PRÉDESTINATION MIIJTAIKE DE L\ SUEDE
« des guerres do frère à frère, des iusurrcctioiis, des luttes intestines acharnées au sujet de la religion et de la couronne, deux rois renversés, un trône souillé do sang-, la guerre déclarée avec trois puissants voisins», il y avait de quoi mûrir ot flamber au feu de l'adversité et du tourment un tempérament naturolloinont ardent et réfléchi. Le peuple suédois était pou nombreux, divisé en dos classes hostiles sous des rois fail>los ou violents; une noblesse allaméo ot andiitiouso se jetait on travers des réformes populaires et dominait sans gouverner; mais ce peuple avait ces formes qualités du nord, qu'un contemporain, le Hollandais Guillaume Hussolinck, signale en ces termes : « Ce royaume jouit de beaucoup d'avantages que n'ont pas d'autres pays, gri\ce à ses ports, ses bois, son cuivre, son for, son acier, son goudron et la fonte des canons et des boulets. I^ peuple est endurci à la fatigue ot supporte également le froid et la chaleur; il a l'intoUigenco facile ot est rempli do bravoure; il no lui manque rien qu'une plus grande oxpérience do la mer, car il a le courag^o et le génie nécessaires. Comme il sait bien manier la haclie, il pourra par la pratique devenir liabilo dans la construction des vaisseaux. Il obéit à son souverain ot se livre rarement à la mutinerie ot à la révolte, qui sont dans les liabitudos dos autres nations. 11 y a pou do maiiufacturos parce que les matières premières manqut>nt et que la consommation est presque nulle. Les Suédois ont la conception vive; leurs mains s'exercent à chaque métier; ils sont charpontiors, menuisiers, forgerons, boulangei's, brasseurs, tisserands, teinturiers, tailleurs, etc. A cet ég:ard, ils l'emportent sur toutes les autres nations de l'Europe; car, ailleurs, personne n'exercerait un métier sans l'avoir appris. Les hommes et les jeunes lillos sont très laborieux; le tissage et la couture font leur occupation habituelle, ce qui prouve qu'elles sont raisonnables... il y on a qui reprochent à cette nation son intenq)érance pour la boisson et sa gloutonnerie, son penchant à l'oisiveté et sa répugnance pour les travaux de longue haleine... (1). >»
N'y avait-il pas dans tout cola, — ([ualitôs ot défauts. — une
(1) Cilé dans E. G. Geyer, Histoire de Suède, ch. xv.
42V MCTOIUliS l)K (JL'STAVK-AUOIJ'MK l>ANS LK Nolll)
sorte (lo prôdestiiiation iiiilitnin!?... Nous irnvoiiH pas k exposer ces «jiicrellos I>nlti4|ii<>s dont le xvi* siëcle HnjitiMitrioiial «vait été ensan^liuifé. L,i décision prise par Charles IX en 1595 d'imposer à son penple. comme reli^'ion unitine et exclusive, le Inthéraiiisnic, avait encore affirmé risoloineiit de la politique suédoise parmi des peuples soit orthodoxes comme les KuKfies, soit cat!ioli(pies comme les INdonais et une ^-ranfle })artie de l'Allemagne, soit calvinistes comnu; d'autres princes allemands et les puissances de la mer. La presqu'île, à la fois continentale et maritime, découpée et ranuissée, pauvre et andiitieuse, était appelée à devenir, pour chacun des ^n'ands partis (fui se divisaient l'Kurope. un sujet rie crainte ou d'espoir. Si elle intervenait, elle pouvait exercer soit le rôle d'un médiat«*ur jiaciliquc, soit le rMe d'un arhitre armé. Gustave- Adolphe, entraîné par une nécessité qui ne dépendait pas exclusivement de sa volonté et de son caractère, poussé |)ar c<'tte amhition de la L'Ioire, si naturelle à un homme nourri d(î la Bible et de IMutarque, s'était précipité tète baissée dans les complications extérieures où s'était déjà engaitré son père. Ayant [réorganisé l'armée suédoise d'après les principes des maîtres de sa jeunesse, ayant créé autour de lui un conseil conqjosé d'hommes choisis, à la tète duquel il avait phicé son illustre ami, le chancelier Oxenstiern, il avait foncé sur les trois puissances voisines, le Danemark, la Russie et la Pologne, qui prétendaient emprisonner son f{oyaume dans la péninsule glacée. En 1613, il inq)osait la paix au Danemark, en 1617 à la Russie, et en 1628, après deux victoires éclatantes, remportées à Walhof et à Stuhm /Prusse orientale, il avait imposé à la Pologne une paix c[ui donnait à la Suède une tête de pont solide sur le continent par la cession de la Livonie et d'une partie de la Prusse polonaise. Il s'était acquis la réputation d'un capitaine invincible, d'un astre qui se levait dans le nord. Richelieu salue dans ces termes, dès 1623. son apparition : « Ce roi de Suède est un nouveau soleil, qui vient de se lever, jeune mais d'une vaste renommée. Les princes maltraités ou bannis de l'Allemagne ont, dans leur malheur, tourné leurs regards vers lui comme le marin vers l'étoile polaire. »