‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 17 sur 172 · LA DISPENSE EST ACCOKDKK · texte numérisé non relu

LA DISPENSE EST ACCOKDKK

Etlicll)crt, roi <l'AnfrIftniTe (1), qu'ollc» avait reiulii si l>oii rluvlifn de païon (ju'il (Hait, <|im', «li'puis, il avait été canonisé ' .

Ce langa^^* était peut-être fait pour impressionner la (^jur <l<' Rome. Cependant Kicii<'Iieu avait cru devoir bientôt ou U'u'xr nit autre tout dillerent où, sous le voile du plus j>rotond n*spert peinaient l'irritation et même la menace : « Quel déplaisir serait-* • au Roi de recevoir un refus (|ui l'eng-agerait plus que je ip veux penser? Sans considérer la passion <\\u' j'ai aux intérêt-, de Sa Majesté, j'aimerais mieux avoir perdu licaucoup «pion en vint à cette décision (jui. sans doute, srrait |>réjudieialde à l'Église. »

Richelieu, qui avait .trardé un pr«'« iru\ (iisci;.Mi('m«Mit tU- son voyage à Rome, n ignorait pas comme il fallait parler à la congrégation romaine chargée d'accorder les dispenses. F^t, d'autre pari le séjour de Rome avait dessillé les yeux du Père de Rérullf : « Toute cette Cour, constatait lenvoyé de Ri<helicu, a sa comluite et ses j)rincipes un peu ditlerents de ce (jue l'on jui^erait siins l'avoir éprouvé soi-même et je confesse en avoir plus appris en peu d'heures sur ce lieu, que ce cjue j'en savais par tous les di> cours qui m'en avaient été faits. La proportion de France, d'Itali» d'Es})agne est le cadran qu'ils reg^ardent continuellemont; loui réputation aux affaires, l'usage et l'accroissement <le h-ur autorité sont les points qui les conduisent dans les conseils, qui me semblent y avoir plus de poids que beaucoup de raisons de théologie.

La manière de Richelieu se trouvait être la bonne, puisqu'un légat aj)portait aussitôt la dispense. Il n'est pas inutile d'ajouter que le légat crut devoir accompagner cette faveur d'une plainte des plus acerbes, au sujet d'une affaire politique touchant la Cour de Rome à la prunelle de l'œil : les forts de la Valteline, dont l'Espagne avait confié la garde au Saint-Père, venaient d'être pris de vive force par les armées fran(;aises. Mais, pour le moment, on n'insista pas, tout cédait à la joie du mariage. Henriette allait monter sur le trône d'Angleterre aux conditions sur lesquelles les deux rois s'étaient mis d'accord : huit cent mille écus de dot. la

(I) Elhelberl, roi de Kent (56C-616^4

ENTUÉt: EN SCÈNE DE BLCKINGHA.M. 31

lilx'i'té de conscience pour les catholiques anglais; pour elleniênie et pour sa maison, la liberté de pratiquer la religion catholique, les enfants pouvant, jusqu'à l'âge de douze ans, rester dans la religion do leur mère. Richelieu triomphait.

Buckingham, par contre, avait aussi son plan : il espérait pouvoir amener le car<linal à l'aider dans l'exécution de ses proj)i'es desseins politicpies. Qui l'eût dit <'n le voyant « si peu niinistre », comme le renmrque Voltaire dans VKssai sur les Mœurs et comme le montre une letti'e que le bel Anglais avait écrite à Louis XIII le 15 mai*s 16*25, pour le féliciter du mariage de la i)rinces&e, vraie letti-e de foxhitnter adn'ssée à un chas.seur passionné? « J'espère, disait-il, (jue Votre Majesté me donnera la liberté <le tAcher le mieux que je pourrai de lui donner du plaisir et passer le tenqis durant mon séjour en ses pays avec la suite que j'y mènerai des meilleurs chiens que j'ai pu recouvi*er, les ayant dérobés à tous mes amis, tant pour courre le renard et dessus et dessous terre, dont j'ai constitué capitaine le comte de Montgomery, comme pour le cerf, dont le sieur de Saint-Ravy aura la conduite, et de bassets pour le lièvi*e, dont j'ai donné la chai'ge à Tanepot, m'étant réservé à moi-même l'état de votre ma(|uignon et au j)ére Hagier «le commander en chef à toute larmée. La(pielle, j'espère, sera si bien ordonnée que, si ce n'est le jour dn mariage, il ne passera journée qu'on ne donne ailaire à Votre Majesté (1). » Et Buckingham, tout en s'excusant de sa hardiesse, h déclarait la guerre » aux chiens du Roi. Déclaration de gueri'o courtoise à laquelle Louis Xill répondait joliment : <( Vous avez choisi de si bons capitaines, qu'étant conduits de si bonne main, je ne doute point qu'ils ne donnent le passe-temps (|ue vous vous promettez. Mais je vous avise de bonne heure que, si les miens n'emportent h' d«'>.<ii>.. <e sera pour faire .honneur aux étrangei-s {'!). »

Une l'Angleterre déplore la porte du Palatinat arraché à Frédéric V, beau-frère de son roi Charles l''", ou qu'elle s'inquiète

(1) Arc/lires des Affaires étrangères, Angleterre (Corr. 33, f° 73).

(2) Avenel, Lettres du Cardinat de liichelieii il. III. p. 72).

«2 LA DOUHI.E POLITIQUE NUITIALK.

•des desseins de l'ompereur Guillaume 11 visant la mmt, (juc ce soit au xvii" siècle ou au xx" siècle, aussitôt qu'elle éprouve (}uelqn> difficulté par delà le Rhin, elle recherche rallianci? de la Franc*-. Bucking'hani ne tarda pas ii dévoiler son calcul : il s'a^^ishail de conclure avec le Roi une alliance olFensive contre l'Kspa/^e Autriche. Richelieu est trop avisé pour se laisser prendre : il «ntend que les « affaires de la chrétienté soient en halance >■ sa politi(|ue étant toute d'é(piilihre européen, il n'aidera 1<î Palatin à recouvrer le Palatinat qu'en vue d'alFaildir la maison d'Au tiiche; jamais il ne promettra de ne pas siffu^'r la paix avi' l'Espapne. En vain Ruckintrham pro])ose, au lieu d'une li^'u»une sorte d'entente cordiale «pii terminerait à la fois toutes l«'> affaires pendantes, celle de la Valteline, celle de (iénes et c<;lhdu Palatinat; Richelieu répond «pie « les nbms ne changent point la nature des choses », Il veut ménager en Allcmag^ic les princes protestants, mais sans se mettre à dos ni l'Kmpereur ni les princes catlioli<[ues. Quant à .Mansfcld, on lui accordera les subsides, mais goutte à goutte. On ne veut pas le perdrf mais on ne veut pas le suivre, résolu que l'on est de ne rien risquer pour le Palatinat (1),

Buckingham, décont3nancé, change de tactique. Ou bien il jncnace de s'allier avec l'Espagne et de recouvrer le Palatinat par traité, ou bien il offre d'envoyer contre elle une flotte de cent voiles. Quinze mille Anglais débarqueraient en Flandre; le Roi joindrait à l'armée anglaise six mille chevaux. Cette armée, unie à celle de Mansfeld, conquerrait l'Artois pour la France.

Richelieu reste froid : « C'est aux Anglais de voir si le bien de leurs affaires exige un tel effort. » Il conseille à Buckingham de tâcher de restaurer Frédéric dans le Palatinat par un bon traité Le Roi ne permettra pas que les intérêts de son aUié d'Angleterre soient lésés.

(I) .\vpne), Lettres du Cardinal de Richelieu {i. H, |>. 49, note) et les inslruciions àVillars envoyé près de Mansfeld en décembre \f.1k (p. 58). L'année de Mansfeld se dispersa faute d'argent nprès la capitulaliim de Bréda (p. 107). Sur la volonté arrêtée de Richelieu, conseillé par le Père Joseph, de ne pas se laisser entr^iner à rompre avec les princes catholiques en Allemagne, Lepré-Balain est formel, y. ci-deàsus, p. 3, n. 1.

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