RUPTUUE EN ESPAGNE, MARIAGE EN FRANCE
jardin de l'Infante, toniije à ses genoux et ne se retire qu'aux instantes prières d'un vieux seigneur qui répond d'elle sur sa tête. Ces manières d'aventurier, la religion de Charles mettaient en méfiance la gravité espagnole, Les rois d'Espagne et d'Angleterre savaient qu'il leur était impossible d'exécuter les articles qu'ils avaient acceptés, Philippe IV n'oubliait pas le serment qu'il avait prononcé dans sa ciiamhre, devant le crucitix, le jour où le comte-duc d'Olivarez lui avait annoncé l'arrivée imprévue de Huckiiigham et (hi i)rince de Galles : «< Dans les questions i*elevant de la religion catholique, je ne retrancherai pas un seul iota sans la permission du Pape, dussé-je perdre tous mes royaumes, >»
Pareil élan mystique n'était pas à craindre en France, même un cardinal étant premier ministre. Vu an plus tard, le 5 juin 1G24, Jacques, api-ès avoir rappelé de Madrid son fils et son favori, avait envoyé les comtes de Carlisle et de Holland à Compiègne, où se trouvait Louis XIII, pour demandai- la main de Henriette de France.
Au Conseil tenu le surlendemain dans une salle du château, le cardinal avait, selon la méthode qui allait être celle de Descartes, analysé, articles ])ar articles les raisons d'accepter ou de refuser les propt»siti(>ns iiritanniques.
Il examine d'al»ord le projet manqué du mariage anglo-espagnol. Le roi d'Espagne, observe-t-il, a grand sujet de désirer le mariage du prince de Calles avec l'infante Marie. Si ce mariage avait lieu, l'Angleterre cesserait de fournir des soldats aux Hollandais, sujets révoltés du roi d'Espagne : il fermerait ses ports à la marine hollandaise et lui rendrait impossibles ses longs voyages aux Indes.
Étendant au loin son regard perdant, le cardinal voyait déjà le trafic des Hollandais se substituer au tratic espagnol dans les mers lointaines, leur puissance enlever à l'Espagne, si le Roi Catholique n'avait l'amitié de l'Angleterip, les places de la Guinée, du Congo, de l'Angola. Puis, revenant en Europe, il montrait le roi d'Angleterre h chef des i)rotestants, arbitre des atfaires d'Allemagne ».
28 IIENHIETTE-MAIUE SEUA HEINE D'ANGUIIEHIIE.
Ainsi cotto alliaiico, qui a])|mniiti.saitcoiiiino nécessairo à TF^pagiic, le cardinal la jufrfait niiisililc au roi d*AiiKl*'t<'rn' : moinn puissant qno son allir. il sorait l'orc*'' do rrindoscciidn' h la plupart des volontés du roi d'Kspa/Lrno et perdrait la ronliain»; de ses vassaux protestants. <( I/Espagiiol étant semblable au chancre qui ronge et niango tout le corps où il s'attache », il agit « d'ordinaire sous le prétexte de la reli^'iou. qui se trouva plus v'^rand en Angleterre {|u en autre lieu pai' la division des catliolicpics et de» protestants »; « le roi d'Kspagne n'aurait donc j>oint de pied en Angleterre sans dessein et sans péril pour l'État, m
Poursuivant ses raisonnements, passant de la diplomatie à la |)oliti([ue, de la politi<pie à la théologie, le cardinal déclarait que l'on pouvait en revanche accepter, en France, le mariage d'An gleterre, s'il était « fructueux » à l'Kglise et à l'État et si « l'Anif de celle qui serait mise en un tel vaisseau n'était ex[>08éeà aucun péril de naufrage ». Il n'y aurait point de naufrage, puis([ue l'on aurait soin de stipuler que la princesse «'ouserverait sa reli^-^ion et qu'elle obtiendrait la liberté de conscicDce pour les catholiques anglais. L'État français retirerait un grand bien de ce mariage puis([ue les huguenots de Fnmce, en cas de rébellion, ne recevraient plus aucun secours de l'Angleterre et que, toujours « l'alliance de l'Angleterre nous avait été avantageuse, cette Ih étant située, expliquait Richelieu, comme un boulevard de (< Royaume ». Il ne fallait pas que l'Espagnol, uni aux occupants d' ce boulevard, « pût nous attaquer des deux côtés ».
Ces arguments persuadèrent Louis XIII et « il se résolut à ne pas rejeter l'oflre » des ambassadeurs d'Angleterre. Richelieu s'était engagé aussitôt dans une négociation très serrée, qui finalement avait réussi. Le 13 août 1623, le Père de BéruUe était parti pour Rome, afin d'en rapporter la di.si>ense nécessaire. Nul n'était mieux choisi pour cette mission que le glorieux fondateur de l'Oratoire, alors âgé de quarante-huit ans. Le grand politirpie envoyait, pour achever son œuvre, un mystique doux et grave, un saint, homme desprit, qui portait cilice et n'était rude que pour soi-même. Le cardinal du Perron avait dit avec beaucoup de justesse, en 1599 : <x S'agit-il de convaincre les hérétiques.
LA DISPENSE POiNTIFICALE. 29
amenez-les uioi; si c'est pour les convertir, présentez-les à M. de Genève (saint François de Sales); mais si vous voulez les convaincre et les convertir tout ensemble, adressez-vous à M. de Bérull*'. >»
Maintenant, il s'ag-issait de convaincre le l*aj»e lui-même, Urbain VllI (Mathieu Barbeiini), un de ces pontifes de piété profonde et de belle culture, d'intelligence vive et de volonté ferme, à la fois homme d'État et poète, se reposant des encycliques par des hymnes latines, comme celui que nous avons vu <lans les dernières années du xix" siècle.
Il n'avait pas été facile de persuader Urbain VllI, entouré des cardinaux favorables à l'Espagne. Aussi bien le Pape n'était-il point fAché de la rivalité des maisons de France et d'Autriche, qui diminuait la puissance de l'Kspagn»* en ItaUe. Ayant été jadis nonce à Paris et fort sensible aux honneurs et caresses que lui avait prodigués Henri IV, il était bien disposé pour la France; mais, désireux de jouei* un grami rôl»; en Kurope, il remarcpiait avec peine (jue, dans latlaire du mariage d'Angleterre, loin de 's'adresser à lui comme à un arbitir dont on sollicite une décision, Louis XIII ne le considérait que comme un souverain spirituel à qui l'on demande une dispense. Urbain VllI craignait en outre que l'Angleterre, alliée de la France, ne fit rendre au protestant Frédéric V, gendre de Jacques 1"", l'électorat tjue détenait le catholique duc de Bavière. N'oubliant ni les intérêts de l'Église, ni ceux de Henriette, il ei\t préféré voir la princesse mariée à <lon Carlos, fi-ère du roi d'Espagne et, bientôt }>eut-être, après la mort de l'archiduchesse Isabelle, gouverneni- des Pavs-Bas espagnols.
Le Père de Bérulle n'avait qu'à suivre les instructions de Richelieu ; ce[)endant, plus dévot que le ministre, il s'intéressait davantage au sort des catholiques anglais. Il les montrait plus heureux sous une reine de leur religion et il tirait parti de cette pei*spective pour assurer, comme le lui prescrivaient ses instructions, que « l'esprit et la dévotion » de Madame la rendaient « capable de gagner autant sur son mari qu'avait fait autrefois une lillo de France (Berthe, fille de Garibert. roi de Pai'is^ sur