‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 3)Chapitre 167 sur 172 · AMBITIONS DE L'ESPAGNE-AL'TRICHE DANS LE NORD · texte numérisé non relu

AMBITIONS DE L'ESPAGNE-AL'TRICHE DANS LE NORD

Or, c'est justeniont au moment où ce « soleil nouveau » atteignait son apofrée que se dévoilait, sous l'impulsion nouvelle de l'empereur Ferdinand, cette ambition dominatrice de la maison d'Autriche teii<iaiit à une restauration de l'empire de Charles-Quint et de l'unit»' r<nnaine en Europe.

Il n'est pas douteux que le grand plan impérial, soufflé, dit-on, par les Jésuites, enveloppait la Suède d'un immense filet de revendications catholiques. Il se rattachait, en efl'et, aux évén<?mcnts de Pologne par suite de l'alliance cpii existait entre le roi de Suède détrôné, Sigismond. beau-frère à la fois de l'empereur Ferdinand et du roi d'F'spag-ne. Les trois princes étaient ligués contre la Hollande révoltée. L'Kspagrue, assurait-on, avait poiu" projet d'inaugurer ses conquêtes dans le nord par l'occupation du Sund, «*t l'Autriche, enivrée de sa victoire à la Montagne-Blanche, était résolue à porter son etlbrt jusqu'à la Baltique, comptant sur les bonnes dispositions de la Saxe et sur une sorte d'adhésion occulte de l'électeur de Brandebourg, quoique protestant. Contre ce péril imminent tous les princes protestants s'unii'ent et tirent appel au jeune héros suédois, eu même temps qu'ils tournaient les yeux vers le roi de France. Il y avait dans tout cela beaucoup <le religrion, mais encore plus de politi([uc.

On voit maintenant par quel lien, et toujours prêt à rompre, la cause française et la cause suédoise se trouvèrent u nies pardessus le vaste désordre grermanique. Richelieu avait envoyé en Suède un très habile diplomate. Charnacé, avec l'ordre de suivre les démarclies de (iustave-Adolphe, dans l'esprit d'une néjj-oriation double à la Père Joseph.

be roi de Danemark avait tenté le premier la fortune des armes. Battu, le -Il août JG2G, à Lutter par les troupes catholiques de Tilly, il fut mis délinitivement hors de combat par Waldstein, ([ui le chassa de l'Allemag-ne (traité de Lubeck, 0 juin 1629) et rafla pour son propre compte le duché de Meckleinbourg, dont il re(;ut l'investiture à titre héréditaire; il prit en môme tenqis le titre de générai de l'Océan et de la Baltique.

420 MAHCHE VICTOHIEUSE DE (iCSTAVE ADOM'IIE.

O fut alors le tour <Io dusiavo-Aflolpln'.

Celui-ci avait dévoilé le jeu Ar rKinpiie rt les raison» de M. ])ro|)re aetioii, dès le mois d'oitohre iVrlT, par uiir lettre où il avertissait Christian, qui, la paix faite, paraissait sur le point de renoncer à toute intervention : « Il nous a été facile <lc deviner <|ue la Li^'-uc catlioli(|ue a des desseins sur la lialtique; <dle cherchera à les réaliser par les moyens directs ou indirects, tantôt par la conquête »le la Hollande, tantôt par celle de la Suède tantôt j)ar celle du Danemark. »> Waldstein assiép;ait Straisund clef de la Halti(jue. Cette oflensivc senait les ambitions cond>i nées do l'Espa^nic et de l'Autriche. Dès 1G28, (iustave-Adoljihe avait résolu «le pénétrer en Allematrne et de mener la i:uerre jusqu'au bout. Il écrivait à Oxenstiern le 17 avril 1G28 : « \j-^ choses sont au point (jue les guerres ({ui se font en Kurope m complicpient et sont presque devenues puiérales, » I>e j)rudent Oxenstiern écrivait lui-même «pj'il voyait dans la résolution de Custave-Adolphe : « une destinée, une inq)ulsion «livine, une inspiration de génie (1) ». Le jeune Custave-Adolph»', — tel, plus tard, Charles XII, — était, en effet, enq)orté par .son destin.

Le récit de l'extraordinaire aventure militaire du héros appartient à l'histoire d'Allemagne. Au cours de l'hiver le plus rigoureux, invasion de la Poméranie, de la marche «le Brandebourg'' et de la Saxe, victoire sanglante sur Tilly à Breiteid'eM. L'année suivante, par une percée prodigieuse jusque sur le Rhin, occupation des électorats «le Trêves et Mayence, et, au passage «lu Lecb, destruction de l'armée de Tilly, blessé mortellement dans la bataille (1632). L'Empereur aux abois n'avait plus d'espé rance que dans le génie militaire de ce Waldstein, si imprudemment disgracié.

Comment Richelieu, avec les projets qui étaient les siens, n'aurait-il pas suivi des yeux l'extraordinaire chevauchée de riiomme vers lequel se tournaient tous les espoirs des adversaires de la maison d' Autriche ? « Gustave-Adolphe, a-t-il écrit dans ses Mémoires, était attendu eu Allemagne comme un messie ; le peuple donneroit son cœur pour nourrir ses soldats ; tous

(t) Ilisloire de Suède, par K. G. Geyer, cbap. xvii.

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