aux pieds «le son maître et «l implorer à son tour la ^râce du condaiimé.

A rarchevèché de Toulouse, où il «Hait descendu, le Uoi jouait aux échecs avec M. de Liaucourt (2). Il voyait des larmes dans tous les yeux; il entendait les cris «lu peuple, qui montaient de la rue ; « Grâce, grâce, miséricorde, miséricorde! » Le maréchal de Châtillon venait de lui dire que « la douleur peinte sur les visasres de toute la Cour l'avertissait qu'il ferait plaisir à beaucoup de personnes eu pardonnant au «lue de Montmorency ». Le cardinal était aux écoutes. Le Roi répondit au maréchal ; « Je ne serais pas Roi, si j'avais les sentiments des particuliers. > Et il se retourna vers son «'chiquier. Entre Charlus. qui tombe à genoux devant le Roi : « Sire, dit-il, je viens de la part de

(1) Père Grifl'et, Ilisloire du Règne de Louis XIII. t. II, p. 357.

(2) Roger du Plessis-Liancourt, gendre du maréchal de Schomberg.

MONTMOHENCY SLU L'ÉCHAFALD. 300

M. de Moiitiiiorcncy vous apporter son collier tle l'ordre et son l)Aton de maréchal de France, dont vous l'avez ci-devant honoré, et vous dire en même temps qu'il meurt avec un sensible déplaisii' de vous avoir oilensé et que. bien loin de se plaindre de la mort à laquelle il est condamné, il la trouve trop douce par lapport au crime qu'il a commis. » M. de Gharlus embrassait les pieds de Louis XIII : « Ah! Sire, inq)loi*ait-il, que Votre Majesté fasse g-râce à M. de Montmorency; ses ancêtres ont si bien servi les Hois vos prédécesseurs; faites-lui ^'rAce, Sire! » Louis Xfll rt!f;arda tous les assistants, (pii s'étaient eux aussi jetés à /ifenoux et joig-naient leurs prières à colles de M, de Gharlus. L'air chagrin, il dit : « Non, il n'y a point de grâce, il faut qu'il meure. On ne doit j>as être fAché de voir mourir un homme (jui l'a si bien mérité. On doit seulement le plaindre de ce qu'il est tombé par sa faute dans un si g-rand malheur. Allez lui (lire que toute la grrAce <[ue je puis lui faire, c'est que le bourreau ne le touchera point, (fu'il ne lui mettra point la corde sur les épaules et qu'il ne fera ([ue lui couper le cou (1). »

Montmorency attendait dans la chapelle, assis sur un banc, ]n'ès du balustre du chœur < 2) ; il s'entretenait avec le Père Arnoux. A quel((ues pas de lui, tous les archers du g-rand prévAt et l'exécuteur, à cpii le g-raml prévùt venait de le livrer. Il était environ deux heures de l'après-midi et l'on n'avait pas eiicoi*e procédé aux derniers apprêts du suj)j)lice : M. de Launay était l'etourné à l'archevêché demander au Koi « quelques ordres particuliei's >>. I^es amis du condamné avaient encore une lueur d'espérance. M. de Launay ne tarda pas à reparaître et cette dernière lueur s'éteig-nit. Lucante s'avance pour couper les cheveux et les moustaches de son maître : .ses forces l'abauilonnent. il semble près de s'évanouir. Montmorency, d'ailleurs, afin de soutlrir une ignominie de plus, veut «pie cet office lui soit rendu par le bourreau. Bien que dispensé d'avoir les mains liées, il les tend aux cordes de l'exécuteur et se laisse découvrir le col et le haut des épaules. Puis, ayant à sa droite le Père Arnoux, entre

(t) Père GrilTet, Ilisloirc du Rèyne de Louis Mil, t. Il, p 359. (2> Histoire de Henry, dernier Duc de Montmorencij, p. 496.

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